BERTHOLON César, Christophe

Né le 18 janvier 1808 à Lyon (Rhône), mort le 6 janvier 1885 à Rive-de-Gier (Loire) ; propagandiste républicain-socialiste et homme politique.

Fils de négociant, négociant lui-même, César Bertholon appartenait à la haute bourgeoisie lyonnaise. Sa fortune considérable ne l’empêcha pas de rallier les rangs républicains et de désirer que la République ait pour but d’assurer le bonheur de la masse ouvrière. Il était l’ami de Duché* qui défendait les mineurs stéphanois.

Organisateur de la Société des droits de l’Homme à Lyon, au début de la monarchie de Juillet, il participa à l’insurrection d’avril 1834. (Voir Girard*). S’il échappa à la répression, ayant bénéficié d’un non-lieu avant l’ouverture des débats, il déposa en avril 1835 devant la Cour des Pairs en faveur des inculpés. « Ma place, dit-il, n’est pas ici, elle est au banc des accusés. »

Il était en relations avec le fouriériste Laurent* qui, en 1841, devait fonder la Société générale pour la fabrique de rubans, association de type phalanstérien.
Le journal qu’il publia à Lyon dans la seconde décennie de la monarchie de Juillet, Le Censeur, feuille radicale, puisque les lois de septembre avaient interdit l’emploi du mot républicain, ouverte aux idées socialistes, exerça une très grande influence.

Organisateur de plusieurs banquets réformistes en 1847, César Bertholon fut nommé, en mars 1848, sous-commissaire de la République dans l’arrondissement de Vienne, ce qui lui valut d’être élu député de l’Isère à l’Assemblée constituante. Il siégea à l’extrême-gauche, ne comprit guère l’insurrection de Juin mais s’opposa aux poursuites contre Louis Blanc* et Caussidière* le 26 août. Dressé contre le parti de l’Ordre et contre Louis-Napoléon, il participa aux événements du 13 juin 1849, avec ses collègues montagnards de l’Assemblée législative. Le 2 novembre 1848, il s’était abstenu dans le scrutin sur le droit au travail.

Il avait été réélu, en effet, par le département de l’Isère, le 13 mai 1849. En août 1849, avec Morellet* et Martin Nadaud*, il avait déposé une proposition de loi que Nadaud* défendit à la tribune, demandant que l’État et les administrations publiques fussent autorisés à traiter de gré à gré avec les associations mixtes d’ouvriers et de patrons, et d’ouvriers seuls, pour tous les travaux dont le montant ne dépasserait pas 30 000 F. La proposition avait été repoussée.

Interné en Algérie après le coup d’État du 2 décembre 1851, il obtint au bout de quelques mois, pour raison de santé, l’autorisation de s’exiler volontairement en Angleterre et put rentrer en France en profitant de l’amnistie de 1859.

En 1868, il entra dans plusieurs associations du mouvement coopératif d’alors, tant dans des coopératives de production que dans des coopératives de consommation ou de crédit.

Aux élections législatives de 1869, César Bertholon fut candidat démocrate à Saint-Étienne (Loire). Il fut battu de justesse par le candidat officiel, M. de Charpin-Feugerolles : il obtint 14 130 voix contre 14 830 à l’élu, qui était un grand bourgeois conservateur.

Préfet républicain de la Loire aussitôt après le 4 septembre 1870, Bertholon donna sa démission au moment de la signature de la paix. Conscient du danger qu’il y avait à laisser les ennemis de la République former l’opinion paysanne, il publia alors La République des Campagnes, qui, de Saint-Étienne rayonna sur les départements voisins et contribua avec la Marianne, société secrète dont le recrutement était orienté maintenant plutôt vers la paysannerie, à ruiner le prestige social et politique des hobereaux dans les villages du Centre-Est.

Battu à Alger le 17 février 1871, le 11 juillet 1871, le 20 octobre 1872, élu député de Saint-Étienne en 1876 contre Martin Bernard, battu de très peu, il siégea à l’extrême gauche de la Chambre jusqu’à sa mort en 1885. Il vota l’ordre du jour des 363 et les deux lois d’amnistie pour les Communards.
César Bertholon écrivit aussi des poésies et des chansons. En 1830, il avait dédié un long poème Aux Français morts pour la Liberté.
On a davantage conservé le souvenir dans le Rhône et dans la Loire de ses couplets intitulés L’Égalité, dont voici les deux premiers :

« Comme la lampe éteinte au sanctuaire,
La foi, l’amour expirent dans les cœurs ;
L’humanité gémit sous le suaire
Que l’égoïsme étend sur ses douleurs...
A nos regards, mais que vois-je paraître ?
C’est une Vierge au front céleste et doux ;
A ces accents le monde va renaître :
« Mortels, embrassez-vous.
« La haine tue et mon règne féconde ;
Venez à moi, je suis l’Egalité.
De longs fléaux, pour consoler le monde,
J’apporte à tous paix et fraternité.
Puissants du jour, modestes prolétaires,
Venez, mes bras sont ouverts à vous tous ;
Plus de combats, dit-elle, soyons frères.
Mortels, embrassez-vous... »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article26421, notice BERTHOLON César, Christophe , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 26 décembre 2020.

SOURCES : Arch. Dép. Loire, 10 M/70, 74, 76. — Cour des Pairs. Procès politiques, 1830-1835, Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1983, CC 557 d3 n° 717. — Bossakiewicz, Histoire générale de Saint-Étienne. — Profils critiques et biographiques des 900 représentants du Peuple, par un vétéran de la presse, Paris, Garnier frères, 3e éd. 1848. — A. Robert, E. Bourleton, G. Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1789-1889, Paris, Borl, 1891. — Jean Gaumont, Histoire générale de la Coopération en France, (T. 1), Paris, Fédération Nationale des coopératives de consommation, 1924. — Fernand Rude, Le Mouvement ouvrier à Lyon de 1827 à 1832, Paris, 1944. — Pétrus Faure, Histoire du Mouvement ouvrier dans le département de la Loire, Saint-Étienne, 1956. — J.-F. Gonon, Histoire de la chanson stéphanoise et forézienne, Saint-Étienne, 1906, pp. 102-104. — Archives en ligne de la Loire.Rive-de-Gier. - Décès. - 3NUMEC1/3E187_43 - 1885 (vue 2) , déclaration par Sévola Duché, fils de Tristan Duché (Jacky Nardoux)

ICONOGRAPHIE : J.-F. Gonon, op. cit., p. 102.

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