BLANCHON Pierre

Ouvrier imprimeur à Niort. Militant socialiste.

Pierre Blanchon se présenta aux élections du 13 mai 1849 à l’Assemblée législative dans le département des Deux-Sèvres, en tête de la liste des travailleurs démocrates socialistes. Il ne fut pas élu, n’ayant obtenu que 1 796 voix sur 56 851 votants. Le journal L’œil du Peuple (n° du 4 mai 1849) avait publié la profession de foi des candidats de cette liste :
« Aux travailleurs, électeurs du département des Deux-Sèvres.
« Travailleurs ! Nous nous adressons à vous les exploités, les déshérités de ce monde ; une bonne fois, donnez-vous la main, que la blouse des villes s’unisse à la blouse des campagnes ; vous avez les mêmes intérêts à défendre, les mêmes ennemis à combattre ; vos exploiteurs, quoique divisés entre eux d’intérêts et de caste, oublient un moment leurs inimitiés pour vous vaincre. Souvenez-vous de leurs promesses depuis tant d’années ; souvenez-vous des promesses qu’ils vous ont faites au 10 décembre, et soyez plus défiants ; rappelez-vous la noblesse et ses privilèges, la haute bourgeoise, son usure et son égoïsme, rappelez-vous vos longs travaux et votre pauvreté. À l’union du capital, à l’union des oisifs, opposez l’union de vos misères, l’union des travailleurs.
« Nous venons franchement réclamer vos suffrages comme socialistes ; que ce mot ne vous effraie point ; souvenez-vous, protestants, que vous avez été poursuivis et brûlés comme hérétiques, et que ce n’est qu’après bien des luttes que vous avez pu exercer librement votre culte. Que veulent les socialistes ? Rien d’autre qu’améliorer le sort des travailleurs ; ils veulent, entre autres réformes, que l’impôt soit payé par les riches, voilà pourquoi ces derniers crient contre les socialistes et vous les désignent comme les ennemis de l’ordre, de la famille et de la propriété.
« Ordre, famille et propriété, nous les respectons plus que personne ; seulement, nous voulons l’ordre résultant d’institutions basées sur la justice et la fraternité, et non l’ordre éternel des conservateurs qui n’est autre chose que l’éternité de la misère, l’éternité de l’usure, l’éternité de l’exploitation humaine, l’éternité de jésuitisme et de la superstition. Nous voulons la famille et ses joies pour tous. Nous voulons la propriété par le travail et non la propriété par le travail et non la propriété par l’usure et l’exploitation. Nous voulons, en un mot, les réformes contenues dans le programme suivant... »
En douze points, après ce préambule, et à côté de thèmes communs aux différentes nuances de l’opinion démocratique, s’exprimaient pêle-mêle quelques revendications immédiates spécifiquement socialistes : organisation du travail de manière que chaque travailleur « puisse vivre et élever sa famille en travaillant » ; abolition de l’impôt des patentes, de la cote personnelle, de la prestation en nature, des droits d’octroi, de l’impôt sur le sel et sur les boissons, impôt progressif appliqué seulement au revenu net, mobilier et immobilier ; création de banques agricoles et industrielles, diminution de l’intérêt de l’argent ; abolition du cumul des emplois diminution des gros traitements, augmentation des petits, abolition des cautionnements « afin de rendre les fonctions publiques accessibles aux prolétaires » ; fonctions publiques données au concours et à l’élection.
Et la profession de foi concluait ainsi :
« Ouvriers et laboureurs, après la lecture de ce programme, vous devez comprendre pourquoi nous avons contre nous la noblesse et la haute bourgeoisie ; elles ne nous pardonneront jamais la diminution des gros traitements, l’abolition du cumul des emplois, l’organisation du travail, la création de l’impôt progressif, la diminution de l’intérêt de l’argent. Vous nous connaissez maintenant, vous savez qui nous sommes, ce que nous voulons ; vous savez, par une funeste expérience, ce que sont nos adversaires et les vôtres, ce qu’ils veulent. Jugez entre nous et eux. Vive la République démocratique et sociale ! Salut et fraternité ! »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article26757, notice BLANCHON Pierre , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCE : L’œil du Peuple (N° 17, 4 mai 1849). — Émile Monnet : Archives politiques du département des Deux-Sèvres, tome 1er.

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