BORIES Jean-François, Louis, Leclerc ou Clair

Par J. Risacher

Né en 1795 à Villefranche du Rouergue. Jeune militaire. Républicain. Franc-maçon. L’un des « Quatre Sergents de la Rochelle ». Guillotiné sous la Restauration et devenu un martyr de ce régime.

Né dans une famille protestante, d’abord favorable à la Restauration puis franc-maçon, J.-F. Bories s’affilia, selon les sources, à la loge des Amis de l’homme ou à celle de l’Honneur de la France. On ne sait si cette évolution est antérieure ou non à son intégration militaire. Il appartenait au 45e de ligne, cantonné depuis avril 1821 à Paris, dans diverses casernes situées près du Panthéon et des Écoles, en plein pays latin (XIe et XIIe arr. anciens) et dans l’atmosphère estudiantine. De nombreux liens furent tissés entre sous-officiers et étudiants. C’est lui qui entraîna ses amis dans la création d’une "vente" de la Charbonnerie, en mai de la même année, ce qui provoqua l’inquiétude du pouvoir qui décida le transfert du régiment en province.
Les membres de la vente mirent un terme à leur séjour parisien par un repas historique dans l’auberge du « Roi Clovis », dans très vieille maison située aux coins des rues Clovis et Descartes, devenue depuis « Aux Quatre Sergents » et qui fut détruite 166 ans plus tard, en 1987, avec la complicité d’une municipalité sacrifiant la mémoire républicaine aux intérêts privés... Ils suivirent leur régiment de Paris à La Rochelle du 22 janvier au 14 février 1822. Surveillés dès le départ, compromis par des maladresses, comme l’altercation avec un régiment de Suisses à Orléans, qui valut à Bories sa mise aux arrêts prématurée, et des mouchardages, les quatre charbonniers furent vite neutralisés. Ils ne purent réaliser les actions prévues pour se dérouler parallèlement aux projets du général Berton, lui-même trahi peu avant dans sa marche sur Saumur, et ils furent tous arrêtés avant le 20 mars 1822 et incarcérés. Défendus par tout le barreau libéral, en particulier Barthe et Mérilhou, ils furent jugés fin août avec vingt et un autres inculpés, dont, parmi les trois civils, un jeune interne des hôpitaux, Gauron, et condamnés à mort le 6 septembre. Malgré une tentative de les faire évader de la prison de Bicêtre, ils furent guillotinés le 21 septembre 1822 en place de Grève. Bories fit preuve d’une grande force de caractère lors du procès et de son exécution. Bien que n’étant pas en contact direct avec les luttes ouvrières, les répercussions de cette exécution dans tous les milieux républicains, y compris parmi les ouvriers, furent telles qu’elles leur donnent une place dans la mémoire collective. Voir Charles Goubin*, Jean Pommier* et Marius Raoulx*.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article27115, notice BORIES Jean-François, Louis, Leclerc ou Clair par J. Risacher, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

Par J. Risacher

SOURCES : Jean-François Rittiez, Histoire de la Restauration ou précis des règnes de Louis XVIII et Charles X, Schlesinger frères, 1853-1854. — Maurice Berthon, Les conspirations de Saumur, récit historique, Debresse, 1940. — Jean Baylot, Le complot des sergents de La Rochelle, Tours, Maurel, 1969. — J.-C. Caron, Génération romantisme, Les Étudiants de Paris et le Quartier latin, Paris, A. Colin, 1991. — L.-A. Blanqui, œuvres I. Des origines à la Révolution de 1848, textes présentés par D. Le Nuz, Nancy, Presses Universitaires, 1993.

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