BESNIER Alfred

Par Gauthier Langlois

Né le 7 mars 1824 à Binic (actuellement Binic-Étables-sur-Mer, Côtes d’Armor), mort le 20 septembre 1904 à Saint-Brieuc (Côtes d’Armor) ; négociant et armateur, condamné pour son opposition au coup d’État du 2 décembre 1851, il vécut en exil à Jersey.

Dans la liste des proscrits de Jersey établie par Eugène Alavoine il figure par erreur sous le nom de Jean Bosnier, né à Portrieux.

Alfred Besnier était fils de Honoré Besnier (1793-1871) et de Flore Le Gorrec (1795-1874). Sa famille était originaire de Binic et Portrieux, deux ports situés au Nord de Saint-Brieuc. Son père était chirurgien dans l’armée, sans doute dans la marine. Lui-même devint armateur et négociant. Il était marié avec Léonie Dantec dont il avait déjà deux enfants au début de l’année 1852.

Opposant au coup d’État du 2 décembre 1851, il fut condamné à « Algérie Moins » (assignation à résidence en Algérie) changé en surveillance, le 20 février 1852, suite au résultat d’une instruction faite à Gien. La commission mixte des Côtes-du-Nord justifia sa décision par ce commentaire :

« Besnier a toujours été d’une grande exaltation politique, se posant comme chef du parti démagogique et agissant sur les ouvriers. Il faisait partie des sociétés secrètes dont il était un agent actif dans le département. Lors des événements de décembre, il s’était rendu à Saint-Brieuc afin de prendre part à l’insurrection qui s’y projetait. »

Pour échapper aux poursuites il s’était exilé dans l’île de Jersey toute proche et sans doute avec l’un des bateaux qu’il possédait. Mais son exil fut bref. Il était présent à Binic, le 13 novembre 1852, à la naissance de sa fille Aline. Par décision impériale du 29 septembre 1854 il bénéficia d’une grâce entière.

Malgré sa grâce il était toujours connu des autorités comme opposant politique. En 1858, suite à l’attentat d’Orsini, il fut emprisonné en application de la loi de sûreté générale prévoyant que tout individu suspecté d’agir contre le gouvernement était passible d’amende ou de prison, et que quiconque ayant déjà fait l’objet de condamnations politiques depuis 1848 pouvait être arrêté, déporté et exilé sans procès.

Sous la IIIe République il était considéré comme l’un des chefs des républicains de son département. Il fonda, le 1er mai 1875, avec un de ses amis, Olivier-Alexandre Glais-Bizoin, le journal républicain Le Progrès des Côtes-du-Nord. Cela lui permit d’accéder à des responsabilités politiques et syndicales : conseiller municipal de Binic depuis 1878, conseiller général depuis 1882, président de la commission de statistique agricole et membre du conseil d’administration des Écoles normales, suppléant de justice de paix... Son engagement et sa qualité de proscrit du Deux-décembre lui valurent d’être nommé, en 1891, officier de l’Instruction publique puis chevalier de la Légion d’honneur. Il fut le candidat des républicains aux élections sénatoriales de 1889 dans son département mais ne fut pas élu.

En 1882, il obtint une pension de 500 francs au titre de la loi de réparation de 1881 en faveur des victimes du 2 décembre. Le journal L’Indépendance bretonne qui le considérait comme richissime trouvait cela scandaleux au regard des besoins des nécessiteux. À cette époque il vivait notamment de l’exploitation de plusieurs Terre-Neuvas.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article27135, notice BESNIER Alfred par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 2 septembre 2020.

Par Gauthier Langlois

SOURCES : « Bosnier Jean », Arch. privées de la famille Alavoine-Baudains, Liste établie par Eugène Alavoine après 1870. — Archives nationales, Dossier de la Légion d’honneur. — [La Dépêche de Brest, 5 janvier 1889. — Le Courrier du Berry, 9 octobre 1882. — Le Petit journal, 21 décembre 1904. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Besnier - Alfred », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — Note de Rémi Gossez.

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