BOUILLARD Jean-Florent

Par Michel Cordillot et Gauthier Langlois

Né le 24 septembre 1812 à Toucy (Yonne), mort le 27 décembre 1879 à Paris (XIIe arr.) ; musicien-accordeur de piano ambulant. Républicain, membre de la Marianne puis de la Nouvelle Montagne, proscrit suite au coup d’État du 2 décembre 1851.

Jean-Florent Bouillard était le troisième des cinq enfants et le seul garçon de Jean Edme Bouillard (1787-1827) et de Marie Françoise Thiollaire (1789-1849). Sa famille appartenait au milieu du commerce et de l’artisanat. Son père était perruquier, ses grands-pères étaient marchand ou menuisier, ses beaux-frères étaient maçons, tisserand et boucher. Lui-même combina des activités artisanales et commerciales avec une activité artistique. Il est qualifié suivant les actes de serrurier, de maître de musique ou musicien et d’accordeur de piano ambulant. Cette activité d’ambulant lui permettait plus facilement de constituer et d’entretenir un réseau politique.

Il prit une part active aux événements de 1848 dans l’Yonne. Dès 1850, il fut l’un des initiateurs et l’un des chefs des puissantes sociétés secrètes de la région de la Puisaye (la Marianne, puis la Nouvelle Montagne ; cette dernière comptait en décembre 1851, 127 affiliés identifiés dans le canton de Toucy). Une première condamnation, le 1 juillet 1850 à 1 mois de prison et 16 francs d’amende pour diffamation et colportage, s’avéra peu dissuasive.

Dès l’annonce du coup d’État, il battit le rappel des républicains et rassembla quelque 400 hommes en armes avec lesquels il essaya d’occuper Toucy dans la nuit du 6 au 7 décembre. Mais l’arrivée de renforts fit échouer cette tentative. Il fut arrêté le 8 décembre 1851. La commission militaire de Paris le condamna d’abord à la déportation dans un bagne d’Algérie. Mais il fut rendu à la liberté le 7 avril 1852 après qu’il eut accepté de signer une demande de recours en grâce, et fut expulsé vers la Belgique. Il semble qu’il ait ensuite séjourné quelque temps en Angleterre et à Jersey. Il fit en effet partie des 36 proscrits qui signèrent, le 17 octobre 1855, la protestation rédigé par Victor Hugo contre l’expulsion de Jersey de Charles Ribeyrolles, du colonel Louis Pianciani et de Philippe Thomas. Cette signature lui valu, comme tous les autres, l’expulsion de l’île.

Il était de nouveau dans l’Yonne à la fin de l’Empire. Installé à Toucy, il exerçait la profession de photographe. À l’occasion des élections législatives du 8 février 1871, il fut proposé comme candidat par le « Comité de la Puisaye » (dirigé en sous-main par Paule Mink) pour assurer une « représentation équitable de l’élément ouvrier ». Il ne fut pas élu, mais recueillit 1 098 voix à Bléneau et 417 à Saint-Sauveur, les deux fiefs républicains « rouges » de la Puisaye.

Il observa avec sympathie la proclamation de la Commune à Paris. Preuve que la gauche républicaine se mobilisait en Puisaye (comme partout ailleurs dans l’Yonne) pour contrer les desseins antirépublicains de l’Assemblée nationale, le journal La Liberté reproduisit le 20 mai un prospectus signé J.-Fl. Bouillard annonçant la parution imminente à Auxerre d’une nouvelle feuille intitulée Le Prolétaire, laquelle s’adresserait à « l’ouvrier des champs aussi bien qu’à celui des ateliers, et (serait) accessible aux plus pauvres » ; déjà près de 100 souscripteurs-fondateurs avaient été trouvés à Bléneau et Toucy à cette date. Du fait de la victoire des Versaillais et du rétablissement du cautionnement et du timbre, le premier numéro, prévu pour paraître le 9 juin, ne vit jamais le jour. L’oraison funèbre en fut donnée par Bouillard lui-même dans les colonnes de La Liberté le 3 juin : « Un journal comme celui-là dans chaque département, c’eût été une peste intellectuelle très compromettante pour le bel ordre social sous lequel nous avons le bonheur de vivre, aussi, M. Picard et la droite royaliste de Versailles y ont mis ordre en élevant contre cette presse infime le cordon sanitaire du fisc. »

À son décès il vivait avec son épouse Marie Joséphine Desuze, couturière âgée de 48 ans, au 31 rue de Reuilly à Paris (XIIe arr.). Dans son numéro du 30 décembre 1879 le quotidien Le Rappel annonçait l’enterrement civil de cet « ancien proscrit du 2 décembre ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article27232, notice BOUILLARD Jean-Florent par Michel Cordillot et Gauthier Langlois, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 14 novembre 2020.

Par Michel Cordillot et Gauthier Langlois

SOURCES : Arch. Dép. Yonne, 1 J 378. — Victor Hugo, Œuvres complètes de Victor Hugo. Actes et paroles. 2 publiées par Paul Meurice, puis par Gustave Simon, 1937-1940, p. 123-125. — John M. Merriman, The Agony of the Republic, Yale University Press, 1978. — Michel Cordillot, « Agitation révolutionnaire et sentiments pro-communalistes dans l’Yonne en 1870-71 », La Commune de 1871. L’événement, les hommes et la mémoire, Université de Saint-Étienne, 2004, p. 157-181. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Bouillard - Jean Florent », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — Notes de Gauthier Langlois.

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