BOURZAT Pierre, Siméon

Par G. Beaubatie

Né le 12 février 1800 à Brive (Corrèze), rue de Corrèze dans la maison de son père, commissaire de police, mort le 4 mai 1868 à Bruxelles. Avocat. Représentant de la Corrèze, très proche de la Montagne en 1848, Montagnard en 1849. Résistant au coup d’État, présent faubourg Saint-Antoine auprès de Baudin, expulsé le 9 janvier 1852.

A Brive on appelait Bourzat l’avocat des pauvres, parce qu’il les conseillait et les défendait gratuitement. « C’est que, a dit le compilateur de la Biographie des 900 députés, en 1848, M. Bourzat n’est pas seulement l’apôtre d’une théorie politique ; il avait depuis longtemps mis ses préceptes en pratique, en se préoccupant utilement du sort des classes pauvres et déshéritées, en consacrant le fruit de son travail à répandre autour de lui des bienfaits qu’il poussait jusqu’à l’abnégation de ses intérêts privés. M. Bourzat ne plaide jamais si bien que lorsqu’il défend un client qui ne lui paiera ses honoraires qu’en actions de grâce et en reconnaissance. Il est d’ailleurs membre de toutes les institutions où il y a du temps à consacrer et du bien à faire. »
Victor Hugo complète ainsi dans l’Histoire d’un crime le portrait moral et intellectuel de Pierre Bourzat, le 3 décembre 1851 : « Bourzat, à cause de la boue, selon son habitude, avait des sabots. Qui prendrait Bourzat pour un paysan se tromperait, c’est un bénédictin. Bourzat, imagination méridionale, intelligence vive, fine, lettrée, ornée, a dans sa tête l’Encyclopédie et des sabots à ses pieds. Pourquoi pas ? Il est esprit et peuple. »
En 1838, Bourzat avait commencé sa carrière d’avocat, en matière politique, en obtenant l’acquittement du Progrès de la Corrèze, paraissant à Tulle, qui avait publié sans autorisation une lithographie considérée par le juge d’instruction comme républicaine et destinée à devenir un emblème séditieux. Quelques années plus tard en 1844, il soutint contre le curé de Saint-Cernin la cause des ayants droit d’un Brivadois à qui les obsèques religieuses avaient été refusées parce qu’il avait vécu en dehors de la pratique catholique. Affaire qui divisa Brive en deux camps dont les positions demeurèrent sensiblement les mêmes jusqu’en 1848.
Bourzat lançait dans Brive des pétitions pour la réforme électorale quand survint la révolution de Février. Il fut aussitôt président du Comité républicain radical, appelé « comité central et populaire de l’arrondissement de Brive », et lors de l’Assemblée populaire de la ville, qu’il convoqua le 31 mars, il présenta le délégué du comité central parisien, Cruveiller, puis il fut « élu premier capitaine de la Garde nationale dans trois quartiers à une immense majorité », comme les autres candidatures soutenues par le comité, d’après L’Électeur dont il devint directeur. Toujours d’après L’Électeur, le Comité de l’arrondissement, réuni en assemblée générale le 9 avril admit des candidats à être entendus avant la délibération ; Bourzat, Ceyras*, Madesclaire*, Jean Sage*, Pénières*. Sa profession parut dans le journal le 22 avril : « Plus de roi. La République. La République est un droit, un devoir, un fait accompli. Consolider, organiser la République, telle est donc la mission de l’Assemblée nationale. Pas le communisme ! c’est l’ennemi de l’émulation, du travail, de la famille, de la propriété, cette sanction de la famille ; le communisme est antisocial. Pas de terrorisme, la violence est impuissante à fonder. Le temps, l’état de la société, les mœurs, la civilisation, repoussent énergiquement tout système de terreur. L’ère républicaine, c’est avant tout l’ère de l’ordre, de la vérité, de la justice. respect aux personnes et partant à la liberté individuelle. Respect à la propriété, à tous droits légitimement acquis. Liberté de conscience et des cultes. Cette liberté, c’est plus que la vie. Perdue ! que resterait-il à perdre encore ? Point d’exaltation, mais point de versatilité, et surtout d’intrigue sans conviction. Fixité, constance. Dévouement à la démocratie, foi vive et profonde en son avenir ! Égalité, fraternité, jusqu’ici simples vérités philosophiques et religieuses ; désormais vérités légales ; politiques et civiles. Étude consciencieuse de l’impôt, des moyens de modifier et d’alléger les charges du pays. Sollicitude de chaque instant pour la position si intéressante de l’ouvrier et du cultivateur. Union, paix publique, sécurité. [Signé], Un républicain de la veille. Bourzat ». Il fut élu député le 23 avril 1848, quatrième sur huit avec 21 175 voix, puis conseiller général de Brive contre le républicain modéré Charles Rivet, ce qui acheva d’en faire le symbole de la démocratie et même du socialisme en Corrèze.
A la Constituante, ce fut lui qui demanda, le 26 mai, que les votes nominatifs des représentants fussent publiés, pour les principaux scrutins. Il eut satisfaction, et, le jour même, on adressa au Moniteur les prises de position individuelles sur le bannissement de la famille d’Orléans. Absent par congé, il n’était pas présent à la séance qui décida du mode d’élection du président de la République. Par contre, il était en séance le 2 novembre 1848 et se prononça pour le droit au travail. S’il présenta à Cavaignac les gardes nationaux de la Corrèze venus en délégation pour assister, le 15 novembre, à la promulgation de la Constitution, il fit campagne le 10 décembre en faveur de Ledru-Rollin. Un banquet avait été organisé par les démocrates de Brive le 8 décembre 1848 pour lui rendre hommage ; la veille, le journal de la Corrèze, Le 24 février, écrivait : « Honneur au citoyen Bourzat, qui a voué sa vie, son talent, ses inspirations et ses efforts de tous les jours au culte de la liberté et du patriotisme ! ».
Par suite d’un retard, il ne put ou ne voulut participer au vote de remerciement à Cavaignac.
Réélu troisième sur sept à la Législative, le 13 mai 1849, avec un fort accroissement de voix (35 626 sur 56 045 votants et 84 363 inscrits), il rallia entièrement la Montagne, et la soutint énergiquement dans la crise du 13 juin.
Au cours de la séance publique du Conseil général de la Corrèze du 1er septembre 1849, Pierre Bourzat remarqua dans l’assistance la présence de Léon de Jouvenel habillé d’un gilet blanc. Il l’apostropha ; « Il y a dans cette salle un homme qui s’est fait le défenseur des presbytères et des châteaux. Salut au gilet blanc ! » De Jouvenel de répliquer : « Il y a ici un homme qui a le triste courage de se faire le défenseur avoué des estaminets et des cabarets. Salut au gilet sale ! » L’altercation verbale devait se terminer trois jours plus tard par un duel. De Jouvenel céda le premier feu à Bourzat ; le coup de feu épargna de Jouvenel qui tira en l’air...
Le 11 septembre 1849, plaidant pour deux « rouges », Larenaudie* et Moussu*, devant les assises de la Corrèze, il les faisait acquitter tandis que son confrère et collègue Jean Sage obtenait l’acquittement de deux autres.
En 1850, Bourzat fut contre la loi Falloux et contre la loi du 31 mai qui mutilait le suffrage universel ; il dénonça, le 1er septembre, au conseil général de la Corrèze, l’illégalité de la proposition de révision constitutionnelle faite par plusieurs conseillers et soutint l’incompétence du conseil général en matière politique, ce qu’il fit aussi à l’Assemblée, à Paris.
Soumis à réélection comme conseiller général en 1851, il refusa de siéger à la session du mois d’août parce qu’il ne reconnaissait pas comme légale la décision du prince-président d’ajourner le renouvellement des mandats : respectueux des règles démocratiques, il estimait n’avoir plus aucune qualité pour continuer à siéger.
Soucieux d’entraîner l’opinion populaire, il multipliait, en 1851, les tournées dans la campagne, par exemple pour l’abolition de l’impôt sur les boissons.
Le 2 décembre 1851, il assista aux réunions des députés hostiles au coup d’État ; auparavant, il aurait, d’après son collègue Penières, et selon l’érudit local Bergues-Lagarde, pris au collet Dupin au moment où la troupe envahissait la Chambre, afin de le mieux persuader qu’en sa qualité de président c’était à lui qu’il revenait de protester contre la violence faite à la représentation nationale.
Victor Hugo raconte comment Bourzat, présent près de Baudin, eut son manteau troué dans la décharge qui tua Baudin.
Chassé de France, Bourzat se rendit en Belgique, vécut à Schaerbeck, faubourg de Bruxelles, du métier de teneur de livres, puis de celui de professeur dans un pensionnat de jeunes filles. Il refusa de rentrer lors de l’amnistie de 1859. — Voir Bosch Charles*, Ceyras Henri*, Madesclaire Pierre*, Pénières Auguste*, Sage Jean*

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article27400, notice BOURZAT Pierre, Siméon par G. Beaubatie, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

Par G. Beaubatie

SOURCES : Capitaine J. Breillout, La Révolution de 1848 en Corrèze, 1924 (p. 18). — Commandant Bourzat — fils de Pierre Bourzat et beau-père du capitaine J. Breillout — « Souvenirs d’exil (1853-1865) », dans le Bulletin de la Société des Lettres et Arts de la Corrèze, Tulle, 1937, contribution dont il y a des tirés à part. — A. Robert, E. Bourleton, G. Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1789-1889, Paris, Borl, 1891.

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