BRU Jules, Pierre

Par Gauthier Langlois

Né le 10 mai 1828 à Tours (Indre-et-Loire), mort le 8 mars 1858 à Paris (Ier arr. ancien) ; journaliste à Angers (Maine-et-Loire) ; socialiste, condamné ou proscrit pour son opposition au coup d’État du 2 décembre 1851, exilé à Jersey puis en Suisse.

Son acte de naissance précise qu’il est né de Pierre Jean Marie Bru, sellier âgé de 40 ans et de Marie Sophie Daunis son épouse, demeurants 48 rue Royal à Tours. Bien qu’issu d’un milieu d’artisans, il montra des qualités littéraires brillantes qui firent qu’il put devenir journaliste à l’âge précoce de 19 ans puis le rédacteur en chef du Démocrate de l’Ouest à partir du 4 décembre 1848. Après la disparition de ce titre, en août 1850, il devint rédacteur en chef du Bonhomme Manceau pour le Maine-et-Loire, Philippe Faure assurant la rédaction pour la Sarthe. Comme beaucoup de journalistes républicains il subit la censure judiciaire. Il fut condamné, en 1849, à 50 francs d’amende pour coups et blessures ; en 1851, à 100 francs d’amende pour délit de presse ; la même année, à 500 francs d’amende pour diffamation et à 1000 francs d’amende et 1 mois de prison pour compte rendu infidèle et injurieux.

Suite au coup d’État du 2 décembre 1851, il fut condamné, par la commission mixte de la Sarthe, à l’expulsion. La décision était motivée par le commentaire suivant : « Bru est le chef le plus exalté de l’opinion socialiste. Rédacteur du journal Le Démocrate de l’Ouest, il se signala par une propagande incendiaire jusqu’au moment où le journal succomba sous les poursuites judiciaires. Devenu alors rédacteur du Bonhomme Manceau, détestable pamphlet hebdomadaire, où les doctrines anarchiques étaient mises à la portée des ateliers et des campagnes, il a tenté et accompli tout le mal que peut enfanter une publication qui s’adresse aux plus pervers instincts. Sa correspondance privée ne s’inspire que de haine et de vengeance. On y trouve ces mots : « Nous aurons notre tour… le Procureur de la République qui me connaît trop, mais me connaîtra mieux un jour venant, je vous en réponds… Il faut qu’ils nous tuent ou qu’ils disparaissent. » »

Comme les autres collaborateurs du Le Bonhomme Manceau il choisit de s’exiler dans l’île de Jersey. Mais passa ensuite en Suisse, comme l’atteste une lettre daté du 15 juin 1853 à Montreux, adressée à Philippe Faure. Dans celle-ci il lui demandait de saluer les amis de la loge, sans doute celle des Philadelphes à laquelle appartenait la majorité des maçons français de Londres, ce qui implique que Jules était aussi franc-maçon. Il ajoutait : « nos plus chaudes amitiés à Louis Blanc dont nous relisons chaque soir au coin du feu les admirables ouvrages. À Berjeau, aux amis de la loge, à Greppo et sa famille, à Félix Pyat, à Boichot, Pardi, Wasb, Guill., Rou. et à Madame Rou., Veil, Malar [Malarmé ?], Wilfrid [Wilfrid de Fontvielle ?], Albert, Chevassus, Talandier etc., etc. À tous enfin pour n’en pas oublier, à ta mère, bien entendu. Si tu vas à Jersey, embrasse pour nous Auguste [Auguste Vacquerie ?], Louis [Louis Hennet de Kessler ?], Roumilhac, etc., et nos plus chaudes poignées de main à Pierre Leroux et Victor Hugo... »

Il demanda et obtint une grâce qui lui permit de revenir en France et de reprendre son travail à Paris. Son décès, en 1858, fut rapporté par plusieurs journaux. Ainsi Le Phare de la Loire annonçait, dans son numéro du 18 mars : « Nous apprenons avec regret la perte d’un jeune écrivain de talent, M. Jules Bru, ancien rédacteur en chef du Démocrate de l’Ouest, à Angers. M. Bru habitait depuis quelques temps à Paris où il a publié plusieurs articles dans la Revue moderne. Il a été enlevé brusquement à l’affection de sa famille et de ses amis par une obstruction de l’intestin... » La Presse, dans son numéro du 13 mars, précisait : « ...Journaliste à dix-neuf ans, il a su, dans sa courte existence, honorer son nom en publiant dans la Revue Moderne, des articles de critique qui décelaient une conscience élevée, en même temps qu’une grande finesse de tact. M. Jules Bru Donis avait vingt-neuf ans. La famille, quelques amis rassemblés à la hâte, ont conduit directement ses dépouilles au cimetière Montmartre. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article27715, notice BRU Jules, Pierre par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 1er décembre 2020.

Par Gauthier Langlois

SOURCES : Archives d’Indre-et-Loire, Acte de naissance. — Arch. privées de la famille Alavoine-Baudains, Liste établie par Eugène Alavoine après 1870 (où il est prénommé à tort Julien). — Bnf, Notice autorité, Fichier Bossu. — La Gazette des tribunaux, 1er janvier 1850. — La Presse, 13 mars 1858. — L’Union, 15 mars 1858 https. — Le Phare de la Loire, 18 mars 1858. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Bru - Jules », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — Philippe Faure, Journal d’un combattant de Février, Saint-Hélier, C. Lefeuve, 1859. — Note de Rémi Gossez.

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