CARNOT Hippolyte [CARNOT Lazare, Hippolyte]

Né à Saint-Omer (Nord) le 6 août 1801, mort à Paris le 15 mars 1888. Avocat et homme politique républicain. Ancien saint-simonien.

Fils de Lazare Carnot, surnommé « l’organisateur de la victoire » à cause de son rôle au Comité de Salut public, Hippolyte Carnot suivit son père en exil à Bruxelles, en 1816, lorsque celui-ci fut banni comme régicide par le gouvernement de Louis XVIII, et il ne le quitta pas jusqu’à sa mort, à Magdebourg, en 1823.
Hippolyte Carnot rentra alors en France et devint avocat. Membre de la Société de la Morale chrétienne, il y rencontra Laurent de l’Ardèche* qui l’introduisit au saint-simonisme. Il participa alors avec Hippolyte Auger*, en 1828, au lancement du Gymnase. Est-ce parce que son père avait rencontré Saint-Simon* durant les Cent-Jours, événement dont il est question dans les Mémoires de Lazare Carnot ? Est-ce pour d’autres raisons, absolument personnelles ? Toujours est-il que Hippolyte Carnot entra en contact avec l’école saint-simonienne, vers 1827. Son adhésion fut rapidement donnée et son enthousiasme apparut vite agissant. Hippolyte Carnot contribua à rédiger l’Exposition de la doctrine saint-simonienne et donna des articles dans L’Organisateur et dans Le Globe. Membre du « Collège », il répandit aussi la doctrine par la parole, participa en janvier 1831, en compagnie de Leroux*, à une importante mission de propagande en Belgique, et soutint de ses deniers les publications de l’école. Il a évoqué, longtemps après, avec une certaine émotion, dans un exposé critique sur le saint-simonisme lu à l’Académie des Sciences morales et politiques, à laquelle il appartiendra, les prédications de la rue Monsigny (exposé publié dans les Séances et travaux de l’Académie des Sciences morales et politiques, et tiré à part en 1887).
Son saint-simonisme, assure-t-il, ne l’empêcha pas de continuer à participer à différentes autres sociétés et, surtout, de prendre les armes en juillet 1830, contrairement à la consigne saint-simonienne officielle. Lors de la scission entre Enfantin* et Bazard*, c’est du côté de Bazard que se rangea Hippolyte Carnot. Il reprochait à Enfantin son immoralité, ses théories sur les femmes, sa recherche érotico-mystique de la « Mère ». Dès lors, sans cesser de s’intéresser aux problèmes idéologiques du socialisme naissant, tout en collaborant par exemple à la Revue encyclopédique de Pierre Leroux et de Jean Reynaud* son ami, à partir de 1836, il se tourna vers la politique réelle de la monarchie de Juillet. C’est ainsi qu’il figure parmi les républicains défenseurs des accusés d’avril, qu’il fut inculpé au procès des défenseurs et qu’il comparut à l’audience du 29 mai 1835, avec Blanqui*.
Son mariage avec Claire Dupont (1836), dont le père, le colonel Dupont, avait été aide de camp de Lazare Carnot, dont l’oncle, le général Dupont, n’était autre que le signataire de la capitulation de Bailen en 1808, un instant ministre de la Guerre de Louis XVIII, le replongea dans l’histoire et dans l’atmosphère politique contemporaines. C’est peut-être à Limoges où sa belle-famille habitait, et où naîtra son fils Sadi, futur président de la IIIe République, qu’il songea à se lancer dans la compétition électorale. Il y acheta en tout cas une maison, y collabora à la feuille d’opposition Le Progressif, « autant que le lui permettaient les importants travaux de science dont il s’occupait », dit-il dans une lettre insérée dans le n° du 22 août 1838. Le principal des articles qu’il confia au Progressif fut une défense du service militaire obligatoire à court terme, contre le service de sept ans que subissaient les plus malchanceuses des recrues, et contre tout service à long terme.
Mais, en 1839, Hippolyte Carnot devint député « radical » du VIe arrondissement ancien de Paris (quartier de la rue Saint-Martin). Il fut réélu en 1842 et 1846.
Le député radical de Paris n’était pas bon orateur, et les succès de tribune, en ces temps d’éloquence parlementaire, ne furent pas pour lui. Aussi s’exprima-t-il plus volontiers par écrit, dans la Revue indépendante, de Pierre Leroux*, George Sand* et Louis Blanc*, entre autres, à partir de 1841. Sur le plan politique, ce fut de la réforme électorale et de la réforme parlementaire qu’il s’occupa le plus. Pour les faire aboutir, il proposa, dans une brochure de 1847, un rapprochement entre les « radicaux », dont les uns étaient des républicains avérés qui ne pouvaient pas se parer de cette étiquette, légalement interdite depuis 1835, dont les autres se seraient contentés d’une monarchie constitutionnelle où le roi ne chercherait plus à gouverner, et les opposants dynastiques. Cette brochure, parue à l’automne, durant la campagne des Banquets, exerça sûrement une action sur le déroulement de la campagne, dans la mesure où elle réalisa justement la conjonction de ces deux courants politiques, aussi bien que sur la formation du Gouvernement provisoire de 1848 qui réunit des monarchistes de la veille et des républicains inégalement convaincus de l’opportunité de la République.
Ministre de l’Instruction publique et des Cultes, le 24 février 1848, Hippolyte Carnot ne fit pas partie du Gouvernement provisoire. Au ministère, il s’entoura d’hommes qui avaient été saint-simoniens comme lui, tels Reynaud Jean* et Charton Édouard*. Il dirigea le ministère jusqu’au 5 juillet, et son œuvre fut très importante, sur le papier du moins, car il manifesta des intentions mais n’eut pas les moyens matériels d’aboutir. Notons son projet d’une instruction primaire gratuite et obligatoire, affranchie du clergé ; notons aussi son projet d’une École d’administration (8 mars). L’École lui échappa ensuite, puisqu’elle fut inaugurée le 8 juillet après sa sortie du ministère. Le but d’Hippolyte Carnot était d’organiser démocratiquement les grands corps de l’État, en leur assurant un recrutement démocratique. Si affaiblie qu’ait pu être la réalisation et si peu ouvertes même à la petite bourgeoisie qu’aient été les deux promotions admises en 1848 et 1849, c’en fut encore trop pour ceux qui revendiquaient alors ouvertement le privilège de servir l’État à raison de leur fortune et de leurs relations familiales, et la loi du 9 août 1849 mit un terme à l’expérience. Les anciens élèves de l’École en conservèrent le meilleur souvenir, furent pour la plupart de fermes républicains et, devenus des fonctionnaires chevronnés de la IIIe République, ne manquèrent pas de se réunir dans des banquets à la mémoire d’Hippolyte Carnot.
Aux instituteurs, Carnot n’avait donné que de bonnes paroles. Cela suffira pour qu’on l’accusât, dans les journaux du parti de l’ordre, d’avoir voulu les transformer tous en propagandistes socialistes, d’avoir, par ses circulaires d’avril 1848, engagé les instituteurs dans la bataille électorale au profit des républicains « de la veille ».
Sixième élu de la Seine à l’Assemblée constituante, le 23 avril 1848, après Lamartine*, Arago*, Garnier-Pagès*, Marie et Béranger*, Carnot fut battu en 1849, mais élu à l’élection partielle parisienne du 10 mars 1850, avec Deflotte Paul*, transporté de juin 1848 récemment gracié, et Vidal*, l’ancien collaborateur de Louis Blanc à la Commission du Luxembourg. Lui-même faisait figure d’anti-Falloux dans cette triade républicaine qui rassemblait, au grand scandale du parti de l’ordre, les trois tendances les plus importantes du parti républicain de 1848 : le peuple insurgé, le socialisme utopique et la bourgeoisie progressiste. Son rôle à l’Assemblée législative, jusqu’au 2 décembre 1851, ne fut nullement de premier plan. Sa résistance au coup d’État fut honorable. Élu d’une circonscription de Paris, le 29 février 1852, il se refusa à prêter serment et, en conséquence, ne siégea pas. Son attitude fut à l’origine d’une longue polémique entre républicains, sur l’opportunité du serment, sur les obstacles moraux à la prestation sans sincérité d’un serment obligatoire, etc., polémique à laquelle Proudhon, par exemple, se mêla.
Républicain ferme, mais modéré, sous l’Empire, sénateur inamovible de la IIIe République, de 1875 à 1888, Hippolyte Carnot n’intéresse plus dès lors le mouvement ouvrier français. Son dernier acte en ce sens avait été, en 1861, sa collaboration à la Bibliothèque utile de Henri Leneveux*.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article28113, notice CARNOT Hippolyte [CARNOT Lazare, Hippolyte] , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

ŒUVRES : Exposition de la doctrine saint-simonienne, Paris, 1829-1830 (avec les plus éminentes personnalités de l’école). — Mémoires d’Henri Grégoire, ancien évêque de Blois, Paris, 1837, 2 vol. in-8° édités par H. Carnot. — Quelques réflexions sur la domesticité, Paris, 1838. — Des devoirs civiques et militaires, Paris, 1838. — Sur les prisons et le système pénitentiaire, Paris, 1840. — De l’esclavage colonial, Paris, 1845.

SOURCES : Charles Rémond, 1789-1889. Histoire d’un siècle et d’une famille... les trois Carnot, Paris, 1889. — Paul Carnot, Hippolyte Carnot et le ministère de l’Instruction publique en 1848, Paris, 1948 (Collection du centenaire). — A. Louvel, « L’École d’administration de 1848 », dans Études d’Histoire moderne et contemporaine, t. II, Paris, 1948. — Note de Ph. Régnier.

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