CAUSSIDIÈRE Marc

Par Jacques Grandjonc, Jean Risacher, Jean Maitron

Né le 17 mai 1807 à Genève, mort à Paris le 27 janvier 1861. Démocrate-socialiste. Préfet de police de 1848. Animateur de la Commune révolutionnaire à Londres (1853), envoyé aux États-Unis à des fins de propagande.

Marc Caussidière à Guernesey en 1860
Marc Caussidière à Guernesey en 1860
Photographié par Charles Alexandre Leballeur-Villiers entre le 20 et le 22 septembre 1860 à Hauteville House à Guernesey, accompagné de la dédicace suivante : « A Mademoiselle Allix aussi recommandable par sa fermeté républicaine que par son talent. M. Caussidière. » Source : Maison de Victor Hugo - Hauteville House

Il n’y a qu’un seul prénom dans l’acte de naissance. La date (18 mai 1808) et le lieu (Lyon) donnés précédemment se rapportent peut-être à un autre membre de la famille.

Marc Caussidière était l’un des fils de Jean Caussidière et de Marguerite Caussidière, née Saunier. Franc-maçon, il appartenait, en 1829, à la loge « L’Asile du sage », orient de Lyon.

Ouvrier de la soierie puis courtier en marchandises, Marc Caussidière se trouvait tantôt à Lyon tantôt à Saint-Étienne (Loire), mais plus souvent sans doute à Saint-Étienne où il demeurait, rue Saint-Louis. Ainsi, au début d’avril 1833, exposa-t-il dans cette ville, ainsi que son ami Faure, ses habits de garde national et le portrait de Louis-Philippe, avec l’inscription « A vendre pour payer les impôts », ce qui provoqua un attroupement considérable. (Arch. Dép. Loire, 10 M 21). On sait d’autre part qu’il avait participé aux manifestations lyonnaises de juillet 1830 et au soulèvement de novembre 1831. Toujours à Saint-Étienne, le 21 février 1834, il animait la manifestation qui chantait dans les rues « la Marseillaise... et autres chants aux hideux souvenirs », selon les termes de la presse stéphanoise. Après que la police eût procédé à plusieurs arrestations, une échauffourée se produisit aux abords de la prison et un agent de police fut tué d’un coup de poignard, tandis qu’un autre était blessé. Marc Caussidière fut saisi et accusé du meurtre de l’agent, puis relâché faute de preuve. À Lyon et à Saint-Étienne, en avril 1834, il exerça également un commandement. Mais c’est à Lyon qu’il fut arrêté, le 22 avril. Son frère était tombé près de lui, blessé à mort en défendant l’arsenal des insurgés.

Figurant parmi les 164 prévenus du Procès d’avril, Marc Caussidière arriva sans doute avec les Lyonnais dès le 27 mars 1835, puisqu’il fit partie du comité de défense choisi par les accusés qui devait désigner les défenseurs. Il n’entra à Sainte-Pélagie que le 15 octobre 1835, ayant fait un séjour dans la maison de santé du sieur Perdreau, et fut transféré à la prison du Luxembourg le 8 décembre 1835, pour comparaître devant la Cour des pairs qui lui refusa la défense de Toussaint Bravard, la remplaçant par celle de Ledru-Rollin. Il fut condamné, le 28 décembre 1835, à vingt ans de détention et à la surveillance à vie. Après un court séjour à Bicêtre, il fut incarcéré à Doullens (Somme). Il tenta en vain de participer à l’évasion du 19 octobre 1836.

Amnistié en mai 1837, il publia de façon anonyme le Tableau synoptique des Accusés d’Avril jugés par la Cour des pairs (5 mai 1835-22 janvier 1836) et se consacra à la propagande démocratique tout en exerçant son métier de courtier en marchandises ; il fut membre de la Société des Saisons et ajouta des éléments de socialisme, convaincu qu’il était que la République ne serait rien sans une amélioration du sort des classes laborieuses.

À partir de 1843, tout en conservant des liens avec les Nouvelles Saisons, il fut à la fois rédacteur à La Réforme de Ledru-Rollin et commis-voyageur du journal en province. Il y proposa des mesures immédiates pour la prévention des maladies dans la classe ouvrière et pour l’assistance aux malades et aux vieillards.

Désigné par le maire de Paris, et membre du Gouvernement provisoire, Garnier-Pagès, comme délégué provisoire à l’administration de la police de la Seine, c’est-à-dire comme préfet de police, Marc Caussidière devait cette promotion au rôle qu’il avait joué sur les barricades depuis la nuit du 22 au 23 février, et notamment à son action offensive contre la préfecture de police dont il s’était emparé. Il embaucha sous le nom de Montagnards des membres des sociétés secrètes, et fit, comme il le déclara ensuite « de l’ordre avec du désordre ». Paris, sous son administration vit diminuer les crimes et les délits de droit commun ; il empêcha les attroupements des chômeurs qui accouraient à Paris vers les Ateliers nationaux.

Le 1er avril 1848, dans une circulaire adressée à tous les commissaires de police de son ressort, il s’efforçait de prévenir les provocations dont pourraient être victimes les ouvriers : « Je suis informé, disait-il, que des rassemblements tumultueux se portent sur divers ateliers pour contraindre, par la violence, sous des prétextes plus ou moins spécieux, les ouvriers tranquilles à abandonner leurs travaux et à se joindre à eux (sic) pour aller ailleurs exciter de nouveaux désordres. Ces manifestations compromettent les intérêts du commerce et de l’industrie et constituent un attentat contre la liberté individuelle et la sûreté des propriétés. Il est important de les réprimer dans le principe, afin d’empêcher que les groupes de malintentionnés se recrutent (sic) des oisifs qu’ils pourraient rencontrer sur leur chemin. »

Le 16 avril 1848, Marc Caussidière se dévoua encore pour le gouvernement. Le 23 avril, il fut élu représentant dans le département de la Seine, le vingtième sur trente-quatre, par 133 775 suffrages (inscrits : 399 191 ; votants : 267 888). La Commission du Pouvoir exécutif le confirma dans ses fonctions. Il se rendait compte que les anciens partis dynastiques étaient en train de reprendre l’avantage. Sa situation devenait malaisée. À la demande de la Commission du Pouvoir exécutif, en date du 3 mai, il surveillait Blanqui, contre qui le procureur de la République avait lancé un mandat, provisoirement non mis à exécution. Le 14 mai, il adressait des rapports circonstanciés à la Commission du Pouvoir exécutif et au président de l’Assemblée, au sujet de la manifestation, qui se préparait pour le lendemain et dont il assurait qu’elle serait pacifique, pourvu qu’on ne fît pas battre le rappel.

Le 15 mai, partagé entre ses opinions favorables au moins aux objectifs de soutien de la Pologne, qui étaient ceux des émeutiers, et sa tâche de préfet de police en même temps que de député de la Seine à l’Assemblée constituante, il ne fit pas grand-chose. Attaqué immédiatement par la droite de l’Assemblée qui se dressa contre les républicains de la veille, considérés par elle à priori comme responsables d’événements tels que ceux du 15 mai, il fut trahi par la Commission du Pouvoir exécutif qui dirigeait le gouvernement, privé de ses Montagnards, isolé dans sa préfecture, acculé à démissionner comme préfet de police et comme représentant (17 mai). Il fut remplacé à la préfecture par Trouvé-Chauvel. Réélu triomphalement aux élections partielles du 11 juin, premier de tous les représentants de la Seine, ayant gagné des voix par rapport au 23 avril et ayant certainement bénéficié de suffrages de conservateurs qui lui savaient gré d’avoir fait régner, de février à mai, l’ordre dans Paris, Caussidière fut poursuivi à la fin d’août, à la demande de la droite de l’Assemblée, comme complice des Journées ouvrières de Juin, en même temps que Louis Blanc.

Marc Caussidière s’exila alors en Angleterre et vécut quelque temps à Jersey. Jugé par contumace par la Haute Cour de Bourges, du 7 mars au 2 avril 1849, il fut condamné à la déportation.

À Londres, il subsista comme courtier en vins et eaux-de-vie de France et devint un des fournisseurs attitrés de l’aristocratie britannique. En 1853, avec Boichot, il participa à la fondation de la « Commune révolutionnaire », dont il signa la Lettre au Peuple français. En juillet 1853, il fut impliqué dans le procès que le gouvernement impérial ouvrit contre la « Commune révolutionnaire ». Par contumace encore, les assises de la Seine lui infligèrent dix ans de prison, 6 000 francs d’amende et dix ans de surveillance.

Peu près, il partit pour les États-Unis pour y placer les bons de 1 F émis par la « Commune révolutionnaire ». Il profita de l’amnistie de 1859 pour rentrer en France. Décida-t-il alors de rester aux États-Unis pour tenter de se lancer dans les affaires comme cela a parfois été affirmé ? Ce n’est pas impossible puisqu’en septembre 1854, il participa à New York à la manifestation de rue organisée par la Section de la Montagne en vue de célébrer l’anniversaire du 22 septembre et prit la parole au meeting qui suivit. Mais ses affaires - si affaires il y eut - ne suffirent pas à le dissuader de profiter de l’amnistie de 1859 pour rentrer en France.

Du 20 au 22 septembre 1860 il fit un court séjour auprès de la famille Hugo dans leur maison de Hauteville House à Guernesey. Il se fit prendre en photo par Charles Alexandre Leballeur-Villiers et rencontra Augustine Allix.

Le prestige de Caussidière auprès des républicains et des socialistes opposants à l’Empire ne cessa pas avec sa mort, puisque quelques mois après son décès, dans le courant de 1862, Vermorel lançait dans La Jeune France un appel à toutes les nuances de l’opposition de gauche à suivre le convoi funèbre de Mme Caussidière mère. Voir Avril Joseph, Boichot Jean-Baptiste, Bravard Raoul, Coingt, Colfavru Jean-Claude, Poirier, Raynaud André, Vrillière*.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article28246, notice CAUSSIDIÈRE Marc par Jacques Grandjonc, Jean Risacher, Jean Maitron, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 28 novembre 2020.

Par Jacques Grandjonc, Jean Risacher, Jean Maitron

Musée d’histoire vivante
« La réaction le force à s'expatrier »
« La réaction le force à s’expatrier »
Médaille frappée par les amis socialistes de Marc Caussidière en 1848. (Source : Musée Carnavalet)
Marc Caussidière à Guernesey en 1860
Marc Caussidière à Guernesey en 1860
Photographié par Charles Alexandre Leballeur-Villiers entre le 20 et le 22 septembre 1860 à Hauteville House à Guernesey, accompagné de la dédicace suivante : « A Mademoiselle Allix aussi recommandable par sa fermeté républicaine que par son talent. M. Caussidière. » Source : Maison de Victor Hugo - Hauteville House

ŒUVRES : Tableau synoptique des accusés d’avril jugés par la cour des pairs Lyon, imprimerie de Boursy fils, 1837 (Arch. Nat. BB 30/294, Bibl. Nat. in-4° Lb 51/24984) — Mémoires, Londres, 1848, dont on trouve plus facilement dans le commerce du livre d’occasion une contrefaçon belge de 1849 en deux fascicules de format in-18, qui pénétraient en fraude en France et eurent beaucoup de lecteurs républicains jusque sous l’Empire. — Plusieurs brochures de propagande furent publiées par Caussidière et Pyat à Londres, à l’intention de la France.

SOURCES : Arch. Nat., BB18/1452, A3846. — Bnf, Fichier Bossu. — Genève, Archives de l’État, état civil. — Arch. Dép. Loire, 10 M 21, 92 M 2, — Arch. Dép. Rhône et Arch. Mun. de Lyon. — Arch. Dép. Paris (Seine), registres d’écrou, D Y 8/9- 2133 et D Y 4/30-396. — Arch. PPo : A a/427, 428, 434 et Da/239. — Cour des pairs, Affaire du mois d’avril 1834. Rapport fait à la Cour des pairs par M. Girod (de l’Ain), Imprimerie royale, Paris, 1834-1836 — Divers journaux de Saint-Étienne, le Mercure ségusien, 2 janvier 1836, février-juin 1848. — Le Mémorial judiciaire du 4 mars 1848. — L’Avenir républicain du 8 avril 1849. — Revue de l’Ouest 30 septembre 1854. — Cour des pairs. Procès politiques, 1830-1835, Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1983. Grande Encyclopédie, Ladmirault et Cie, s. d. 31 vol. — A. Robert, E. Bourleton, G. Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1789-1889, Paris, Borl, 1891. I. Tchernoff, Le Parti républicain au coup d’État et sous le Second Empire, Paris, Pedone, 1901, rééd. 1906. — Notice Wikipedia. — Notes de Gauthier Langlois.

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