CERNUSCHI Henri

Riche financier italien installé à Paris. Ardent partisan, puis farouche adversaire des coopératives. Ennemi résolu du régime impérial.

Il connaissait l’effort des Pionniers de Rochdale. Il est impossible de préciser s’il fut renseigné par les publications de Huber ou par Huber lui-même. Cernuschi paraît n’être venu en France qu’après 1856. Il a pu être en relations avec Huber qui séjourna à plusieurs reprises en France, notamment en 1858 où, selon Levasseur, il enquêtait sur les associations ouvrières. Il a pu aussi s’informer sur place en Grande-Bretagne.
En novembre 1858, Cernuschi, instruit des expériences françaises et de celle de Rochdale, voulut quoi qu’il en fût, vérifier le bien-fondé de certaines critiques adressées aux marchands-bouchers détaillants dont le monopole venait d’être supprimé par le décret du 24 février précédent. Frappé des raisons invoquées de part et d’autre par les partisans de la réglementation et par ceux de la liberté, il entreprit de pratiquer lui-même la profession de boucher et de connaître la vérité sur les bénéfices qu’on attribuait au commerce de la boucherie. Il se proposait de vendre au prix normal, de publier son bilan mensuel, et de distribuer la moitié du bénéfice réalisé par lui, proportionnellement aux achats, selon le procédé en usage chez les coopérateurs de Rochdale.
Après avoir donné à son entreprise l’organisation technique la meilleure possible, et s’être adjoint les hommes de métier nécessaires, le 6 mars 1859, il ouvrit trois étaux de vente, l’un, 3, rue du Jour, en face l’église Saint-Eustache, l’autre, 72, rue Saint-Louis-au-Marais, le dernier, 9, rue Contrescarpe-Saint-Marcel, dans le quartier Mouffetard. Une publicité habilement conduite par la presse et par affiches amena un nombre considérable d’acheteurs. Le premier bilan accusa un chiffre de vente de 140 371 francs, soit, paraît-il, le centième de la consommation de Paris. Un bénéfice de 4 818 francs avait été réalisé, sur lequel la part du public acheteur représentait deux et demi pour cent du montant des ventes. Devant les difficultés et les frais élevés de distribution de ce bénéfice, Cernuschi décida de ne plus procéder à ces opérations que tous les trimestres.
Le deuxième bilan donna une perte de 6 515 francs, le troisième encore une perte de 2 325 francs. L’exploitation de l’entreprise, continuée malgré tout pendant deux années, aboutit à un déficit total de 100 000 francs, qui contraignit Cernuschi à liquider. Il devint alors farouchement hostile à la coopération comme le prouve sa brochure de 1866 : Illusions des Sociétés coopératives. Cette même année, il déposa contre les coopératives, lors de l’enquête organisée sur elles par le gouvernement. Loin de lui attribuer une vertu d’émancipation ouvrière il vit désormais dans la coopération « un retour vers un état moins civilisé » ; il lui préféra comme moyen d’émancipation ouvrière, le système des trade-unions anglaises, « vastes sociétés de résistance et de défense du salaire ». Il reprocha, plus tard, à certaines coopératives françaises d’avoir accepté des subventions du gouvernement impérial.
En 1870, il fut expulsé du territoire français pour sa participation à la campagne antiplébiscitaire. De son exil, il adressa une somme de 100 000 francs pour financer cette campagne. En 1885-1886, dans les sociétés d’économie politique, il combattait encore les coopératives.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article28309, notice CERNUSCHI Henri , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCES : J. Gaumont, Histoire générale de la coopération en France, t. I — I. Tchernoff, Le Parti républicain au coup d’État et sous le Second Empire.

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