CHABAUD

Ouvrier ferblantier, très anticlérical et très bonapartiste, il joua un grand rôle dans les commissions ouvrières des Expositions universelles de 1862 et de 1867.

C’est un de ces ouvriers que le prince Jérôme-Napoléon rassembla au Palais-Royal. En 1861, il publia une brochure, visiblement inspirée par le Palais-Royal : Le Peuple, l’empereur et les anciens partis. À la page 13, on peut lire cette phrase : « Mieux vaut-il encore cent fois que le peuple français n’ait aucune instruction que d’être corrompu et abruti par celle que l’on donne chez les cléricaux »
En 1862, alors qu’il demeurait, 34, rue Dauphine, il fut porté à la présidence de la commission ouvrière qui se rendait à l’Exposition de Londres. Le 26 janvier 1863, il figura parmi les signataires d’un appel publié par L’Opinion nationale. Cet appel répondait, en quelque sorte, à un autre que le même journal avait publié le 20 janvier et dans lequel des ouvriers demandaient à tous les travailleurs de verser 10 centimes par semaine pour venir en aide aux ouvriers cotonniers frappés par le chômage. Voir Carrat*. L’appel du 26 émanait de la commission ouvrière qui avait présidé aux délégations de Londres et désignait, comme collecteurs, ses membres, qu’elle « considérait, à juste titre, comme les représentants de la classe ouvrière ». Cet incident devait être le premier d’une longue série opposant les tenants de la tradition de la Commission du Luxembourg et les partisans de la collaboration avec le Palais-Royal.
L’opposition entre le groupe de Tolain et celui de la commission ouvrière de 1862, représenté par Chabaud éclata nettement lors des élections générales de 1863. Deux candidatures ouvrières furent tardivement posées, celle de Coutant Jean-Baptiste et celle de Blanc Jean-Jacques. Or, on avait sollicité Chabaud, sans doute parce qu’il était plus connu et qu’il pouvait rallier davantage de suffrages. Il repoussa l’offre : « En nous engageant ainsi dans la lutte électorale, écrivait-il, nous nous aliénons tout le monde sans profit pour personne, et nous restons avec nos propres ressources, qui, il faut bien le dire, sont loin d’être celles que donne l’unité. » C’était encore une fois l’opposition de ceux qui attendaient du pouvoir et de la bourgeoisie l’octroi bienveillant de réformes reconnues nécessaires et ceux qui, croyant une action nouvelle indispensable pour les obtenir, voulaient faire de leur classe un parti nouveau.
En 1864, Chabaud, plus que jamais l’homme à tout faire du Palais-Royal, opposa, dans la 5e circonscription de Paris, sa candidature à celle de Tolain (11 mars). Manœuvre subtile qui, probablement, avait pour but de permettre à Guéroult, de L’Opinion nationale, de rédiger un article tendant à présenter aux électeurs républicains la candidature de Tolain comme un acte de division. C’est ce qui eut lieu, en effet, le 16 mars. Le 20, jour du vote, Chabaud retira sa candidature qui n’avait eu d’autre utilité, d’autre mobile que de fournir à Guéroult un argument efficace contre la candidature ouvrière.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article28325, notice CHABAUD , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

ŒUVRES : Le Peuple, l’Empereur et les anciens partis, Paris, 1861.

SOURCES : Albert Thomas, Le Second Empire (1852-1870) (Histoire socialiste de Jean Jaurès, t. X.). — G. Duveau, La Pensée ouvrière sur l’éducation sous la Deuxième République et sous le Second Empire. — G. Duveau, La Vie ouvrière en France sous le Second Empire.

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