CHABOT de Bouin Jules

Homme de lettres et journaliste socialiste. Il fit partie de l’opposition républicaine sous Louis-Philippe. Domicilié à Chef-Boutonne (Deux-Sèvres), il collabora, à cette époque, aux journaux de gauche L’Indépendant et La Chronique des Deux-Sèvres.

Après la révolution de Février, Chabot de Bouin fut présenté par le comité électoral de Melle comme candidat à l’Assemblée constituante, mais ne fut pas élu. Peu après, il adhéra au socialisme et donna dans le journal L’œil du Peuple, de Niort, une série d’articles sous le titre « Le Socialisme » (numéros des 11, 18 et 21 avril, 5 mai, 27 juin, 4, 14 et 21 juillet, 4 et 11 août, 29 septembre 1850).
« Le socialisme, disait-il, ayant pour but la destruction radicale des privilèges et abus, tous ceux qui vivent d’abus et de privilèges trouvent que cette réforme est très anarchique. Rien de plus naturel. Le socialisme disant, en fait d’impôts : celui qui a beaucoup paie beaucoup, celui qui a peu paie peu, celui qui n’a rien ne paie rien, tous ceux qui jusqu’ici, possédant beaucoup, ont payé comparativement très peu jettent les hauts cris et dénoncent l’anarchie qui s’avance. C’est tout simple.
« Le socialisme se posant pour conquête à obtenir le crédit au plus bas taux possible, les agioteurs, les usuriers, crient au vol, au pillage, à l’anarchie. Rien de moins étonnant [...] Tous ces gens-là, menacés dans ce qu’ils appellent leur « position », leurs « intérêts », dans ce que j’appelle, moi, leur iniquité, font leur métier, rien de plus, rien de moins.
« Mais, l’intérêt personnel mis à part, ce qui est peu naturel, ce qui est étrange, ce qui n’est pas du tout logique, c’est d’appeler anarchie : l’égalité réellement proportionnelle dans la répartition des charges publiques ; le renversement des abus, l’accession pour tous au crédit, c’est-à-dire au travail, à la propriété ; la chute de l’ignorance et la victoire du progrès ; l’Équité, en un mot, et la Justice et la Fraternité [...]
« Mensonge et calomnie en effet ! Car est-ce de l’anarchie que de désirer, de demander des réformes, quand la vieille machine sociale craque de toutes parts sous le poids de vices monstrueux ? Eh bien ! c’est ce que demande le socialisme !
« Est-ce de l’anarchie que de vouloir ces réformes pacifiquement, par la persuasion, par le raisonnement, par la discussion ? Eh bien ! c’est là ce que veut le socialisme ! » (n° du 20 avril 1850).
Dans un autre article, Chabot de Bouin repoussait l’accusation, lancée contre les socialistes, d’être des « fauteurs de guerre civile » et faisait sien le mot de Pierre Leroux : « Ce qui serait aujourd’hui une insurrection sanglante sera bientôt une révolution pacifique » (n° du 21 juillet 1850).
Enfin, sous le titre « Socialisme et individualisme », il écrivait :
« La régénération sociale se fera. Elle se fait. Dans les grands centres de population, dans les campagnes isolées même, vous n’entendez parler que d’associations fraternelles entre ouvriers, entre paysans. Le temps n’est pas loin où l’Ouest aura aussi les siennes. L’idée de solidarité est lancée ; elle marche et grandit en dépit ou plutôt en raison des calomnies et des persécutions ; encore un peu et, de son divin réseau, la Solidarité, fille du ciel, couvrira la France tout entière.
« Laissons les épileptiques de la réaction lancer leurs anathèmes contre le socialisme, traîner les novateurs sur les claies de la diffamation, chanter sur le rythme de la peur l’anéantissement de la religion, de la famille, de la propriété : qu’importe ! Le peuple a appris à connaître ces Jérémies du privilège et du droit divin ; il rit de leurs sinistres prophéties, et les enfants eux-mêmes font la nique au « spectre rouge ».
« Non, non, ce n’est pas le socialisme, consacré par la vraie religion, par la philosophie, par la Constitution, qui doit nous effrayer ; non, ce n’est pas par la peur de ce mot qu’il faut se laisser conduire. Il en est un autre, bien plutôt, qui mérite d’éveiller toute notre sollicitude, qui cause aujourd’hui nos embarras, qui peut rendre redoutable l’échéance de 1852, que nous devons combattre de toutes nos forces parce qu’il renferme en soi des choses détestables, au fond desquelles il est bon d’aller pour un moment. Cet autre mot, cette autre chose, c’est l’Individualisme, qui est tout le contraire du socialisme ; l’individualisme qui ne voit que l’individu, que la caste, que le parti, quand le socialisme embrasse l’humanité tout entière ; l’égoïsme étroit et pervers au lieu de la fraternité sainte... » (n° du 4 septembre 1851.)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article28328, notice CHABOT de Bouin Jules, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 26 juin 2018.

ŒUVRES : Chabot de Bouin a écrit deux romans : Élie Tobias et Les Deux Sœurs.

SOURCES : L’œil du Peuple (journal socialiste paraissant à Niort, de 1849 à 1851). — L’Écho républicain (journal modéré paraissant à Melle, de 1848 à 1851).

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