CHARTON Édouard

Par Notice revue et complétée par Marie-Laure Aurenche

Né le 11 mai 1807 à Sens (Yonne), mort le 27 février 1890 à Versailles (Seine-et-Oise). Journaliste vulgarisateur. Saint-simonien, républicain.

Issu d’une famille de petits propriétaires fonciers, il prit conscience de l’ignorance et des croyances superstitieuses du peuple des campagnes. Arrivé à Paris en 1824 pour y faire son droit, il découvrit dans les débats idéologiques des Sociétés (philanthropiques) de l’Instruction Élémentaire et de la Morale Chrétienne, la misère matérielle et morale du peuple des villes et œuvra pratiquement pour améliorer le sort des ouvriers parisiens (Bulletin de la Société de la morale chrétienne et Lettres sur Paris, 1829). Puis il s’engagea avec enthousiasme dans le saint-simonisme (collaboration au Globe, prédications rue Taitbout, mission en Bretagne). Après sa rupture avec Enfantin* lors du schisme de novembre 1831, il écrivit dans L’Encyclopédie nouvelle, la revue de Jullien* reprise par ses amis Pierre Leroux* Jean Reynaud* et Hippolyte Carnot*. En 1833 — l’année des lois Guizot sur l’enseignement primaire —, lui-même créa Le Magasin pittoresque, une revue périodique illustrée à bon marché, destinée à un public populaire. Le succès spectaculaire et durable du recueil, très lu par les travailleurs, et dont George Sand dira qu’il fut « une source d’information que le gouvernement n’a ni créée ni favorisée », et qui donnait d’excellents articles, scientifiques en particulier, le poussa à créer en 1843 L’Illustration (abandonnée deux ans plus tard à la carrière que l’on sait, pour cause de différend idéologique avec ses partenaires, Paulin et Dubochet*), puis, en 1851, L’Almanach du Magasin pittoresque, (aux intentions plus modestes) et enfin, en 1856, L’Ami de la Maison (qui ne dura que deux ans).
Son intention de vulgarisation par le texte et par l’image s’étendit à la découverte progressive du monde (Voyageurs anciens et modernes, 1854-57) et à l’histoire de la France (Histoire de France illustrée..., 1859-62, écrite en collaboration avec H. Bordier). La fondation, en 1860, du Tour du Monde, « le journal des voyages », et la création, en 1864, de la collection de la Bibliothèque des Merveilles complétèrent l’entreprise dans les domaines scientifiques et techniques contemporains.
Né d’un père « déiste et républicain », Édouard Charton resta fidèle à ses principes démocratiques et au souci saint-simonien d’« améliorer le sort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre » : en 1847, en décrivant Les Doutes d’un pauvre citoyen ; en 1848, comme secrétaire général au Ministère de l’Instruction publique au service d’H. Carnot ; en avril 1848, comme représentant de l’Yonne et, l’année suivante, comme conseiller d’État (section de législation). Après le 2 décembre 1851, il passa dans l’opposition et connut deux échecs aux élections législatives de 1857 et 1863.
Dès son élection au Conseil municipal de Versailles (où il s’établit en 1864), il mit en place l’enseignement public pour les filles, une bibliothèque populaire gratuite (avec l’aide de la Société Franklin) des cours, des conférences et des lectures du soir pour les ouvriers (comme en 1848 et avec les conseils de Dickens, alors à Paris).
Sous la Troisième République, sa carrière politique (préfet de Seine-et-Oise de septembre 1870 à février 1871, député de l’Yonne en 1871, sénateur en 1876) et sa réussite professionnelle lui permirent de mettre ses idées en pratique. Le Guide pour le Choix d’un État, paru en 1842, pour conseiller les jeunes gens dans le choix d’une profession, fut revu en 1851, puis en 1880. Les Histoires de trois enfants pauvres, un récit édifiant, censé prouver la possibilité de s’élever par le travail, le mérite et l’honnêteté, fut 12 fois réédité de 1864 à 1890. Le succès de ces deux ouvrages détermina Charton à écrire en 1884 le récit exemplaire de sa propre ascension sociale, Le Tableau de Cébès.
La notoriété de Charton est demeurée fort inférieure à celle de son œuvre. Mais l’effacement volontaire de son créateur n’a pas empêché « le cher Magasin » de devenir l’encyclopédie la plus « populaire » du XIXe siècle.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article28526, notice CHARTON Édouard par Notice revue et complétée par Marie-Laure Aurenche, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

Par Notice revue et complétée par Marie-Laure Aurenche

œUVRE : Mémoires d’un prédicateur saint-simonien, in-8°, 30 pages, 1832. — Le Tableau de Cébès : souvenirs de mon arrivée à Paris, Paris, Libr. Hachette et Cie, 1882.

SOURCES : P.-F. Thomas, Pierre Leroux. Sa vie, son œuvre, sa doctrine. Contribution à l’Histoire des idées au XIXe siècle, Paris, 1904. — Georges Duveau, La Pensée ouvrière sur l’éducation sous la Deuxième République et sous le Second Empire. — M.-P. Dupin, « Un publiciste et homme politique saint-simonien, Édouard Charton », Revue suisse des amis de Versailles, n°62 et 63, 1976 et 1977, et « Les voyages d’Édouard Charton », Ibid., n°68, 1978. — M. Degrave, Un Sénonais illustre, Édouard Charton (1807-1890), catalogue de l’exposition présentée en 1990 à la Bibliothèque municipale de Sens.

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