CHASLES Pierre, Jacques, Michel

Né à Chartres (Eure-et-Loir) le 9 juin 1753, mort à Paris, 223, rue du Faubourg-Saint-Antoine, le 21 juin 1826. Conventionnel démocrate. Proche de Babeuf de 1795 à 1797.

Chasles fut d’abord prêtre et professeur. Principal du collège de Nogent-le-Rotrou et assermenté, en 1791, il publiait, depuis mars 1790, Le Correspondant ou Journal du Département d’Eure-et-Loir, qui, après des débuts insignifiants, devint l’organe du patriotisme chartrain.
Élu d’abord maire de Nogent-le-Rotrou (novembre 1791), il fut choisi, par l’assemblée des électeurs siégeant à Dreux, huitième sur neuf des députés d’Eure-et-Loir à la Convention.
Le 28 septembre 1792, il était admis au club des Jacobins de Paris.
De l’automne 1792 à l’été 1794, le Montagnard Chasles se distingua de deux manières : en demandant, un des premiers, des mesures de réquisition des grains stockés par les spéculateurs, en participant de près, comme représentant en mission, aux opérations de l’armée du Nord. Chasles fut même blessé à la jambe gauche, le 12 septembre 1793, assez grièvement. Pour lui ouvrir un droit à pension, un grade militaire d’assimilation lui sera conféré ultérieurement.
Durant ses séjours à Lille en arrière des lignes, Chasles s’était fait le défenseur des plébéiens et laissa aux possédants le souvenir durable d’un « fléau des riches ». Les ouvriers de Lille admiraient son courage et approuvaient son action dont il expliquait le détail dans un journal-affiche intitulé Le Révolutionnaire. Dès novembre 1793, il s’était déprêtrisé.
Le printemps et l’été 1794 furent pour lui un temps d’épreuve à un double titre : d’une part il souffrait de sa blessure mal guérie, sans doute surtout parce qu’elle avait été mal soignée par des chirurgiens militaires encore peu expérimentés ; d’autre part, les attaques de ses collègues de mission et des bourgeois de Lille lui nuisaient dans l’esprit des autres conventionnels et du Comité de Salut public.
Thermidorien de gauche, Chasles eut, avant Babeuf, le mérite de donner avec l’imprimeur Lebois un organe au sans-culottisme, L’Ami du Peuple, présenté comme la suite du journal de Marat, le 29 fructidor an III (15 septembre 1794).
Chasles, avant de se brouiller avec Lebois* (vers le début de février 1795), peignait la lutte politique du début de la période thermidorienne comme une lutte de classes :
« L’aristocratie, quoi qu’on en dise, ne fut jamais si audacieuse, ni le patriotisme si vivement assailli. Ce n’est pas l’ancien régime qu’on cherche à ramener. Peu de gens veulent un roi. Nobles et prêtres sont généralement abhorrés. La République une et indivisible a de chauds et nombreux partisans. Le besoin de se rallier autour de la Convention est universellement senti. Quel est donc le point de la difficulté ? La démocratie pure, telle qu’elle est sanctionnée par la Constitution de 93. Il était aisé de prévoir que l’égalité, qui fait la base de cette admirable Constitution, ne s’établirait pas sans obstacles. Elle s’établira pourtant. Car la Nature la veut : et le peuple français a juré de ne servir d’autre code que celui de la Nature. » (Prospectus du début de février 1795.)
Notons que le Code de la Nature de Morelly, alors unanimement attribué à Diderot, sera invoqué par Babeuf au procès de Vendôme.
Le 22 brumaire an III (12 novembre 1794), Chasles avait déjà écrit ces lignes fort explicites :
« Au moment, où sous les yeux de l’égalité naissante, une classe d’hommes s’élève insolemment au-dessus du peuple, ne fallait-il pas rappeler cette vérité de calcul, qu’aujourd’hui le peuple, ou la classe ouvrière, est au public — l’honorable million — ce qu’était en 88 le tiers état aux ordres privilégiés ? Il n’existe plus, je le sais, de privilèges ni d’ordres ; mais qu’importe au peuple le changement des noms, des hommes et du régime, si, sous des formes et des dénominations nouvelles, de nouveaux dominateurs le méprisent, l’humilient et l’enchaînent ? Quand le peuple a voulu calculer et sentir ce qu’il est et ce qu’il vaut, la Révolution s’est faite. Quand le peuple voudra calculer et sentir ce qu’il fut, ce qu’il est et ce qu’il doit être, la Révolution finira ». (L’Ami du Peuple, n° 11, pp. 7-8.)
Mais cette idée de la révolution permanente du « quatrième état » contre le « million doré » ou « million nourricier », Chasles ne la défendra plus longtemps dans L’ami du Peuple que reprend Lebois.
Fidèle à la Montagne, sur les bancs de la « Crête » de la Convention, il combat pied à pied contre Fréron et les thermidoriens de droite. La journée populaire du 12 germinal an III (1er avril 1795) contre la Convention permet au centre et à la droite thermidorienne de le faire incarcérer au château de Ham (3 avril-3 mai), puis à Sedan, jusqu’à l’amnistie du 26 octobre.
Compromis à peine dans la conspiration de Babeuf — il fut un des nombreux anciens jacobins chez qui l’on fit des descentes de police — Chasles reprit son métier de professeur et tenta de faire prospérer des « institutions » d’enseignement. Il crut bon de s’expatrier en Angleterre au début de la Seconde Restauration. Mais sous la cendre le même feu couvait. N’écrivait-il pas dans une lettre du 3 février 1818 : « A Paris, comme à Londres, partout où il y a des capitalistes, entrepreneurs, des fabriques et des manufactures, les sueurs de l’ouvrier, les talents de l’artiste, voire même les créations du génie tournent au profit de la stupide, de l’orgueilleuse indolence millionnaire. »
Son fils Philarète Chasles, emprisonné par suite d’une méprise dans l’affaire des Patriotes de 1816, alors qu’il était un adolescent — voir Émile Babeuf* — a recueilli dans ses Mémoires la propre oraison funèbre de Pierre, Jacques, Michel Chasles : « Né plébéien, il s’est constamment et invariablement montré le défenseur de la classe plébéienne. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article28535, notice CHASLES Pierre, Jacques, Michel , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCES : Albert Mathiez, La Vie chère et le Mouvement social sous la Terreur. — Claude Pichois et Jean Dautry, « Le Conventionnel Chasles et ses idées démocratiques », Aix-en-Provence (Annales de la Faculté des Lettres), 1958.

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