CHASSIGNON

Imprimeur ; auteur d’une brochure hostile à la mécanisation.

Imprimeur à Paris, 7, rue Gît-le-Cœur, et auteur probable, en août 1830, d’une brochure connue : Les Justes Alarmes de la classe ouvrière au sujet des mécaniques, par un vieux typographe victime de l’arbitraire (in-8°, 8 pages, Bibl. Nat., Lb 51/124).
La brochure est exactement datée du 20 août « ’an Ier de la Restauration de la Liberté ». C’est le problème du chômage technologique des ouvriers du livre et des ouvriers des autres industries par extension qui y est posé, mais non résolu, comme on le verra.
L’auteur donne au début son credo politique, celui d’un modéré du « parti du mouvement » :
« Loin de nous l’idée d’engager la classe ouvrière à ternir la gloire immortelle qu’elle vient d’acquérir, en l’excitant à détruire elle-même ces instruments antihumains qui, depuis plus de quinze ans, la plongent, avec sa famille dans la plus poignante des misères.
« Loin de nous l’égoïste intention d’exciter la classe ouvrière contre ces publicistes qui, tout en se disant ses amis, sont les premiers à vouloir conserver dans leurs ateliers des mécaniques qui, depuis de longues années, réduisent des milliers de familles à la mendicité, et ne sont d’aucune utilité publique.
« Loin de nous le coupable projet de vouloir exciter la haine de la classe ouvrière contre ces esprits ingénieux dont les inventions font quelquefois la gloire de leur siècle.
« Enfin, loin de nous l’intention criminelle de porter la classe ouvrière à désobéir aux lois de l’État, et encore moins à la voix paternelle de l’autorité suprême que la nation s’est donnée. »
L’auteur juge tout net les « mécaniques ». « sans utilité publique, ne servant que l’intérêt de quelques particuliers, et contraires à la vraie liberté. » Il loue les patrons Didot et Crapelet de ne pas les employer.
Et au nom de « l’humanité avant tout », il déclare : « En conséquence, si les propriétaires ou les défenseurs de ces mécaniques sont, comme ils nous le disent, de vrais patriotes ; si la cupidité n’a point étouffé dans leurs cœurs tout sentiment d’humanité ; s’ils sont réellement les amis des ouvriers, ils déposeront volontairement ces mécaniques à l’Hôtel des Arts et Métiers. »
Conclusion simpliste, qui concerne toutes les mécaniques. Mise en jachère, évidemment impossible de toute la technique nouvelle, hors de quoi il n’y aurait pas de salut.
Pour finir, l’angoisse devant la misère ouvrière arrache à l’auteur un cri qui annonce les paroles chantées par les canuts. « Enfin que l’étranger ne dise pas : La liberté fait fabriquer en France les plus beaux draps du monde, mais ses défenseurs sont couverts des haillons les plus dégoûtants... »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article28544, notice CHASSIGNON , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.
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