CLÉMENCE

Militant du babouvisme et grand-père du relieur, membre de la Section française de l’Internationale et de la Commune, Adolphe Clémence.

Clémence avait été un combattant du 10 août 1792 contre la royauté. Il entra dans l’administration municipale et adhéra au club des Jacobins. En 1793, il appartenait au Comité de surveillance du département de Paris et fut envoyé, au début de l’automne, avec son collègue Marchand, en mission dans l’Oise et en Seine-et-Oise, par les comités de Salut public et de Sûreté générale réunis. Leur objectif était de « propager l’esprit public, renverser le fanatisme, arrêter les gens suspects, et profiter, en faveur de la République, des bonnes dispositions du peuple ». Soutenus par Levasseur (de la Sarthe) dans le département de Seine-et-Oise, ils déchristianisèrent, incarcérèrent cent prêtres ou religieux de l’Oise à Chantilly, d’autres ailleurs, arrêtèrent de riches contre-révolutionnaires et firent une récolte d’objets du culte qui fut portée en hommage à la Convention (Rapport fait à la Convention nationale..., affiche non datée, mais antérieure à la mise en service du calendrier républicain, Bibl. Nat., Fol. Lb 41/4683.)
Leur activité révolutionnaire valut à Marchand et à Clémence d’être incarcérés aussitôt après le 9 thermidor, à Sainte-Pélagie. Clémence était en outre accusé d’avoir été juré au tribunal révolutionnaire, partisan de Robespierre, et d’avoir « opprimé » la Seine-et-Oise, particulièrement les villageois de Gonesse, village, quoiqu’il fût chef-lieu de district.
Clémence assurait que, dans la nuit du 9 au 10 thermidor, il avait été « sous les armes dans la section des Arcis », sur le territoire de laquelle il résidait. Traité d’« intrigant » à la tribune de la Convention, le 12 ventôse an III (2 mars 1795), il était soupçonné d’avoir dit à « Pélagie » le 6 vendémiaire (27 septembre 1794), après un premier élargissement, revenant chercher ses papiers au greffe et profitant de l’occasion pour visiter Fouquier-Tinville : « La Convention et les Jacobins ne font qu’un, tu sortiras d’ici ou il ne nous restera pas un cheveu sur la tête. » Le concierge était garant de ce propos tenu à l’ex-accusateur public. On réincarcéra donc Clémence ainsi que Marchand, dont le sort se liait décidément au sien. On l’envoya au fort de Ham, dont il ne sortit qu’avec l’amnistie de brumaire an IV, à la fin de la Convention. (Mémoire justificatif. Clémence et Marchand, détenus au Luxembourg, à leurs concitoyens, in-4°, 4 p., s. d., Bibl. Nat., Ln 27/4395).
Les deux hommes furent sans doute du club du Panthéon au début du Directoire. Clémence, dans la « conjuration des Égaux », fut agent de liaison et anima des réunions clandestines. Il avait la confiance de Babeuf et était destiné à diriger les Postes. Poursuivi, emprisonné, il ne fut pas cependant jugé à Vendôme en 1797. Traqué après le 18 brumaire, il enseignait sous la Restauration, et se déclarait robespierriste.
Il est curieux de constater qu’Adolphe Clémence, son petit-fils, proudhonien d’esprit libertaire, dans sa brochure connue (De l’antagonisme social, ses causes et ses effets, discours n’ayant pu être prononcé au congrès de la paix et de la liberté. Se trouve chez les citoyens qui croient en la justice, 1871, in-8°, 46 pages, Bibl. Nat., Lb 57/2818), n’ait pas cru devoir faire remonter la lutte des classes avant 1830.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article28815, notice CLÉMENCE, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 16 octobre 2018.

SOURCE : Maurice Dommanget, Babeuf et la Conjuration des Égaux, Paris, Librairie de L’Humanité, 1922. Réédition Paris, Spartacus, 2009.

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