COIGNET François [COIGNET Jean, François]

Né à Lyon, le 10 février 1814. Fabricant de produits chimiques. Fouriériste qui eut son heure de notoriété, de 1848 à 1851, et eut une influence sur le développement des associations coopératives de la période de 1848. Proudhon s’est inspiré de lui dans son projet de « Banque du peuple ».

Coignet était le fils du fondateur d’une entreprise de fabrication de produits chimiques et succéda à son père en 1846. Il devait perdre un œil en 1852, alors qu’il étudiait la préparation du phosphore. Sous la monarchie de Juillet, il milita dans les groupements de l’opposition républicaine tout en manifestant une vive sympathie pour les conceptions fouriéristes. Voir Derrion Michel*
Après la révolution de Février, il entra au Comité d’organisation du Travail, véritable « Petit Luxembourg » que le commissaire du Gouvernement provisoire à Lyon, Étienne Arago, installa à Lyon, le 7 mars 1848. Quelques semaines plus tard, il fut élu conseiller municipal de la Guillotière, sur la liste démocrate-socialiste, ce qui lui vaudra sans doute de ne pas être élu à la Chambre de commerce de Lyon, mais qui ne suffit pas à faire de lui un « rouge ».
Peu après les Journées parisiennes de Juin, il écrivait au gouvernement : « Les idées d’association, si dédaignées par les ouvriers il y a quelques mois, se sont propagées avec une intensité telle qu’il devient possible d’absorber par ce moyen toute l’activité révolutionnaire des esprits. Presque toutes les corporations élaborent des projets d’association. Malheureusement conduites encore par des chefs qui possèdent un reste d’influence, elles conservent une allure d’antagonisme et de réactions vindicatives contre les patrons. » Coignet ajoutait que ses amis fouriéristes luttaient contre ces tendances et qu’il espérait qu’avant longtemps « les saines idées de fraternité entre toutes les classes seront complètement prépondérantes ».
Le 2 juillet, le Comité d’organisation du Travail de Lyon adoptait, rédigé et présenté par Coignet, un Projet d’association libre et volontaire entre les chefs d’industrie et les ouvriers et de réforme commerciale. Il s’agissait de fonder une agence communale qui aurait pour but ce qui était annoncé dans le titre du projet, et pour résultat :
1° Le rétablissement du crédit et, par conséquent, de la production et de la consommation ;
2° Le rétablissement de la vérité et de la bonne foi dans le commerce ;
3° L’abolition de la spéculation et des accaparements ;
4° L’abolition du chômage ;
5° L’abolition des disettes ;
6° La réforme radicale des impôts ;
7° L’amélioration profonde du sort des travailleurs ;
8° La suppression de la concurrence anarchique, remplacée par la concurrence émulative ;
9° L’abolition de la faillite, etc., etc.
La commission décidait de déléguer Coignet, Morellet et Cady pour soumettre le projet à l’approbation du gouvernement qui devrait en poursuivre la réalisation « par tous les moyens en son pouvoir, sauf toutes modifications possibles. »
Sur le plan pratique, il s’agissait de créer une association libre et volontaire de tous les fabricants et ouvriers d’une branche quelconque d’industrie, ou simplement d’une partie d’entre eux. Un salaire fixe devait être garanti à l’ouvrier sur la base du travail réel, pour lui permettre une existence convenable. Les bénéfices devaient être répartis entre le capital et le travail. L’État devait surveiller l’association et veiller à empêcher toute diminution des salaires et toute hausse abusive des produits. Une agence de répartition des produits devait être créée dans chaque commune et comprendre : un entrepôt, une banque, un magasin ou bazar.
Certes, il est facile de déceler, dans ce projet, l’influence très nette de Fourier. Mais on y retrouvait aussi l’expérience propre de Coignet, industriel rompu au maniement des capitaux et des mécanismes de production et d’échange. Le tout aboutissait à la création d’une « Commune économique » socialisée, qui devait régulariser les forces anarchiques et leur imposer le frein de l’intérêt général représenté par l’association des forces de consommation et de production : « Non pas, disait-il, ces associations bâtardes faites par des catégories exclusives de capitalistes ou d’ouvriers ; mais cette grande association qui doit unir entre eux tous les intérêts du travailleur, de l’inventeur et du capitaliste ; association libre et volontaire qui, transformant tous ces ennemis acharnés en frères associés pour accomplir la même œuvre, amènera la paix, la fraternité et le bonheur que peut comporter la fragilité humaine. »
En juillet 1848, Coignet, Morellet et Cady se rendirent à Paris. On ne peut dire si leur projet a été effectivement présenté aux parlementaires. Pendant son séjour dans la capitale, Coignet entra en rapport avec les phalanstériens parisiens et, naturellement, avec Considerant. Veuf avec deux enfants — dont une fille, Élise, qui épousa le normalien Eugène Yung et fut la belle-mère du général Nivelle —, il se remaria en février 1850 avec Clarisse Gauthier (voir Clarisse Coignet*), cousine germaine de Julie Vigoureux*, femme de Victor Considerant*. De 1848 à 1851, il écrivit de nombreux articles dans Démocratie pacifique.
Il publia aussi quelques-unes de ses études sous forme de livres. De Paris, il collabora au journal lyonnais Le Censeur, puis à la Revue de Lyon. Dans cette dernière, le 19 février 1849, il fit une analyse de son projet de Banque d’État pratiquant le prêt sur gage, comme un véritable mont-de-piété. Mais cette banque devait être faite par tous et pour tous, « le peuple et les représentants du peuple seront seuls chargés de l’administration et de la surveillance, car on n’est jamais si bien servi que par soi-même ». Coignet définissait ainsi son institution : « Banque d’État, hôtel des monnaies qui n’a d’autres fonctions que de faire de la monnaie avec toutes les valeurs authentiques et expertisées qui lui sont apportées... » Certes, le système ne constituait pas à proprement parler un établissement de crédit : cette banque d’État n’empruntait pas, ne prêtait pas, elle monétisait. Il précisait : « Quant à moi, en tant qu’industriel et en tant que consommateur, je ne croirai jamais qu’on attentera à ma liberté, lorsqu’on créera une institution qui me permettra de vendre mes produits à moins de frais, lorsqu’on me mettra en relation directe avec les consommateurs, et lorsque je pourrai acheter les produits nécessaires à ma consommation, à de meilleures conditions et avec toute garantie. »
Bien que Coignet ait manifesté une opposition marquée pour le système de Proudhon Georges Renard a montré comment Proudhon, s’était inspiré de Coignet. En fait, l’industriel Coignet était surtout partisan du « socialisme des institutions », il voulait trouver une formule sociale de production intensive susceptible de « créer assez de richesses pour qu’il y en ait pour tous ».
En 1849, il négocia et obtint du ministre un prêt de 200 000 francs pour l’Association ouvrière de production fondée à Lyon par les ouvriers en soie et animée par Félix Martin.
Par ailleurs l’activité de François Coignet comme industriel fut très importante à Lyon et à Saint-Denis. Inventeur du béton aggloméré, il fut le pionner du béton armé dans la construction de sa propre maison en 1852.
Voir les Lyonnais qui ont pris part aux travaux du Comité d’organisation du Travail (interdit par le préfet du Rhône dans l’été 1849, mais reconstitué illégalement par Morellet) : Cady*, Charavay*, Covillard*, Doutre Esprit*, Edant Gabriel*, Fraisse*, Grinand Jean-Baptiste*, Grillet*, Morellet*. Voir également Massol Alexandre* et Bürkli Karl*.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article28893, notice COIGNET François [COIGNET Jean, François], version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

ŒUVRES : Projet d’association libre et volontaire entre les chefs d’industrie et les ouvriers et de réforme commerciale, Lyon, 1848. — De la Réforme du Crédit et du Commerce, Paris 1849, in-8°. — Le Socialisme appliqué à la production, à la circulation, à la consommation, Paris, 1849. — Organisation politique du peuple, réalisation de l’ordre absolu et de la liberté illimitée, Paris, 1851, in-8°. — Bank und Handelsreform, traduction de Karl Bürkli, Zurich, 1855, in-8°. — Réforme de la circulation, Paris, 1866, in-8°.
Outre ces livres, il a écrit de nombreux articles de journaux ou de revues. Citons : dans Le Salut public de Lyon des 6, 8, 11 juin 1848, un parallèle entre son projet et la banque d’échange de Proudhon, et, dans le numéro du 5 juillet, le texte intégral du projet : Projets d’associations libres et volontaires entre..., etc..., adoptés et publiés par le Comité de l’organisation du travail de Lyon.
Dans la Démocratie pacifique : 1848 : t. XI, Institutions d’agences commerciales (n°s 168, 172, 173, 174), Projet présenté par le comité de l’organisation du travail de Lyon. Le Crédit collectif en faveur de la transformation de la Banque de France en Banque d’État (t. XII, n° 169), Une solution de la question du Crédit. Signe d’échange unitaire (Ibid. n° 183) — 1849 : t. XII, n°s 40, 42, 44, Les voies et moyens, de l’échange et du Crédit gratuit ; n°s 72, 74, 76, 79, 81, 83, 85, 87, 90, 93, 96, 98, 100, 101, 104, 106, 109, 111, 112, 114 : Réforme du Crédit et du Commerce ; n° 152 : Quel est le but que le socialisme veut atteindre ? ; n° 189 : Lettre à M. Proudhon. — 1850 : t. XV, n° 79, Nécessité d’une synthèse du socialisme ; n° 84, le Socialisme c’est la conciliation ; n° 88, Classification des idées du socialisme ; n° 91, La Commune sociétaire ; t. XVI, n°s 39 à 44, Organisation politique du peuple.
Dans la Revue de Lyon, notamment le 15 novembre 1849, il a défini sa banque d’État.
À signaler également l’éloge maçonnique de son ami, le franc-maçon Alexandre Massol, répertorié à la Bibl. Nat.

SOURCES : L’ouvrage de J. Gaumont, Histoire générale de la coopération en France, t. I, a fourni toute la matière de cette notice. — Voir aussi G. Renard, Histoire de la République de 1848 (parallèle entre Coignet et Proudhon, p. 344) dans l’Histoire socialiste de Jean Jaurès. J. Balteau, M. Barroux, M. Prévost, R. d’Aman, T. de Morembert, Dictionnaire de Biographie française, Paris, Letouzey, 1933 sq. — Marie-Fernande Alphandéry, Dictionnaire des inventeurs français, Paris, Seghers, 1863. — Note de J.-C. Dubos.

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