COLOMBAT Édouard [COLOMBAT Louis, André, Édouard

Par Thomas Bouchet

Né en 1804 à Paris, mort en 1881 ; logeur en garni ; républicain ; insurgé des 5 et 6 juin 1832.

Édouard Colombat se disait d’origine dauphinoise. Au début de la monarchie de Juillet, Édouard Colombat habitait et exerçait son métier de logeur dans l’île de la Cité (rue de la Calandre) ; selon certaines sources, il était aussi débitant de liqueurs. Auparavant, il avait été artilleur dans la marine. Son expérience ne lui était pas inutile : en 1832, il faisait partie du corps des artilleurs de la garde nationale, réputé pour ses positions critiques à l’égard du régime en place et influencé par des chefs de sensibilité républicaine.
Colombat prit une part active dans l’insurrection des 5 et 6 juin 1832. Dénoncé par des négociants et marchands patentés de l’île de la Cité, il fut arrêté par Vidocq lui-même. Le préfet de police considérait Colombat comme un malfaiteur, et comme un souteneur. Le second conseil de guerre prononça contre lui un verdict de mort, le 21 juin 1832, pour attentat contre le gouvernement et tentatives de meurtre sur des militaires. Ce jugement fut annulé par un arrêt de la cour de cassation (30 juin). La cour d’assises le rejugea et le condamna à la déportation. À la prison de Bicêtre puis au Mont-Saint-Michel, où il entra le 15 juin 1833. il fut l’un des républicains les plus ardents : il se battit à plusieurs reprises contre des détenus légitimistes, et un drapeau rouge fut saisi dans sa cellule à la fin du mois de juin 1833. Il se plaignait de ce que les détenus du Mont-Saint-Michel recevaient de moins en moins de secours extérieurs au fil des mois, notamment de la part des républicains parisiens : « Je le dis avec franchise, mes camarades et moi, nous étions oubliés, méconnus », expliqua-t-il plus tard. Il parvint à s’évader du Mont dans des conditions rocambolesques et sans aucune complicité active, dans la nuit du 24 au 25 juin 1835. Ses codétenus Cuny et Lepage avaient refusé de le suivre. Ensuite, il gagna Jersey où il exerça le métier d’aubergiste. Il revint en France pour se fixer à Avranches à la faveur de l’amnistie de 1837. Il fit même quelques séjours au Mont-Saint-Michel en mai 1840, ce qui ne manqua pas d’effrayer les autorités. Par la suite, il s’installa à Caen où il créa un café au nom évocateur : le « Mont-Saint-Michel ». Une note insérée dans ses Mémoires précise qu’en 1843, Colombat était alors « père d’une jeune famille ».
En 1848, Colombat tenta de faire reconnaître son action d’opposant. Il finit par obtenir la récompense qu’il avait sollicitée : il fut nommé sous-adjudant au palais de Fontainebleau. D’après une source il serait décédé en 1850 au plus tard : à partir de cette date, les secours furent versés à sa veuve, dans les Basses-Pyrénées.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article28952, notice COLOMBAT Édouard [COLOMBAT Louis, André, Édouard par Thomas Bouchet, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 8 janvier 2021.

Par Thomas Bouchet

œUVRE : Édouard Colombat, Souvenirs d’un prisonnier d’État, Caen, Hardel, 1843, 18 p.

SOURCES : Arch. PPo, Aa/366. — Arch. Nat., F16/411, CC/597. — Arch. Min. Guerre, justice militaire (non classé). — Mémoires de M. Gisquet, ancien préfet de police, écrits par lui-même, Paris, Marchant, 1840, t. 2. — B. Maurice, Vidocq. Vie et aventures. Paris, Laisné, 1858, 313 p. — E. L’Hommedé, Le Mont-Saint-Michel, prison politique sous la monarchie de Juillet, Paris, Boivin, 1932. — J.-Cl. Vimont, La prison politique en France, Genèse d’un mode d’incarcération spécifique, XVIIIe-XXe siècles, Paris, Anthropos, 1993, 503 pages. --- Site de Fulgence Girard : http://www.dunwich.org/genea/pub/colombat_msm.html — Henry de Graffigny, Le Tour de France en aéroplane, 1910.

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