COULOMB Eugène, Alexis

Né le 15 août 1827 à Collobrières (Var) ; ouvrier bouchonnier à Collobrières ; instigateur de grèves sous le Second Empire.

Coulomb était le fils d’un cordier et devint ouvrier bouchonnier. L’industrie bouchonnière était alors la plus importante des petites industries rurales du Var. En 1856, elle occupait 1 600 ouvriers répartis en 133 ateliers dans 19 localités, surtout dans le massif des Maures. Cette main-d’œuvre, ardemment démocrate, avait pris une part active à la lutte contre le coup d’État.
Après l’insurrection de décembre 1851, Coulomb Eugène avait été condamné par la Commission mixte à dix ans de transportation en Algérie, en raison de « ses opinions démagogiques », et pour « propagande anarchique ». Il fut gracié le 23 septembre 1853, et placé sous la surveillance de la police. Il rentra alors en France. Le 31 octobre 1853, il fut condamné, à Brignoles, à trois mois de prison et à 100 francs d’amende pour excitation à la haine des citoyens et injures publiques à l’égard d’un agent de police.
Il joua un rôle actif dans la grève des ouvriers bouchonniers de Collobrières (octobre et novembre 1862). La grève éclata le 14 octobre, les patrons s’étant concertés pour repousser une demande d’augmentation des salaires « qu’ils craignaient devoir leur être présentée par leurs ouvriers ». (Il y avait alors, à Collobrières, 22 fabriques employant de 400 à 500 personnes.) Le maire intervint en faveur des ouvriers, et trois patrons acceptèrent de porter le tarif de la façon des bouchons de 1 F 50 à 1 F 75 le mille (un ouvrier façonnait, chaque jour, entre 1 500 et 2 000 bouchons). La plupart des ouvriers allèrent alors chercher du travail dans les environs. Auparavant, ils constituèrent une commission chargée de recevoir leurs envois d’argent et de les répartir entre leurs familles. Cette commission se composait de Bernard Firmin*, Firmin Melchior* et Foucou Apollinaire*, de Brunet Édouard* et de Fillol Paulin* . À la Toussaint, la plupart des patrons acceptèrent le relèvement du tarif, à l’exception de trois d’entre eux. Quant à la commission, elle continua de fonctionner.
L’autorité s’émut et décida de poursuivre quatre des dirigeants : Bernard, Coulomb, Firmin, Foucou, ainsi que Méric Louis*, débitant de boissons chez qui se réunissaient les chefs du mouvement et qui détenait les papiers de la commission.
Ils furent accusés d’avoir poussé les ouvriers à faire grève et de les avoir payés pour qu’ils cessent le travail. Il semble bien, en effet, que la commission ne se contentait pas de servir d’intermédiaire entre les ouvriers émigrés et les familles restées à Collobrières, mais qu’elle recevait aussi des cotisations régulières pour distribuer des secours aux grévistes et aux chômeurs. Les cotisations provenaient non seulement de Collobrières, mais encore du centre bouchonnier voisin, de La Garde-Freinet, voire de Gênes, d’où étaient sûrement parvenus, par l’intermédiaire du consulat de France, 100 francs. Un ouvrier toucha ainsi, à plusieurs reprises, 18 francs par semaine, un autre se vit promettre la même somme, s’il quittait son patron qui n’appliquait pas le tarif.
Au début de décembre, la grève durait encore et la commission siégeait en permanence. Un patron déposa une plainte, car on avait jeté à l’eau pour 500 ou 600 francs de liège brut lui appartenant. L’instruction de l’affaire se poursuivit. Le 30 décembre, le procureur impérial conclut à un non-lieu. Le préfet aurait voulu classer l’affaire, mais le procureur général décida qu’il y avait bien eu délit de coalition. Le 24 janvier 1863, le tribunal correctionnel de Toulon condamna Coulomb à 50 francs d’amende et ses quatre camarades à 16 francs. Ces amendes furent largement couvertes par des souscriptions. Voir Bernard Firmin*, Brunet Édouard.*, Fillol Paulin*, Firmin Melchior*, Foucou Apollinaire*, Méric Jules* Voir aussi Mathieu Jacques* et Pons Adrien*.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article29181, notice COULOMB Eugène, Alexis, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCES : Arch. Dép. Var, IV M 24/3 et 9 U 15/3. — Émilien Constant, Les conflits sociaux dans le département du Var sous le Second Empire, communication présentée au 83e congrès national des Sociétés savantes, Aix-Marseille, 9-13 avril 1958.

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