CROZÈS Jean

Né à Mazamet (Tarn) vers 1829. Commis négociant à Labastide-Rouairoux sous la Seconde République, célibataire, démocrate socialiste, il y joua un rôle politique important.

En février 1848, il s’empara de la mairie de Labastide-Rouairoux. Il eut désormais une influence considérable sur la population ouvrière.
Le procureur de la République disait de Crozès et de Planques, le 8 janvier 1852 : « Presque toujours en contact avec de nombreux ouvriers qu’ils cherchaient à égarer, ils n’ont négligé depuis trois ans aucune occasion de réveiller en eux les plus mauvais instincts et de les préparer à entrer ouvertement en lutte contre la société. » Ou encore : « Ces deux hommes travaillaient depuis quelques mois, avec la plus grande activité, à organiser une société secrète dans le but de recruter, en vue des éventualités de 1852, une armée prête à se soulever contre les pouvoirs établis. »
On considéra Crozès comme l’organisateur et le chef de la société secrète républicaine et socialiste de Labastide-Rouairoux, dont l’existence et le fonctionnement furent peu à peu dévoilés au cours des interrogatoires des 16 prévenus de Labastide arrêtés en janvier 1852. Les démocrates et socialistes de Labastide étaient en liaison avec ceux de Saint-Pons, ville de l’Hérault toute proche, d’où ils recevaient leurs consignes. La société était organisée en décuries et en comprenait dix-sept, commandées chacune par un décurion. Cravate et ceinture rouges étaient les signes de ralliement. Pour la réception d’un nouvel adhérent, la cérémonie d’initiation comportait le serment suivant : « Je jure sur le fer, symbole de l’honneur, d’abattre et de combattre partout et toujours toutes les tyrannies politiques et religieuses. »
Les buts de la société secrète de Labastide étaient politiques et sociaux. Les adhérents voulaient : 1) une augmentation des salaires et l’amélioration du sort des classes laborieuses en général, ainsi que l’abolition des droits d’octroi, synonymes de vie chère, et la récupération, par le peuple, de communaux partagés ou usurpés ; 2) s’emparer de la mairie de Labastide en 1852, pour constituer une municipalité ouvrière.
Les affiliés étaient surtout des ouvriers du textile, car Labastide-Rouairoux était, comme Mazamet, un centre lainier actif, des artisans (un boulanger, un coffretier, etc.) et quelques métayers des environs. Certains d’entre eux chantaient : « Quand viendra la République rouge, nous la proclamerons et nous la défendrons, le poignard à la main. »
Crozès, lors de son interrogatoire par la Commission mixte du Tarn, nia toute participation à la société secrète. Il se défendit aussi d’avoir été l’organisateur de la réunion clandestine tenue dans la nuit du 6 au 7 décembre, et où, selon des témoins, il aurait parlé en faveur de Ledru-Rollin.
Malgré ses dénégations, il fut, à l’unanimité, déporté en Algérie (Algérie plus), la Commission mixte regrettant d’autre part que le paragraphe 3 de la circulaire du 2 février 1852 ne lui eût pas permis de le déporter à Cayenne et espérant « que le ministre ordonnerait d’office cette mesure, qui produirait un excellent effet moral sur le pays. »
Le 10 mars 1852, Crozès écrivit de la prison d’Albi une longue lettre au préfet du Tarn pour demander une révision de sa peine. Il admettait maintenant avoir fait partie de la société secrète de Labastide-Rouairoux, mais non pas l’avoir dirigée. Il disait avoir prêché le calme à la réunion nocturne du 6 décembre. Il faisait enfin une profession de foi bonapartiste.
Gracié le 2 février 1853, malgré les rapports constamment défavorables et hostiles du maire, il rentra à Labastide en mars.
Il cessa de faire parler de lui, et ne fut pas inquiété en 1858, lors de l’attentat d’Orsini. Voir Barthès François*, Planques Eugène*, Scoevola Ambroise*

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article29317, notice CROZÈS Jean, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCE : Arch. Dép. Tarn, IV M 2/45 et 47.

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