DARTHÉ Augustin, Alexandre, Joseph

Né à Saint-Pol-sur-Ternoise (Pas-de-Calais) le 1er octobre 1765, guillotiné avec Babeuf à Vendôme (Loir-et-Cher) le 27 mai 1797 (8 prairial an V).

Fils de Charles-François Darthé, chirurgien juré, et de Marie-Jeanne, Marguerite Fayolle, il étudiait le droit à Paris au moment du 14 juillet 1789 et fut un des combattants et un des vainqueurs de la Bastille. Il était revenu à Saint-Pol à l’automne 1790, puisqu’il fut nommé à la municipalité le 23 novembre. Secrétaire-greffier du district en septembre 1792, il fit partie, à compter du 11 novembre de la même année, du Directoire du département du Pas-de-Calais.
Dans l’été 1793, il conduisait avec le général Ferrand des opérations contre la « Petite Vendée » de Pernes-en-Artois, c’est-à-dire contre des réquisitionnaires qui, à la manière des Vendéens, s’étaient soustraits à la levée des 300 000 hommes. Il était alors en correspondance avec le conventionnel Le Bas, l’ami de Robespierre et de Saint-Just.
Auprès de Le Bon, représentant en mission dans le Pas-de-Calais, département qui l’avait élu à la Convention, et ancien maire d’Arras, il remplit d’importantes fonctions en 1794. Les deux hommes s’étaient rencontrés dès 1792. Il s’agissait maintenant, par tous les moyens de la Terreur, de surprendre en arrière des lignes françaises toutes les infiltrations d’agents étrangers et royalistes, d’empêcher les jonctions avec les ennemis de la Révolution des régions de Cambrai et d’Arras qui appelaient de leurs vœux, et plus activement parfois, les Autrichiens, et qui auraient accepté d’amputer la France de l’Artois et du Cambrésis, dont l’annexion avait tout au plus, pour l’Artois, 135 ans en 1794.
Le Bon et son adjoint Darthé emprisonnèrent les suspects sur les indices les plus faibles. Ils visitèrent les prisons eux-mêmes, à la recherche des preuves qui leur manquaient. Le botaniste Guéroult de Boisrobert, incarcéré à la citadelle de Doullens, a raconté une de ces fouilles par Darthé. Le maréchal de Mailly était là, avec son domestique, la maréchale de Mailly était là, avec sa femme de chambre. Entendons que l’un et l’autre étaient servis en prison par leurs « gens », comme ils l’auraient été en liberté. Guéroult de Boisrobert est obligé, après avoir insinué que Darthé s’intéressait aux trouvailles « soit en argenterie, bijoux et papiers », de reconnaître que le « digne agent de Le Bon » ne garde que les « papiers contre-révolutionnaires », entrés à peine clandestinement dans la citadelle, fait qui conduira à la guillotine le commandant défaillant ou complice. Et d’autre part, Darthé ayant déchiré une image du Christ et confisqué d’autres images de piété ainsi que des livres pieux, sur protestation du prisonnier dépouillé, il aurait dit au geôlier : « Bah ! bah ! rends-lui ses images, puisque ça lui fait trop de peine. »
Juré au tribunal révolutionnaire du Pas-de-Calais, qui siégea soit à Arras soit à Cambrai, puis accusateur public auprès du même tribunal révolutionnaire, le 21 avril 1794, Darthé joua un rôle de premier plan dans des opérations de défense révolutionnaire qui furent certainement aveugles souvent, mais qui n’étaient aveugles que parce qu’elles étaient la guerre à la frontière continuée sous une autre forme. Guéroult de Boisrobert, doux intellectuel bien renté de l’époque, ne se cache pas pour dire que ses amis étaient dans le camp d’en face, ce qui n’a pas laissé que de gêner ses éditeurs douaisiens de 1895, si hostiles qu’ils fussent à la Révolution.
Arrêté après le 9 thermidor comme ami du robespierriste Le Bas et comme auxiliaire de Le Bon dont il était en dernier lieu le secrétaire particulier et l’homme de confiance, Darthé resta en prison, aux Baudets d’Arras, du mois d’août 1794 au mois d’octobre 1795. Il fit là sans doute la rencontre de Gracchus Babeuf*.
Terroriste amnistié en octobre 1795, il rentra à Saint-Pol puis se rendit à Paris, où il fut employé dans les bureaux de l’Agence du commerce de Belgique. Membre du club du Panthéon, Darthé en provoqua la dissolution, les Directeurs ayant pris prétexte de ce qu’il avait lu à la tribune un article du journal de Babeuf les attaquant, pour décréter la fermeture du club, que le général Bonaparte, commandant en chef de l’armée de l’Intérieur, fut chargé avec ses troupes de rendre effective.
Militant actif de la conspiration « pour l’Égalité, dite de Babeuf », Darthé fut pris le 11 mai 1796, rue Bleue. Il était caché entre deux matelas chez le menuisier Dufour. Comme Babeuf, au procès de Vendôme, il dénia toute compétence à la Haute Cour et fut condamné à mort, plus à cause de son passé de terroriste dans le Pas-de-Calais, que sur les accusations formulées dans l’acte de l’accusateur national Viellart, qui prétendait, entre autres, qu’il était l’auteur d’un factum imprimé sous le titre Tuez les Cinq, et qui aurait été un appel à l’assassinat des cinq Directeurs. En l’absence de ce factum disparu, il est impossible de trancher, mais les propos de Viellart semblent fort peu vraisemblables.
Avant la guillotine, Darthé se poignarda, à l’aide d’un couteau qu’Émile Babeuf avait pu fournir à son père, lors de la dernière entrevue au greffe de la prison avec les deux condamnés à mort. Darthé était sûrement mort lorsque le bourreau manœuvra la guillotine. Homme énergique, patriote sans faiblesse, Darthé, dont il existe de nombreux écrits dans les Archives départementales du Pas-de-Calais, était tourné vers l’action. Il ne dédaignait pas à l’occasion, en homme qui a fait ses études, l’amplification littéraire, mais il n’apparaît nulle part comme un théoricien du communisme à la manière de Buonarroti ou de Babeuf. S’il adhérait pleinement au communisme de Babeuf et de Buonarroti, ce qui est probable, c’était sans détour et sans complication. Son dernier cri fut : « Vive la République ! »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article29449, notice DARTHÉ Augustin, Alexandre, Joseph, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCES : Le récit de Guéroult de Boisrobert a été publié sous le titre La Citadelle de Doullens sous la Terreur. Récit d’un détenu, Douai, 1895, voir p. 33, pp 44-46, p. 50, p. 60. — Ed. Edmont, Galerie Ternésienne, ou Dictionnaire biographique des Personnages les plus remarquables de l’ancien comté de Saint-Pol, ou de l’arrondissement actuel de ce nom, Saint-Pol, 1910. — La thèse de doctorat de Louis Jacob, Joseph Le Bon (1765-1795). La Terreur à la Frontière (Nord et Pas-de-Calais), Paris, 1934, 2 vol. contient beaucoup de précisions inconnues jusqu’alors sur Darthé comme terroriste.

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