DELAGRANGE Marcel, Émile

Par Jean Maitron

Né le 8 mars 1883 à Issoudun (Indre), mort le 25 octobre 1964 à Clichy-la-Garenne (Seine, Hauts-de-Seine) ; employé aux ateliers de la Compagnie PO à Périgueux (Dordogne) ; militant communiste ; maire de Périgueux (1921-1925) ; militant du « Faisceau » de G. Valois en 1926.

Marcel Delagrange (1921)
Marcel Delagrange (1921)
cc Agence Meurisse

Fils d’un vigneron et d’une couturière, marié à Issoudun en février 1908, M. Delagrange fut paysan puis cheminot. De formation socialiste, il fit partie du Comité pour la IIIe Internationale puis vint au communisme sous l’influence, semble-t-il, d’un professeur russe de Périgueux, Chechelovsky*. En 1919, il fut un des six candidats socialistes aux élections législatives — voir Paul Bouthonnier — et fut délégué suppléant au congrès national SFIO des 20-22 avril tenu à Paris. Cette même année, il fut un des membres fondateurs de l’imprimerie coopérative « La Prolétarienne ».

Secrétaire général du syndicat des cheminots de Périgueux (1918-1920), il participa aux grèves de 1920, fut arrêté le 3 mai, emprisonné et révoqué. Il appartenait à la tendance minoritaire de la CGT. Membre de la CE de la Fédération SFIO, il fut délégué au congrès de Tours, décembre 1920.

Adjoint au maire de Périgueux depuis décembre 1919, il fut lui-même élu maire le 8 novembre 1921 après les élections partielles du 30 octobre et la révocation de P. Bouthonnier*. Au mois de juin précédent, il avait fait partie de la délégation du PC au IIIe congrès de l’Internationale communiste — voir Lucie Leiciague*.
Secrétaire fédéral, il fut candidat à l’élection législative de 1924. Il intervint le 20 octobre 1925 à la Conférence nationale d’Ivry. Prenant la parole le 17 janvier 1926 au congrès de la région limousine, il avait proposé la réintégration de Monatte et de Rosmer dans le Parti. Élu aux élections municipales des 3 et 10 mai 1925, il avait échoué aux cantonales cette même année.

Mais Marcel Delagrange allait bientôt se trouver en opposition avec son Parti et adhérer au Faisceau de Georges Valois ; celui-ci a conté dans le Nouveau Siècle des 16, 17 et 18 février 1926 ses rapports avec son adversaire puis collaborateur. Le premier entretien eut lieu le 3 décembre 1924 et dura quatre heures, les deux hommes demeurant sur leurs positions. En février 1926, Delagrange fit placarder une affiche à Périgueux par laquelle il annonçait son entrée au Faisceau de G. Valois et faisait ses adieux à la population, affiche reproduite le 27 par le Nouveau Siècle qui publia le 28 un article de Delagrange expliquant son adhésion au Faisceau. Ce même jour, l’Humanité rendait compte du meeting tenu le 19 à Périgueux au cours duquel Delagrange fut accusé d’avoir falsifié les livres de compte de la coopérative et de s’être approprié une somme importante appartenant au Parti communiste. Au Faisceau fondé le 11 novembre 1925, Delagrange fut conseiller technique délégué à la propagande aux appointements de 2 000 F mensuels, loyer payé. Le Faisceau se réclamait à la fois « du nationalisme et du socialisme » et se prononçait « pour la grandeur nationale et la justice sociale » — voir G. Valois*.

Le 6 février 1926, Marcel Delagrange fut exclu du Parti communiste par le comité de rayon et, avec lui, René Bardy, directeur de la Coopérative nouvelle d’Alimentation.

Beaucoup plus tard, après la période de l’Occupation, Marcel Delagrange fut réintégré à la SNCF, au dépôt des machines de Paris-Ivry. Il habitait à Paris (XVIIe arr.) lors de son décès en 1964.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article2945, notice DELAGRANGE Marcel, Émile par Jean Maitron, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 24 septembre 2022.

Par Jean Maitron

Marcel Delagrange (1921)
Marcel Delagrange (1921)
cc Agence Meurisse

SOURCES : Arch. Nat., F7/12992, F7/13091, F7/13093, F7/13094, F7/13601, F7/13602. — Arch. Dép. Dordogne. — Arch. Com. Périgueux. — Institut M. Thorez, Bobine 185. — Bulletin communiste, 4 novembre 1920 et 5 octobre 1922. — Le Prolétaire de la Dordogne, 7 septembre 1919. — Le Faisceau des Combattants, des chefs de famille et des producteurs dit Tract n° 9, 16 p., s.d. — L’Humanité, 12 février 1926. — La Révolution Prolétarienne, n° 15, mars 1926 : « Le suicide de Delagrange », p. 4-5 par P. Monatte et « Les entretiens de Valois et Delagrange », p. 31-32. — Z. Sternhell, « Le Faisceau de G. Valois », Revue française de Science politique, février 1976. — Brochette d’agents provocateurs, 1931, 32 p. — Notes de Jacques Girault. — État civil d’Issoudun.

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