DELANOUE Pierre, Henri, Louis

Par Nicolas Simonpoli

Né le 10 mars 1957 à Paris (Xe arr.) ; cheminot ; syndicaliste CGT, secrétaire général du syndicat CGT des cheminots de Noisy-le-Sec (1980-1982), membre du bureau puis du secrétariat de la Fédération CGT des cheminots (1983-2000), administrateur CGT au CA de la SNCF (1998-2001) ; militant communiste.

Pierre Delanoue lors du 34ème congrès fédéral, 24- 28 novembre 1986, à Marseille. Coll IHS-CGT cheminots
[Droits réservés IHS-CGT cheminots]

La famille de Pierre Delanoue vivait à Gagny (Seine-Saint-Denis). Son père, Henri, était monteur en bronze spécialisé dans la fabrication et la restauration des luminaires. Il travaillait dans une lustrerie sise rue Martel dans le 10e arrondissement de Paris. Sa mère, Jeannine, était vendeuse en mercerie. La famille comptait deux enfants, Pierre et sa sœur. Ouvrier très qualifié, homme de gauche, un temps adhérent au syndicat CGT des monteurs en bronze, son père était très attaché à la défense des conditions de travail et attentif à faire respecter sa liberté d’ouvrier de métier face aux demandes de l’employeur. Il inculqua ses principes à son fils dès son adolescence. Après l’obtention de son Certificat d’études primaires puis de son BEPC, Pierre poursuivit sa scolarité jusqu’en Terminale F4 (filière « Génie Civil »).

À l’été 1976, à la recherche d’un emploi estival, Pierre Delanoue fut embauché à la SNCF comme accompagnateur international pour les trains de nuit. Affecté à la gare de l’Est à Paris, il eut pour tâche d’assister les voyageurs se rendant en Allemagne et en Suisse. Au terme de son contrat, ses collègues l’incitèrent à postuler à un emploi permanent au sein de l’entreprise. En novembre 1976, fort de sa formation en génie civil, il fut embauché à la SNCF comme agent d’entretien de la voie. Affecté à la section Équipement de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), il découvrit un métier difficile mais aussi une ambiance de travail imprégnée de camaraderie et de professionnalisme. Ayant suivi des études jusqu’au baccalauréat, il fut encouragé par son chef de district à présenter les concours internes de l’entreprise. En 1978, à l’occasion de son année de service militaire, effectué au Ve régiment du génie de Versailles (Yvelines), il obtint le concours de rédacteur stagiaire. À son retour à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), il intégra les bureaux de l’établissement SNCF. Ce nouveau métier lui fit découvrir d’autres rapports entre cheminots, notamment la condescendance que certains employés de bureau pouvaient manifester envers leurs collègues de la Voie. En 1982, il accéda au grade d’employé principal.

La fin des années 1970 marquèrent le début de la vie militante de Pierre Delanoue. Sensibilisé à la cause cégétiste par son père, il fut aussi influencé par un de ses oncles, le frère de son père, ouvrier du livre engagé dans le conflit du Parisien Libéré. En juin 1977, Pierre adhéra à la CGT. Dès lors, sa prise de responsabilités fut particulièrement rapide. En 1979, il entra au bureau du syndicat CGT des cheminots de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), l’organisation syndiquait alors environ 150 agents sur les 450 que comptait l’établissement. L’année suivante, Pierre Delanoue fut élu à la tête du syndicat en remplacement de Jean-Marie Stemmelen, détaché à la fédération. À la même période, il fut élu secrétaire à l’Organisation à l’UL-CGT de Noisy-le-Sec et membre de la Commission exécutive de l’UD-CGT de Seine-Saint-Denis. En 1982, Georges Lanoue lui proposa de rejoindre l’équipe des permanents de la fédération des cheminots en tant que secrétaire général du Centre fédéral de la jeunesse (CFJ).

À compter de 1982, Pierre Delanoue débuta une carrière de permanent qui dura près de vingt ans et qui le conduisit à participer aux grands évènements de la vie syndicale cheminote des décennies 1980-1990. Âgé de 25 ans, il prit la suite de Jean Béoutis à la tête du CFJ. Cette année-là, dans le sillage des réformes portées par le gouvernement de Pierre Mauroy, la SNCF embaucha près de 16 000 nouveaux jeunes cheminots. Afin de les sensibiliser à l’action de la CGT, Pierre Delanoue veilla à porter la voix du CFJ dans l’ensemble des régions SNCF, à féminiser les instances de l’organisation et à coordonner son activité avec l’échelon confédéral (CCJ). Ce fut pour lui une expérience particulièrement enrichissante puisqu’il découvrit la diversité territoriale et professionnelle du monde cheminot. En 1982, il suivit le stage supérieur de la CGT.

En 1983, il intégra le bureau de la fédération des cheminots avec la responsabilité de l’action en direction de la jeunesse et de la formation syndicale. À cette occasion, il travailla étroitement avec Pierre Roger alors directeur du Centre confédéral d’éducation ouvrière. En 1986, il fut chargé de l’action en direction des cheminotes mais aussi de la coopération au collectif confédéral Employés-Liaisons dirigé par Elyane Bressol. Fin 1988, il succéda à Claude Lopez comme administrateur fédéral, tâche à laquelle s’ajouta le rôle de coordinateur du travail fédéral. Durant cette période, il eut à gérer le personnel administratif de la fédération, à veiller au déroulement de carrière des permanents ou encore à l’organisation du travail quotidien du siège fédéral. Il occupa cette fonction jusqu’en 1992. En sa qualité d’administrateur, il entra au secrétariat de la direction fédérale.

En juin 1992, sur la sollicitation conjointe de Georges Lanoue et de Bernard Thibault, Pierre Delanoue prit la responsabilité de la communication fédérale. Cette mission fut la plus enthousiasmante de sa carrière syndicale. Pour mener à bien cette tâche, il s’appuya sur son expérience du XXXIVe congrès fédéral, tenu à Marseille en 1986, à l’occasion duquel il avait animé l’équipe de rédaction du journal du congrès. La communication englobait la direction de La Tribune des Cheminots, du Courrier du cheminot, organes de presse de la fédération, mais aussi l’ensemble des prises de parole de l’organisation. Aussi, fit-il de l’amélioration de la communication externe de la fédération son axe de travail principal. Son objectif fut d’élargir les canaux de diffusion de la voix cégétiste. Pour ce faire, il multiplia les rencontres avec les journaux, les chaînes de radio et de télévision. Il s’efforça également de transformer les pratiques à l’intérieur de l’organisation. Souvent réticents à s’exprimer dans les médias, les dirigeants fédéraux furent invités à s’adonner davantage à cet exercice et à utiliser plus systématiquement les tribunes journalistiques qui leur étaient offertes. De même, Pierre Delanoue participa activement aux rapprochements entre les revendications des cheminots de celles des usagers. Ce fut notamment le cas en 1994 avec « Les Assises du rail », orientées vers les populations et les élus locaux, ou encore, en mai 1995, avec une grande manifestation nationale et unitaire appuyés par plus de 100 000 signatures d’une pétition lancée en vue de préserver le réseau ferré. Les bénéfices de ces orientations apparurent évidents lors du mouvement social de l’hiver 1995 où la CGT cheminots sut gérer les relations avec les médias et construire une image positive de la grève en direction du grand public. Ce moment constitua l’expérience la plus forte de l’activité militante de Pierre Delanoue. Impliqué dans les négociations aux côtés de Bernard Thibault et Lucien Lecanu, placé au cœur de la communication fédérale, investi dans les rencontres ministérielles avec le médiateur désigné par le gouvernement et les réunions interfédérales, il vécut intensément les trois semaines de ce mouvement social historique.

En 1997, au gré d’une réorganisation du bureau fédéral, après le congrès de Lille, quand bien même il eut souhaité conserver cette mission, Pierre Delanoue fut déchargé de la responsabilité de la communication. On lui confia la gestion du secteur économique fédéral et un mandat d’administrateur au CA de la SNCF à partir de février 1998. Cette transformation de son activité syndicale entraina une prise de conscience personnelle. Détaché depuis près de vingt ans, il se remémora la promesse qu’il s’était faite en arrivant à la fédération de ne pas demeurer permanent jusqu’à sa retraite. Dès lors, il décida de préparer sa réintégration progressive à l’entreprise. Soucieux de respecter les mandats qui lui furent confiés, il fixa celle-ci au début des années 2000.

En 2001, il fut admis à l’examen interne de technicien administratif en ressources humaines de la SNCF. Dès lors, il suivit une formation de plusieurs mois à l’issue de laquelle il fut recruté comme responsable de la formation professionnelle à la direction des TER. À ce poste, il mit à profit son expérience syndicale pour repenser les dispositifs de formation dans l’entreprise. Si son pedigree d’ancien permanent syndical dénota avec celui des autres cadres, il mesura également l’aura de la CGT auprès d’un grand nombre de cheminots, même ceux distants vis-à-vis du syndicalisme.

En 2003-2004, souhaitant se perfectionner dans ses nouvelles fonctions, il entreprit un master 2 en Management par les compétences et les organisations à l’université de Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne). Sous la direction de Philippe Zarifian, il y réalisa un mémoire intitulé « Le pilotage par ligne des TER : donner tout son sens à l’entreprise intégrée ». Celui-ci fut bien reçu par la direction des TER qui décida de nommer Pierre Delanoue chef du pôle pilotage par ligne. Jusqu’en 2008, il anima un réseau d’une centaine de responsables de TER sur l’ensemble du territoire dont la mission consistait à préciser, perfectionner leur activité et mieux les reconnaitre.
En 2008, muté à la direction des ressources humaines de l’entreprise, il créa l’Observatoire de l’évolution des conditions de vie au travail. Structure paritaire, travaillant en partenariat avec diverses institutions, telle l’ANACT, l’observatoire eut pour objectif de penser les améliorations des conditions de travail des cheminots. Si les expérimentations menées furent innovantes et appréciées d’une partie des personnels, leur généralisation se heurta aux réticences croisées de certains dirigeants de l’entreprise et des organisations syndicales. Le bilan de ce projet original demeura donc mitigé. Pierre Delanoue regretta notamment le refus de la CGT de signer l’accord « d’amélioration de la qualité du travail et de la vie au travail ». En 2014, il prit sa retraite.

En parallèle de son engagement syndical, il fut militant du Parti communiste français entre 1983 et 2009. Il milita aux sections de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), Drancy (Seine-Saint-Denis) puis à la section des cheminots de Paris. En 1990, il effectua l’école centrale d’un mois du PCF.

Installé dans les Côtes-d’Armor près de Saint-Brieuc, il continua à militer à la section CGT des retraités. À compter de 2015, il s’investit dans l’Institut d’histoire sociale de la fédération CGT des cheminots. Il fut également membre du bureau de l’IHS-CGT à partir de 2020.

Remarié avec Laurence, cadre dans le secteur du tourisme, Pierre Delanoue était le père de deux enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article2950, notice DELANOUE Pierre, Henri, Louis par Nicolas Simonpoli, version mise en ligne le 27 septembre 2022, dernière modification le 27 septembre 2022.

Par Nicolas Simonpoli

Pierre Delanoue lors du 34ème congrès fédéral, 24- 28 novembre 1986, à Marseille. Coll IHS-CGT cheminots
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Pierre Delanoue lors d’une des manifestations parisiennes en novembre 1995. © Guy Poitou. Coll IHS-CGT cheminots.
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Carte d’accès à la CGT à Montreuil, [années 1980]. Coll. IHS-CGT cheminots.
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SOURCES : Arch. IHS-CGT des Cheminots. — Entretien avec l’intéressé, avril 2022.

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