DEVILLE Jean, Charles, Amédée, Ernest

Par notice complétée par Gauthier Langlois

Né le 28 mars 1820 à Tarbes (Hautes-Pyrénées), mort le 20 août 1879 à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) ; chirurgien, fils du représentant montagnard Jean-Marie Deville ; proscrit suite au coup d’État du 2 décembre 1851, réfugié en Angleterre.

Une des publications médicales d’Amédée Deville
Une des publications médicales d’Amédée Deville

Amédée Deville habitait Paris depuis 1838, comme étudiant en médecine. Interne de chirurgie à l’hôpital Saint-Antoine, puis docteur en médecine, il était, en 1851, professeur de médecine opératoire et d’anatomie à l’École pratique de Clamart.

Fils de l’ancien représentant de la Montagne, Jean-Marie Deville détenu à Belle-Île depuis l’affaire du 13 juin 1849, il avait combattu pour l’ordre près de son domicile, 103, rue de la Harpe (XIe arr. ancien, actuel Ve arr.), à l’attaque de la barricade rue de la Harpe-rue du Foin, comme lieutenant de la garde nationale en Juin 1848.

En 1850, il était membre du Comité démocrate socialiste pour soutenir la candidature d’Émile de Girardin. Suite au coup d’État du 2 décembre 1851, les étudiants de son cours se mêlèrent aux manifestations. Bien que n’ayant pris aucune part à ces manifestations et ayant usé de son influence pour calmer ses étudiants, il fut pourtant poursuivi. Il fut arrêté par deux gendarmes, le 13 décembre, alors qu’il allait commencer son cours et emprisonné au fort de Bicêtre. Son domicile de la rue de la Harpe fut perquisitionné : on y trouva des brochures qualifiées d’anarchistes et la statue de Robespierre. Les vraies raisons de son arrestation étaient, outre ses opinions politiques, le fait qu’il était le fils d’un opposant. Menacé d’être envoyé au bagne, il refusa sa grâce, se reconnut agent actif de la propagande phalanstérienne, membre d’une société secrète et être en relations suivies avec les membres du comité démocratique. La commission militaire de Paris le condamna alors à la transportation au bagne de Cayenne. C’est en vain que ses maîtres et ses nombreux amis firent des efforts répétés pour obtenir sa grâce. Deville dut embarquer au Havre dans la frégate Canada. Mais une tempête obligea le navire à s’arrêter à Brest. Les amis de Deville profitèrent de cette opportunité pour renouveler leurs efforts et obtinrent que sa peine soit commuée en exil.

Réfugié à Londres, il vécut plusieurs années dans une extrême pauvreté mais profita de cet exil pour étudier, fréquentant assidûment les hôpitaux, collectionnant les observations dont il tira plusieurs études médicales. Exclu, en 1853, sur un prétexte, du Guy’s Hospital où il travaillait pourtant depuis un an, il abandonna la recherche pour la pratique et l’enseignement. Il devint professeur d’anatomie et de chirurgie pratique à l’École de Médecine de Grovesnor place, près de l’hôpital Saint-Georges à Londres, et membre du collège royal des chirurgiens d’Angleterre.

Il gagna rapidement suffisamment d’argent pour pouvoir aider ses compagnons d’exil. En effet, bien que parfaitement intégré à la société londonienne, il n’avait pas abandonné ses convictions politiques. C’est sans doute pour ces raisons qu’il fit un séjour à Jersey en 1855. Il fit partie des 36 proscrits qui y signèrent, le 17 octobre 1855, la protestation rédigé par Victor Hugo contre l’expulsion de Charles Ribeyrolles, du colonel Louis Pianciani et de Philippe Thomas. Cette signature lui valu, comme tous les autres, l’expulsion de l’île.

À Londres il restait sous la surveillance de la police française ce qui le rendit méfiant au point qu’il n’osa plus confier ses lettres à la poste. Enfin, en 1861, il fut saisi d’une crise de manie aiguë, qui le rendit définitivement fou. Après quelques mois, ses frères le ramenèrent en France. Il fut placé dans la maison de santé d’Yvry-sur-Seine où il vécut jusqu’à sa mort.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article30010, notice DEVILLE Jean, Charles, Amédée, Ernest par notice complétée par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 22 août 2020.

Par notice complétée par Gauthier Langlois

Une des publications médicales d'Amédée Deville
Une des publications médicales d’Amédée Deville

SOURCES : Notice autorité Bnf, Autre notice autorité Bnf. — Archives du Val-de-Marne, Acte de décès. — Arch. Min. Guerre, B 433. — Journal des débats politiques et littéraires, 2 novembre 1855. — Victor Hugo, Œuvres complètes de Victor Hugo. Actes et paroles. 2 publiées par Paul Meurice, puis par Gustave Simon, 1937-1940, p. 123-125. — J.-Y. Mollier, Dans les bagnes de Napoléon III. Mémoires de C. F. Gambon, Centre des Correspondances du XIXe siècle, Paris IV-Sorbonne, PUF, 1983. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Deville - Jean Charles Amédée Ernest », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — « Amédée Deville », The Medical Times an Gazette, 25 octobre 1879, p. 488-489. — La Petite Gironde : journal républicain quotidien, 30 octobre 1879. — Notes de J.-Y. Mollier.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément