DOUTRE Esprit

Né à Lyon le 1er juillet 1811, mort à Paris le 3 août 1874. Ouvrier typographe et homme politique démocrate socialiste.

Fils d’un artisan, Esprit Doutre participa aux premiers essais d’organisation professionnelle dans sa ville natale et acquit ainsi progressivement une grande influence non seulement dans la corporation du livre, mais sur l’ensemble de la classe ouvrière. En 1840, il fut un des trois délégués ouvriers que la typographique lyonnaise envoya à Strasbourg pour assister à l’inauguration de la statue de Gutenberg.

Après la révolution de Février, Doutre fut désigné comme commissaire extraordinaire dans les faubourgs ouvriers de Lyon, alors communes de banlieue, aujourd’hui partie intégrante de la ville, puis à Caluire. Bourgeoisie et classe ouvrière lui firent également confiance. Il eut de la modération, de la fermeté de caractère, et ses opinions socialistes rassurèrent les uns sans trop inquiéter les autres. Le commissaire du Gouvernement provisoire, Étienne Arago, le fit entrer le 7 mars dans le « Comité d’organisation du travail » qu’il institua à Lyon et que l’on appela un « Petit-Luxembourg ». Voir Coignet F.* Doutre fut ensuite désigné comme candidat aux élections du 23 avril 1848 à l’Assemblée constituante, par le Club central des Corporations réunies, organisme qui correspondait au Comité central des ouvriers du département de la Seine, à Paris.

Il fut élu second sur quatorze représentants du Rhône, avec 104 891 suffrages, Pelletier et Greppo étant respectivement treizième et quatorzième. Le 30 avril, un banquet lui fut offert par les ouvriers du Livre de Lyon, banquet auquel assista aussi Pelletier, cabaretier et typographe. À l’Assemblée constituante, Doutre appartint au Comité de travail et soutint les propositions de réforme sociale, sans éclat d’aucune sorte. Réélu à l’Assemblée législative, il y fit plus franchement figure de Montagnard résolu. Il s’affirma au banquet typographique parisien du 16 septembre 1849, tenu malgré l’état de siège proclamé en raison du mouvement insurrectionnel du 13 juin, comme il l’avait fait au banquet typographique lyonnais du 31 décembre 1848, fervent partisan de la République démocratique et sociale. Il signa l’appel des parlementaires du Comité central des Associations démocratiques et corporatives ouvrières pour « renforcer la phalange décimée des Représentants de la République démocratique » ( Voir Gambon Charles*).

Signataire, le 3 décembre 1851, de la protestation des députés de la Montagne en liberté contre le coup d’État, Doutre abandonna la vie politique aussitôt après. Voir Doutey* (femme). Il entra comme employé au Comptoir national d’Escompte à Paris ; il y travaillait encore quand il mourut d’une attaque d’apoplexie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article30154, notice DOUTRE Esprit , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 12 novembre 2013.

SOURCES : Arch. PPo., Fichier alphabétique. — Paul Chauvet, Les Ouvriers du Livre en France, de 1789 à la constitution de la Fédération du Livre, Paris, 1956. — Biographie des 900 députés..., Paris, 1848. — Robert, Bourloton et Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français.

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