DREVET Jean-Pierre

Né le 19 mars 1807 à Saint-Didier-de-Bizonnes (Isère), mort en exil le 5 octobre 1854 à Jersey. Ouvrier mécanicien. Militant syndicaliste et socialiste, président de la Société fraternelle des ouvriers mécaniciens.

Il est né sous le nom de Pierre Drevet d’un couple de tuiliers illettrés, Joseph Drevet et Marthe Revillion.

Arrêté à Paris en 1834 pour insurrection, Drevet travaillait chez Cail en 1848 et demeurait 5 Rue Godot de Mauroy (Ier arr. ancien, IXe actuel). Il fut le délégué de sa corporation au Luxembourg et signa la déclaration de la Commission des délégués ouvriers pour l’Organisation du Travail parue dans La Voix des Clubs du 19 mars, par laquelle la délégation ouvrière au Luxembourg prenait entièrement à son compte la manifestation ouvrière du 17.

Président de la Société générale politique et philanthropique des Mécaniciens et Serruriers et de toutes leurs subdivisions, il contribua avec le bureau provisoire à en établir le règlement. Puis il fut vice-président de la Société fraternelle des Ouvriers Mécaniciens et Serruriers en général du département de la Seine, fondée le 1er mai.

Drevet, ainsi que Nicolas Colin et Louis Lavoye, agirent pour l’introduction de la journée de neuf heures dans les ateliers de construction mécanique, et, le 7 mars, tous les trois signèrent comme délégués des ateliers de la compagnie des chemins de fer du Nord, avec Clapeyron et Fournel, ingénieurs de la compagnie, une convention fixant à neuf heures de travail effectif la journée dans les ateliers de La Chapelle-Saint-Denis.

Chez Cail, où travaillait Drevet, le mouvement pour les neuf heures provoqua, le 25 mars, au Luxembourg, une réunion d’ouvriers représentant leurs camarades des ateliers, avec lesquels Louis Blanc discuta des mesures à adopter pour la reprise des travaux, et d’un système d’association qu’en compagnie de Cail et de Vidal, choisi comme arbitre, il alla exposer à la réunion générale des ouvriers, quai de Billy. Drevet expliquera dans une affiche du 16 juin la revendication des neuf heures par la préoccupation d’employer un plus grand nombre d’ouvriers privés de travail, celle d’avoir le temps nécessaire pour se cultiver et par les économies que cela assurerait en supprimant un des repas pris sur le lieu de travail. Quant à l’association, elle consistait à prendre à l’entreprise, pour un prix convenu d’avance, les parties de travaux commandées par le chef de l’établissement, à distribuer les tâches et à partager le total des salaires à son gré sans que le patron, dans les ateliers et avec l’outillage, la houille et la fonte de qui les travaux s’exécutaient, eût à s’en occuper. Ce système substituait un contrat entre la direction et la collectivité du personnel organisé par équipes en place du « marchandage individuel » et du « marchandage à l’anglaise ».

La répression seule compromit le succès du contrat collectif signé le 25 mars : le 15 mai, Drevet, qui avait participé avec ses camarades d’atelier à l’invasion de l’Assemblée nationale, fut arrêté et, après Juin, Cail put renvoyer tous ses ouvriers pour les reprendre un à un en leur faisant souscrire des contrats individuels.

Drevet avait été arrêté le 24 juin, place du Parvis-Notre-Dame, en revenant du chemin de fer d’Orléans, c’est-à-dire d’Ivry qui était en pleine insurrection. Condamné, le 19 septembre, à la transportation, il partit pour le Havre dans la nuit du 28 septembre, puis fut détenu sur le ponton La Sémillante à Lorient. De là il fut transféré à Belle-Île le 14 février 1849. Il ne fut gracié que le 3 décembre 1849, sa situation s’étant trouvée aggravée par confusion avec un insurgé de la Glacière qui avait ordonné la construction de la barricade de la barrière Saint-Jacques.

En 1850, il publiait sous le titre Le Socialisme pratique. Association pacifique et volontaire des travailleurs, un ouvrage de 231 pages où il développait, sous la forme familière de dialogues, les enseignements de l’expérience d’association qu’il avait dirigée.

Le 12 décembre 1851, il fut arrêté chez lui au 39 rue de la Bûcherie (XIIe arr. ancien, Ve actuel), sans aucune inculpation particulière, comme figurant sur une liste de 28 individus à arrêter. Il était alors veuf et père d’un enfant. La Commission de révision de Paris le condamna à l’expulsion, sur les motifs suivants : « Socialiste exalté. Propagandiste ardent. S’occupant constamment de politique. En correspondance avec les chefs du parti. Auteur d’une brochure intitulée : Le socialisme pratique. »

Avec Louis Blanc il se réfugia à Jersey où il mourut, sans doute affaibli par ses séjours en prison et sur les pontons. Il fut inhumé, le 7 octobre 1854, au cimetière Saint-Jean (aujourd’hui cimetière Macpela à Sion), où les proscrits étaient enterrés.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article30167, notice DREVET Jean-Pierre , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 22 novembre 2020.

SOURCE : Archives de l’Isère, Acte de naissance, vue 16. — Arch. Min. Guerre, A 1050 et B 831. — Les délégués (ouvriers) du Luxembourg à leurs commettants, Paris, impr. de Maulde et Renou, 3 p. — Le Temps, 4 août 1883. — Rémi Gossez, « La proscription et les origines de l’Internationale. 1. Le “ Comité international permanent ” », 1848-Revue des révolutions contemporaines, n° 189, décembre 1951, p. 105. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Drevet - Jean Pierre », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — Notes de Gauthier Langlois.

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