DROUET Jean-Baptiste

Né le 8 janvier 1763 à Sainte-Ménehould (Marne), mort à Mâcon (Saône-et-Loire) le 11 avril 1824. Maître de poste, Conventionnel Montagnard, compagnon de route des babouvistes (Gracchus Babeuf), puis fonctionnaire.

Fils d’un marchand de bois, il commença ses études au collège de Châlons-sur-Marne, puis s’engagea au régiment de Dragons-Condé. Congédié le 31 août 1784, il était maître de poste dans sa ville natale, en juin 1791, et reconnut Louis XVI au passage. Il contribua alors à l’arrestation de Varennes, en alertant les autorités de la bourgade. Il alla lui-même annoncer la nouvelle à Paris, à l’Assemblée constituante et au club des Jacobins.

Député suppléant de la Marne à l’Assemblée législative, il ne siégea pas. Élu le 3 septembre à la Convention, il siégea à la Montagne. Il défendit Philippe Égalité contre les Girondins, à la Convention et au club des Jacobins, vota la mort de Louis XVI, s’opposa à la mise en accusation de Marat, dont il déplora l’exaltation, mais dont il accusa les adversaires de faire le jeu des ennemis de la Révolution.

Envoyé en mission en septembre 1793 à l’armée du Nord, encerclé dans Maubeuge, il fit, à la tête de cent dragons, une tentative de sortie, fut blessé et capturé par les Autrichiens. Dès que son identité fut connue, le général Latour, un émigré, le roua de coups, et on l’emmena à Bruxelles dans une cage de fer. De là il fut conduit dans un cachot de la citadelle du Spielperg, en Moravie, bien connue comme prison d’État des Habsbourgs et dont le patriote italien Silvio Pellico dira les horreurs dans Mes Prisons. Drouet tenta de s’évader, le 6 juillet 1794, se cassa la jambe et fut réintégré dans la geôle jusqu’en novembre 1795, date à laquelle il fut échangé, ainsi que les Conventionnels livrés par Dumouriez, contre la fille de Louis XVI, Madame Royale, future duchesse d’Angoulême.

La popularité de Drouet parmi les républicains était très grande. Les thermidoriens lui avaient réservé un siège au Conseil des Cinq-Cents, et il y fut également élu par le département du Nord.

Mais cet homme, dont le courage physique était admiré de tous, eut aussi le courage politique de dire, que, s’il avait été à la Convention en 1794, il aurait marché sur les traces de Robespierre. Il fut dès lors surveillé par la police du Directoire, et quand le Directoire annonça, le 21 floréal an IV (10 mai 1796), la découverte de la conspiration de Babeuf, cela signifiait aussi pour Drouet qu’il était recherché à cause des relations qu’il avait eues, ainsi que nombre d’autres conventionnels montagnards, avec le Tribun du Peuple.
Écroué à l’Abbaye, Drouet fut dans l’été de 1796 un enjeu de la politique française : les royalistes affirmaient que son rôle dans l’arrestation du roi en juin 1791 était la vraie cause de sa détention ; le Journal des Hommes libres de tous les pays, de Charles Duval, moyen d’expression des anciens montagnards étrangers au complot babouviste, sommait le Directoire de démentir les royalistes et de relâcher Drouet ; le Directoire jurait ses grands dieux que seul le complot babouviste légitimait l’incarcération de Drouet. Le Ier fructidor (18 août 1796), un message des Directeurs annonça l’évasion du prisonnier. La conviction générale fut que l’évasion avait été au moins facilitée et que la machination venait de Barras.
De Paris, Drouet se rendit en Suisse, puis aux Indes et aux îles Canaries. Il participa à la lutte sur mer contre les Anglais. Jugé par contumace à Vendôme, le jury le déclara non coupable de « provocation tendant au rétablissement de la Constitution de 1793 », et l’acquitta. Il rentra en France début septembre 1797.

Jacobin sans faiblesse, il figura, dans l’été 1799 (prairial-messidor an VII), parmi les membres de la Société du Manège. Il la présida même, comme régulateur (le terme de président étant interdit par la loi). Le Directoire, obéissant momentanément à l’élan de jacobinisme pour sortir de ses difficultés, nomma Drouet son Commissaire près l’Administration centrale du département de la Marne, le 2 thermidor (20 juillet 1799).

Drouet occupait ce poste important au moment du coup d’État du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799). Il adhéra au coup d’État par patriotisme, ainsi que nombre de révolutionnaires sincères. Nommé sous-préfet de Sainte-Menehould en 1800, il le resta jusqu’en 1814. Napoléon le fit chevalier de la Légion d’honneur en 1807, et une légende veut que, lors d’un de ses passages à Sainte-Menehould, il ait dit au sous-préfet : « Monsieur Drouet, vous avez changé la face du monde. »

Quoi qu’il en soit, Drouet, au printemps de 1814, se distingua en organisant un corps de volontaires, et en le conduisant vers les défilés de l’Argonne, auprès de Varennes, pour en assurer la défense. Patriote de 1814, Drouet fut tout naturellement élu, en 1815, par la Marne, à la Chambre des Cent-Jours. Et en 1816, la loi dite d’amnistie le frappa d’exil. Mais, à plus de cinquante ans, Drouet décida de ne pas partir ; il se cacha sous un faux nom à Mâcon, successivement pâtissier et jardinier de confiance chez un ultra-royaliste à qui il lisait les journaux à haute voix, ce qui lui permettait de se tenir au courant de l’actualité politique. C’est sa compagne qui révéla son identité à la mairie de Mâcon, après sa mort.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article30188, notice DROUET Jean-Baptiste , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 25 juin 2018.

SOURCES : A. Kuscinski, Dictionnaire des Conventionnels, Paris, 1919. — Depuis cette date, nombre de glanes ont paru sur Drouet. dans les Annales historiques de la Révolution française, qui sans modifier la figure héroïque du personnage, sans rien lui retrancher de sa stature antique, ont ajouté quelques traits dont il a été tenu compte ci-dessus. Parmi ces glanes, il en est une de Gustave Laurent que Ferdinand Brunot a relevée dans son Histoire de la langue française : Drouet employa le mot « socialiste » dans une lettre qu’il rédigea au début du Consulat comme sous-préfet de Sainte-Menehould pour désigner un groupe de conspirateurs royalistes. En ce sens, « socialiste », que Drouet n’explicite pas, ce qui signifie sûrement qu’il était entendu généralement, le mot n’a pas fait la fortune qu’il fera trente ans plus tard dans le sens qu’on lui connaît. — Des biographies de Drouet à l’usage du grand public sont périodiquement publiées. Il y en a d’estimables ; aucune n’a vraiment de valeur scientifique.

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