DELUY Louis, Albin, Marius

Par Jean-Pierre Bonnet, Renaud Poulain-Argiolas

Né le 15 mai 1920 à La Roque-d’Anthéron (Bouches-du-Rhône), mort le 12 février 2017 à Miramas (Bouches-du-Rhône) ; cheminot, puis ouvrier et manœuvre ; militant et élu communiste de Miramas ; syndicaliste ; secrétaire adjoint du syndicat CGT des cheminots de Miramas ; révoqué de la SNCF en 1947 pour faits de grève, amnistié et réintégré en 1982 ; Président de l’Office Municipal des Sports de la commune.

Louis Deluy en 1983
Louis Deluy en 1983
Photo extraite de la profession de foi de sa liste électorale.

D’après le recensement de la population de 1931 à Miramas, Louis Deluy vivait dans le quartier de la gare avec sa famille : son père, Baptistin, Auguste, Marius Deluy, né à La Roque-d’Anthéron, cheminot chez PLM ; sa mère Magdeleine, Julie, Léa Moulinas, née à Orgon (Bouches-du-Rhône), sans profession ; et sa sœur Paulette, née en 1922 à La Roque-d’Anthéron.
Il prit conscience de l’injustice enfant lorsqu’on l’accusa à tort d’avoir saccagé le parterre de fleurs d’un voisin. Cette expérience lui fit connaître l’exclusion.

Titulaire du brevet élémentaire, il entra à la SNCF le 27 octobre 1941. Il fit en 1942 l’école du Mouvement, d’où il sortit classé deuxième avec des appréciations élogieuses. Il exerça ensuite à Miramas (Bouches-du-Rhône) en qualité de facteur. Secrétaire adjoint du syndicat CGT des cheminots de Miramas, il fut en première ligne lors des grèves de novembre-décembre 1947.
A défaut d’avoir été la grève la plus importante de l’histoire de la ville, elle fut une des plus marquantes. En 1935, avait été créé le Syndicat des Cheminots de Miramas, pour résister à une direction toute-puissante. En 1947, la grève fut suivie par 95% des cheminots. Louis Deluy participa à la grève dès le premier jour, achevant sa journée de travail à quatre heures du matin et enchaînant sans dormir. Les grévistes bloquèrent les trains en gare et "Solidarité cheminots" affréta des cars pour transporter les voyageurs jusqu’à Nice.
Deluy s’impliqua dans les collectes de soutien, l’organisation des manifestations, les prises de parole en début et en fin de journée pour faire le point sur l’état des mouvements. Les voies ferrées comme les routes furent barrées : le blocage était total et la situation quasiment révolutionnaire. On fit intervenir les forces de l’ordre pour faire cesser l’occupation du lieu de travail. Les femmes des grévistes firent alors évacuer le dépôt pour éviter les affrontements violents. La population montra son soutien aux cheminots, notamment en manifestant contre les forces de l’ordre et en organisant des soupes de solidarité.
Convoqué devant le conseil de discipline, Louis Deluy devait être déplacé et rétrogradé, mais une intervention extérieure le fit révoquer le 9 décembre.

Membre du PCF, il entra également en 1947 au conseil municipal dans l’équipe d’Isidore Blanc.
Après son exclusion de la SNCF, Louis Deluy eut une vie professionnelle rythmée par les licenciements que lui valaient ses activités de militant CGT. Il travailla successivement à la poudrerie nationale de Saint-Chamas (Bouches-du-Rhône), de mai 1949 à novembre 1950 comme surveillant de catalyse, puis comme ouvrier à Sud-Aviation, avant de devenir simple manœuvre dans le bâtiment, puis ouvrier d’entretien dans un établissement pour personnes âgées. Ces déclassements professionnels successifs étaient fréquents à l’époque chez les militants les plus engagés.

En 1981, suite à l’élection de François Mitterrand, une loi d’amnistie s’appliqua aux sanctions pour faits de grève datant de plus de trente ans. C’est le Ministre des Transports communiste, Charles Fiterman, qui fit rétablir dans leurs droits les cheminots révoqués et reconstituer leurs carrières. Deluy raconta en 1999 dans un entretien que lorsqu’il apprit la nouvelle, il ne put dormir de la nuit.
Le 12 mars 1982 fut une journée particulièrement émouvante pour lui. Une cérémonie eut lieu à la gare de Miramas pour sa réintégration, celle de Jean Ligé, tous les deux Miramasséens, et de deux cheminots d’autres villes. On remit à Deluy une casquette de chef de service pour lui faire donner devant une assistance le départ à un train, une action qu’il n’avait plus accomplie depuis 35 ans. Ligé dut lui aussi refaire les gestes qui lui avaient été interdits pendant plusieurs décennies.
Le secrétaire du syndicat CGT, Francis Nardy, rappela le courage des militants de la CGT de cette époque, qui avaient été licenciés, emprisonnés, rétrogradés, avant de faire par la suite l’expérience des emplois précaires. La foule se rendit enfin devant le Monument aux Morts de la guerre, où Roger Morard, secrétaire de l’UL CGT, rendit hommage à Pierre Semard, secrétaire de la CGT fusillé par les nazis en 1942.

Sur le plan politique, Louis Deluy s’était présenté sur la liste d’Union de la gauche menée par l’instituteur Georges Thorrand en 1977, avec qui il fit deux mandats successifs au conseil municipal jusqu’en 1989. Pendant toutes ces années il assura la présidence de l’Office Municipal des Sports de la ville.
A 79 ans, il confiait que les journaux L’Humanité et L’Équipe représentaient les principaux engagements de sa vie : pour sa commune et pour le sport. Il ajoutait qu’il n’avait toujours pas le téléphone et ne s’était jamais marié « pour des raisons d’indépendance ».

Son nom figure parmi les contributeurs à un ouvrage collectif paru en 2000 sur l’histoire de Miramas, Miramas à travers temps : Quand les anciens témoignent, dirigé par Séverine Justin et édité par l’association locale Vivre Notre Temps.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article3036, notice DELUY Louis, Albin, Marius par Jean-Pierre Bonnet, Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 8 novembre 2020, dernière modification le 22 novembre 2020.

Par Jean-Pierre Bonnet, Renaud Poulain-Argiolas

Louis Deluy en 1983
Louis Deluy en 1983
Photo extraite de la profession de foi de sa liste électorale.
12 mars 1982
12 mars 1982
Jean Ligé (à gauche) et Louis Deluy (à droite) en tête de cortège, le jour de leur réintégration à Miramas. Photo tirée de l’ouvrage Cheminots en Provence de Robert Mencherini et Jean Domenichino (collection Louis Deluy).
Cérémonie de réintégration de Louis Deluy à la SNCF
Cérémonie de réintégration de Louis Deluy à la SNCF
12 mars 1982. Pour célébrer sa réintégration, Louis Deluy donne le départ d’un train.

SOURCES : Arch. Fédération CGT des cheminots. — La Marseillaise, 13 mars 1982 (photo). — Robert Mencherini, Jean Domenichino, David Lamoureux, Cheminots en Provence. Des voix de la mémoire aux voies de l’avenir (1830-2001), Paris, La Vie du Rail, 2001, p. 184 (photo). — Notes de Robert Mencherini. — Séverine Justin (dir.), Miramas à travers temps : Quand les anciens témoignent, Association Vivre Notre Temps, 2000 (p. 109-110). — Données des sites Filae et Généanet. — Portraits de vies, portrait de ville, Ville de Miramas, 1999. — Miramas-Info, juin 1982.

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