AUFFRAY Charles [AUFFRAY Adrien, Charles]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 20 décembre 1887 à Marly-le-Roi (Seine-et-Oise, Yvelines), mort à Clichy-la-Garenne (Seine, Hauts-de-Seine) le 11 septembre 1957 ; ajusteur mécanicien aux chemins de fer, révoqué, ouvrier ajusteur en usine et marchand de vins ; militant du Parti communiste, du Parti ouvrier paysan puis du Parti d’unité prolétarienne ; maire de Clichy (1925-1941) ; conseiller général du canton de Clichy (1929-1935) ; député (1924-1928, 1932-1936).

Charles Auffray naquit en Seine-et-Oise dans une famille ouvrière (et non dans la famille de Jules Auffray député nationaliste, comme l’affirme Henry Coston qui le présente comme « violemment opposé aux idées de ses parents » - Dictionnaire de la politique française, t. 1, 1967). Son père était chef d’équipe aux chemins de fer et sa mère ménagère. Au sortir de l’école communale, il fut apprenti puis ouvrier dans l’industrie privée avant d’entrer, en 1911 (année de son mariage à Marly-le-Roi avec une repasseuse), à la Compagnie des chemins de fer de l’Etat, en qualité d’ajusteur mécanicien. « Il devint rapidement chauffeur et, ensuite, mécanicien de locomotive » (le Prolétaire de Clichy-Levallois, 24 avril 1936). Il adhéra immédiatement à la CGT. Un rapport de police situait son affiliation au Parti socialiste en 1912, mais, l’Humanité du 22 avril 1924 donna une date plus sûre : 1918. Son fils, René Auffray*, naquit le 31 août 1914 à Marly-le-Roi. On ignore ce que devint Auffray pendant la Première Guerre mondiale. Sa profession lui permit vraisemblablement d’être rapidement affecté spécial dans les chemins de fer. Un article de l’Aube sociale du 28 février 1930 nous indique qu’il aimait le jardinage et que dès 1916, cheminot disposant de temps, il avait loué un jardin à Chaville où il faisait pousser les légumes nécessaires à la subsistance de sa famille. Au moment des grandes grèves de 1920, il siégeait à la commission exécutive du syndicat des cheminots et assurait le secrétariat de la section des mécaniciens et chauffeurs du dépôt des Batignolles. Révoqué, il continua cependant son activité de syndicaliste cheminot pendant plusieurs années. Il siégea au conseil du syndicat unitaire des cheminots de Paris-Etat rive droite et représenta le dépôt des Batignolles au congrès de la Grande-aux-Belles en juillet 1925. Auffray travailla dans des usines métallurgiques de Clichy et de Saint-Ouen (Bouhey en 1924). Selon la police, il exploita un commerce de vins, entre 1923 et 1927, 27 rue Berzélius (XVIIe arr.).

Charles Auffray s’était rallié au Parti communiste lors de la scission de Tours (décembre 1920). La section de Clichy ne connut que cinq départs sur cent quatre-vingt-cinq cotisants, et, notait l’Humanité du 17 janvier 1921, dix nouveaux adhérents se présentèrent dans les premiers jours de janvier ; au cours de l’année 1921 deux cent cinq cartes et mille six cents timbres furent placés. Auffray fut candidat sans succès aux élections municipales partielles des 20 et 27 février 1921 (la liste communiste recueillit 3 420 et 4 000 voix de moyenne et celle de l’Union républicaine et socialiste, 4 243 et 4 214). Pour les élections législatives du 11 mai 1924, le Parti communiste décida de présenter essentiellement des militants ouvriers et de donner les listes de candidats par ordre alphabétique, à l’exception des députés sortants placés en tête. Auffray se trouva ainsi second de la liste communiste de la première circonscription de la Seine, derrière Marcel Cachin. Les électeurs envoyèrent au parlement un important groupe de députés communistes dont les noms commençaient par A, B ou C - voir René Adam*, député de la Seine. Avec 47 218 voix sur 226 852 inscrits et 196 986 votants, Charles Auffray fut un des trois élus de sa liste, aux côtés de Marcel Cachin* et R. Baranton*. Les représentants du peuple désignés au bénéfice de l’alphabet n’avaient pas, d’emblée, les qualités souhaitées de propagandiste. Albert Vassart a raconté dans ses « Souvenirs », qu’en 1924 : « à Charleville (Ardennes) le premier qui nous fut envoyé était Auffray, un cheminot plein de bonne volonté, mais incapable à l’époque de prononcer quatre phrases de suite. Il fallut refaire le coup de l’extinction de voix pour sauver les apparences ; c’est moi qui fis le discours et Auffray donna le signal des applaudissements (...) il se forma assez rapidement et devint maire de Clichy en 1925 » (texte inédit, p. 27). Auffray aurait suivi les cours de l’École de Bobigny en 1924 (selon Vassart). Il participa assez activement à la vie parlementaire : membre de la commission du travail, il s’intéressa particulièrement à la législation concernant les cheminots et prit part à la discussion sur l’amnistie. Aux élections législatives marquées par le retour au scrutin uninominal d’arrondissement, Charles Auffray se présenta dans la 7e circonscription de Saint-Denis (cantons de Clichy et Levallois-Perret). Il devança les autres candidats au premier tour de scrutin, avec 10 067 voix sur 32 067 inscrits (31,4 %) et 28 435 votants. Tous les autres candidats se retirèrent en faveur du socialiste SFIO. Louis Rouquier (présenté par la presse comme « candidat de concentration anticommuniste »). Il battit Auffray par 14 134 voix contre 11 881 (37,1 %) sur 27 536 votants.

Charles Auffray fut élu conseiller municipal de Clichy le 10 mai 1925 (2e sur 34), au deuxième tour des élections communales. Les communistes obtenaient la totalité des trente-deux sièges, Auffray arrivant en seconde position derrière Pierre Heurtaux. D’après l’Humanité les voix s’étaient réparties ainsi au premier tour (3 mai) : Bloc ouvrier et paysan 3 760, Bloc national 3 400, Bloc des gauches 2 400, républicains indépendants 759. Le conseil le désigna comme maire le 17 mai 1925. Le conseil de la préfecture considérant qu’il n’avait pas de domicile légal dans la localité (il avait seulement sous-loué, chez un camarade, une chambre qu’il n’habitait pas régulièrement) fit annuler son élection le 29 mars 1926. Cette sanction semble avoir contribué à sa popularité. Les électeurs de Clichy le renvoyèrent à l’hôtel de ville le 30 mai 1926 et les conseillers le réélurent maire le 5 mai 1926. Il logea dès lors 13, rue Payer puis 50, rue du Réservoir à Clichy, avant de s’installer au 96 (devenu 64), boulevard Jean-Jaurès en 1928 et 8, rue Dagobert en 1935. En juin 1926, il assista à Lille au congrès du Parti communiste (cf. Arch. Nat. F7/13090, Lille 1926). La population locale jugea positive son action municipale car, malgré l’échec aux élections législatives de 1928, elle réélut la liste communiste dès le premier tour, le 5 mai 1929 (1er sur 34). Auffray arrivait en tête avec 6 011 voix sur 13 745 inscrits et 11 877 votants (moyenne de la liste communiste 5 824, moyenne de la liste « républicaine et socialiste » 5 555 voix). Le 26 mai 1929 (premier tour), il conquit le mandat de conseiller général par 5 195 voix contre 1 795 à Pierre Heurtaux (son ancien adjoint), socialiste-communiste, conseiller sortant, et 1 664 à Quint socialiste SFIO, sur 13 733 inscrits et 8 727 votants. Il appartint à la première commission (Immeubles départementaux).

À la fin de l’année 1929, Auffray entra en conflit, avec le Parti communiste. Pour éclairer cette crise il faut revenir quelques années en arrière. Le 25 octobre 1925, il avait été un des 250 signataires de la « Lettre au Comité exécutif de l’Internationale communiste » appelée lettre des 250 - cf. tome 16. Les rédacteurs constataient : « nous sommes en pleine régression (...) après une année de « bolchevisation », et dénonçaient « les mégalomanes du BP et du CC ». Après cette violente critique, Auffray accepta la politique de son parti et conserva des fonctions, d’ailleurs modestes en dehors de ses mandats électoraux. Ainsi, en août 1927, il fut élu au Comité central de l’ARAC et, en 1928, il occupa la responsabilité de trésorier administrateur du journal l’Aube sociale. Lors des élections municipales de mai 1929, la direction du septième rayon de la région parisienne lui imposa Paul Négrin* dit Chapuis, employé à la Banque ouvrière et paysanne, comme adjoint. Celui-ci, partisan résolu du cours ultra-gauche, demanda l’épuration complète de la municipalité et se heurta vivement au premier adjoint, Maurice Naile. Auffray prit prétexte du renvoi de Négrin de la Banque ouvrière et paysanne pour l’expulser de la mairie, avec l’approbation de la majorité du conseil. Immédiatement le rayon procéda à l’exclusion de membres de la municipalité, le 1er octobre 1929. Le lendemain Auffray prit acte de la rupture. Le Comité central attribua, cinq ans plus tard, la responsabilité de cette affaire au « groupe Barbé-Celor » : « Ils précipitèrent l’exclusion d’Auffray, maire de Clichy et des six conseillers municipaux de Paris (voir Louis Castellaz*) sans tenir compte des intérêts du Parti et de la classe ouvrière » (Cahiers du Bolchevisme, 15 septembre 1934). Auffray riposta en tenant une réunion publique le 6 novembre 1929 et en créant un journal, Le Prolétaire de Clichy. Un important groupe d’exclus du Parti communiste fonda, le 22 décembre 1929 à Clichy, le Parti ouvrier-paysan (POP) Auffray signa la déclaration initiale avec vingt-six autres militants : Garchery, Louis Sellier, Altmayer, Arrighi, Bourlois, Capel, Castellaz, Chasseigne, Crespin, Delhomme, Dousset, Dunois, Dupire, Duteil, Faure, Gehin, Gélis, Gourdon, Guerbois, Joly, Legay, Naile, Camille-Renault, Robert, Jay et Vaquette. Le POP fusionna avec l’Union socialiste communiste le 21 décembre 1930, pour donner naissance au Parti d’unité prolétarienne (PUP) qui élut Auffray à son Comité central.

À Clichy, le fossé se creusait entre communistes et « socialistes-communistes » : en juin 1930, les sections locales du SRI et de l’ARAC exclurent Auffray de leurs rangs. Le maire de Clichy reconquit le siège de député aux élections des 1er et 8 mai 1932. Il obtint 5 760 voix au premier tour, sur 31 962 inscrits (18 %), 28 054 votants, et 8 623 voix au second tour (27 %). Il appartint aux commissions des Travaux publics (1932), des comptes définitifs et des économies (1934), de l’Armée (1935), déposa plusieurs propositions de loi tendant à améliorer le régime des assurances sociales des malades et des chômeurs (1933) puis rapporta une proposition de résolution sur l’admission de la batellerie au bénéfice des lois sociales.

Ne voulant pas cumuler les mandats, il ne se représenta pas aux élections du conseil général en mai 1935, mais soutint la candidature de son adjoint, Maurice Naile. Aux élections municipales du 5 mai 1935, la liste « pupiste » se plaça en tête avec 4 781 suffrages, devant la liste de droite 3 487, celles du Parti communiste 2 549 et de la SFIO 1 085 (selon l’Humanité du 6 mai 1935). Les socialistes et les communistes se désistèrent en faveur de la municipalité sortante qui fut réélue avec environ 7 500 voix, contre 3 500 à la liste de droite. Auffray était 10e sur 34. Les élections législatives du 26 avril 1936 témoignèrent d’une progression en voix et en pourcentage du candidat pupiste : 7 351 suffrages sur 33 111 inscrits (22,2 %) et 29 876 votants, mais le candidat communiste, Maurice Honel, le devança. Le maire de Clichy respecta la discipline du Front populaire dont il avait bénéficié aux municipales, et, se désista en faveur de M. Honel qui fut élu. La presse de droite avait fait un pronostic différent et annoncé que les « camarade Honel se désistera pour Auffray. En échange de ce désistement, ce dernier a promis, s’il est élu, de réintégrer le PC avec armes et bagages » (Le Journal de Saint-Denis, 7 mars 1936). Il est vrai que le Parti communiste, en la personne de son secrétaire général Maurice Thorez avait salué le « travail prolétarien en socialiste » d’Auffray et suggéré que s’il entrait au Parti il n’aurait pas de concurrent communiste à la députation. Tandis que son premier adjoint Maurice Naile rejoignait le Parti communiste, Auffray rallia le Parti socialiste SFIO avec la majorité du PUP (Le Prolétaire de Clichy-Levallois, 30 octobre 1936 : « Le Groupe d’unité ouvrière donne son adhésion au Parti socialiste). Son mandat de maire fut perturbé par les incidents meurtriers de Clichy, le 16 mars 1937. Le journal de Saint-Denis titre : « Pas besoin d’aller plus loin pour en trouver les responsables. Ce sont : Auffray, Naile et Honel. Qu’on les inculpe. » (20 mars 1937).

La Tribune républicaine de Boulogne-Billancourt du 4 août 1938 le qualifiait de « paulfauriste ». Il resta maire de Clichy jusqu’à sa destitution en 1941.

À la Libération, il demanda sa réintégration dans la municipalité provisoire mais le Comité local de libération l’évinça pour avoir accepté un poste au Secours national et pour avoir fait placarder dans la ville une affiche dénonçant la diffusion de tracts clandestins (Arch. Dép. Seine, 10441/64/2 n° 65).

Employé au Centre d’entraide française de Clichy après la Libération, il fit reparaître le Prolétaire de Clichy comme journal socialiste d’informations locales et municipales du Parti socialiste SFIO. Son fils René était maire adjoint de la ville. Nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1949, Charles Auffray mourut le 11 septembre 1957 et fut inhumé au cimetière de Clichy.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article306, notice AUFFRAY Charles [AUFFRAY Adrien, Charles] par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 17 septembre 2017.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. PPo. 393. — Arch. Dép. Seine, D 2 M2 n° 52, DM3 et Versement 10451/76/1. — Arch. Ass. Nat., résultats électoraux. — Arch. Jean Maitron, fiche biographique. — L’Humanité, 17 janvier 1921, 22 avril 1924 (biographie), mai 1925, mai 1929, mai 1935. — Ça ira, 1930. — Cahiers du Bolchevisme, 15 septembre 1934. — Collection du Prolétaire de Clichy-Levallois. — Fédération communiste de la Seine, Congrès fédéral trimestriel, 23 avril 1921. — Jean-Paul Brunet, thèse, op. cit. — Henry Coston, Dictionnaire de la politique française, t. I, 1967. — Le Conseil municipal : nos édiles, 1926, op. cit. — Jean Jolly, Dictionnaire des parlementaires français, t. I, op. cit.

ICONOGRAPHIE : Le Conseil municipal : nos édiles, 1926, p. 319.

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