FAIVRE Benoît [FAIVRE Pierre, Marie, Benoît]

Né à Besançon (Doubs) le 29 juin 1798, mort à Metz le 30 mai 1869. Saint-simonien, puis démocrate et socialiste chrétien.

Son père et sa mère étaient de Besançon et vinrent à Metz en 1804, son père ayant été nommé garde d’artillerie. Il eut un frère, peintre plus célèbre que lui, bien que lui-même eût du talent ; mais il vécut, surtout par modestie, de leçons de dessin qu’il donnait et que donnait avec lui sa femme, une Messine épousée en 1820. Il fit aussi des cours entre 1837 et 1841 à l’École centrale rabbinique de Metz.
Organisateur des saint-simoniens de Metz, il réunissait cent auditeurs au moins le 6 novembre 1831, faisait des causeries au Théâtre municipal en novembre et décembre 1831, louait un local, 5, rue de la Fonderie, vite trop petit, émigrait, 5, rue du Pontiffroy, dans le logement du tailleur Robert. Les auditeurs et les convaincus venaient de tous les milieux sociaux, de la classe ouvrière et de l’École d’application d’artillerie, de la jeunesse étudiante et de l’aristocratie. Il y avait aussi des femmes du monde.
En février 1832, Le Globe pouvait nommer Metz comme une des trois villes où fonctionnait à son gré une « Église ». Le mérite en revenait surtout à Faivre.
Membre de l’Académie de Metz, en sa qualité de peintre, Faivre lui proposa, en 1836 et 1837, d’ouvrir un Centre de recherches des moyens techniques permettant une amélioration culturelle et sociale. Il demandait que municipalité et Académie patronnent un enseignement post-scolaire du dessin à l’intention des ouvriers, des bibliothèques populaires, et aussi une « instruction gratuite d’enseignement mutuel ». Il voulait organiser ou réformer l’apprentissage et il exaltait dans une langue proche de celle de Saint-Simon les prolétaires « ces nouveaux héros obscurs destinés à surpasser les héros de la politique et de la guerre », prônant aussi comme Saint-Simon l’« union des producteurs » au sens le plus large et le travail, dénominateur commun des producteurs, comme « élément principal [...] de cette paix universelle qu’ont rêvée quelques philanthropes et qui se réalisera un jour, si le monde n’est pas... une grande mystification ».
En 1837, Lacordaire vint prêcher l’Avent à Metz. La fondation d’une filiale messine de la Société de Saint-Vincent-de-Paul s’ensuivit le 16 avril 1838. Faivre en fut dès le premier jour ; il la présida de 1847 à sa mort. À son rôle charitable qui avant sa présidence était considérable et qui le demeura sous sa présidence, il ajouta des fonctions d’éducation populaire, ouvrant quand la Société eut sa maison, 11, rue des Passementiers, une bibliothèque dans celle-ci et des cours non payants.
Devenu catholique, sans avoir renié le meilleur du saint-simonisme, qui n’était pas la religion de Saint-Simon, Faivre parlait de capacité et de tolérance, de liberté et de progrès, de paix surtout. Parmi ses devises, citons une des plus belles : « Se vaincre soi-même, se consumer dans l’amour de Dieu et de ses semblables. »
Philosophe chrétien et sociologue fidèle à l’« amélioration du sort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre », selon la formule de Saint-Simon, Faivre voulait « la paix sociale par l’association », « le bonheur de tous et de chacun », mais également la « confraternité », « au-dessus des dogmes religieux et des formes politiques », la paix du monde, pour tout dire. Ainsi appartint-il, à l’instar du Père Gratry, à la Ligue Internationale de la Paix, fondée par l’économiste Passy Frédéric.
Faivre, qui avait certainement subi l’influence de Reynaud Jean* — voir ce nom — et bien d’autres influences, ne rêvait, comme le dira son ami le Dr Bamberger — de confession mosaïque, futur député protestataire de la Moselle en 1871 — que « liberté de tous les peuples, flétrissure infligée à l’intolérance, perfectionnement graduel de l’humanité ».
Collaborateur du Courrier de la Moselle et de L’Indépendant de la Moselle, il y exprimait sa pensée sans aucun détour. Il disait, par exemple, le 10 juin 1852, dans L’Indépendant, que la misère des cantons mosellans de Bitche et de Volmunster, c’était « l’Irlande... à nos portes ». Le 14 mars 1868, il blâmait le projet d’édification d’une statue au maréchal Ney, et lui opposait une autre statue, allégorique celle-là, une statue de la France laborieuse et pacifique. Ses relations s’étendaient à tous les milieux, israélites, libres penseurs, protestants, républicains de toutes nuances. Après sa mort, son ami le Dr Bamberger devait créer la Ligue de l’Enseignement en Moselle et déclarer au même moment : « Les hommes de bien de tous les cultes et de tous les partis sont les héritiers légitimes des dernières pensées de Faivre. »
Quelques catholiques le trouvaient trop peu ferme dans sa foi, trop enclin à un syncrétisme moral sinon religieux. Il dut les désarmer dans une lettre à l’abbé Braye son confesseur, l’assurant de la qualité de son credo.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article30750, notice FAIVRE Benoît [FAIVRE Pierre, Marie, Benoît], version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

ŒUVRES : Outre les articles de journaux visés ci-dessus, Benoît Faivre a beaucoup écrit dans les Mémoires de l’Académie de Metz. (Voir les Tables de Thilloy et Fleur, 1908.) Il rédigeait aussi à peu près entièrement, de 1847 à 1868, les rapports annuels de la Conférence de Metz de la Société de Saint-Vincent-de-Paul.
Des manuscrits de Benoît Faivre se trouvent encore aux archives de l’Académie de Metz et aux archives départementales de la Moselle, série X 194.

SOURCES : Arch. Nat., F 19/11025 (École centrale rabbinique). — Arch. Dép. Moselle, X, 194. — Tous les travaux anciens sont périmés par ceux de Robert Decker. « Il y a cent ans, un Messin au grand cœur, Benoît Faivre », communication faite à Metz le 7 juin 1952 devant le congrès de la Fédération historique lorraine. Elle n’existe qu’en exemplaires dactylographiés de 16 pages mais ceux-ci ont été déposés aux archives départementales de la Moselle ; aux archives départementales du Doubs ; à l’Institut d’études lorraines de l’Université de Nancy ; enfin à Paris, à la Bibliothèque de l’Institut catholique.
Le même auteur prépare une biographie exhaustive de Faivre Benoît, probablement sous le titre : « Un témoin chrétien de la Démocratie et de la Paix. »

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