FEUGUERAY Henri

Mort du choléra, le 28 juillet 1854. Journaliste et publiciste. « Le plus catholique des buchéziens. »

Il fit ses débuts au Correspondant. En août et septembre 1844, il y publia une étude intitulée : « Le Catholicisme est-il hostile à l’industrie ? » Sans s’y montrer tout à fait buchézien, il espérait faire cesser le duel incessant du capital et du travail et organiser le travail. En 1845, toujours dans Le Correspondant, il commenta un important mandement de Mgr Giraud, évêque de Cambrai : « Le pain de l’âme et le pain du corps, voilà ce qu’en notre double qualité de catholiques et de Français nous sommes tenus d’assurer aux classes ouvrières. » Quelques mois plus tard, rendant compte des discussions sur l’organisation du travail, à l’Académie des Sciences morales et politiques, il blâmait le « laisser faire », prônait l’association dans le travail et les bénéfices en citant comme exemple la Société des bijoutiers en doré, créée en 1834 par les disciples de Buchez.
Il est possible que Feugueray, buchézien sans le savoir alors qu’il écrivait au Correspondant, ait été mis en contact avec Buchez lui-même en collaborant à L’Encyclopédie du XIXe siècle. Quoi qu’il en soit, il figurait, en 1847, parmi les rédacteurs de la Revue nationale. Dans le numéro du 20 avril 1848, il fut chargé d’expliquer pourquoi et comment les buchéziens étaient catholiques, et il demanda « la réalisation sociale du christianisme ». Il affirmait que les buchéziens n’étaient pas socialistes à la façon de Cabet, de Louis Blanc ou de Proudhon. Il fit partie du « Conseil d’encouragement pour les associations ouvrières », constitué par le ministère de l’Agriculture et du Commerce, à l’effet de répartir le crédit de 3 millions de francs alloué par la loi du 5 juillet 1848 (proposition Corbon). Il donna sa démission le 5 décembre, après avoir échoué dans ses tentatives pour restreindre les pouvoirs des gérants des associations subventionnées.
Il avait prêté personnellement 1.000 francs à l’Association des bijoutiers en doré, qui les lui remboursa en 1850.
À partir du 22 décembre 1848, Feugueray rejoignit l’équipe qui rédigeait L’Ère nouvelle et fut un des rédacteurs qui eurent les idées les plus précises. Le 11 février 1849, il donna un très important article : « Des Associations ouvrières. » Il y exprimait la plus pure doctrine buchézienne : « L’association seule [...] peut faire disparaître les injustices dont se plaignent avec raison aujourd’hui les salariés : leur dépendance à l’égard des patrons et des capitalistes, l’insuffisance de leurs salaires, l’impossibilité où ils se trouvent de pouvoir parvenir eux-mêmes à la possession des instruments et à la propriété. »
Sous son impulsion, L’Ère nouvelle devint complètement buchézienne avant d’être vendue, le 1er avril 1849, par son propriétaire et d’être rachetée par le légitimiste La Rochejaquelein qui voulut en faire un journal royaliste, ce qui entraîna le départ des principaux rédacteurs, dont Feugueray.
Celui-ci entra alors à la Revue des Réformes et du Progrès, qui eut 25 numéros hebdomadaires entre juin et décembre 1849.
Peu de temps avant le coup d’État du 2 décembre 1851, il publia une étude : L’Association ouvrière, industrielle et agricole, qui était la récapitulation de tout ce que l’école fouriériste avait écrit sur la question. Il y fixait les conditions qui, selon lui, devaient être obligatoirement remplies pour que l’association ait « une valeur réformatrice », à savoir : « La liberté des associés [...] La liberté de se retirer quand il voudra devra être laissée à chaque associé [...] l’égalité des associés devant une loi commune ; un recrutement perpétuel et obligatoire ; la perpétuité ou au moins la durée indéfinie de l’association ; l’indivisibilité du capital. »
À ses yeux, ce dernier point était le plus important de tous : « Le capital indivisible est le pivot autour duquel tout tourne dans l’association. Il est le levier à l’aide duquel elle remuera tout dans le vieux monde. C’est à lui qu’elle devra sa force, et c’est à lui aussi qu’elle devra sa durée [...] L’indivisibilité du capital social est la condition nécessaire de l’affranchissement des salariés. Les associés passent, mais l’association, qui subsiste, conserve son capital, et en le transmettant gratuitement aux ouvriers, de génération en génération, pour leur servir d’instrument de travail, elle les dispense de payer à personne ni intérêt ni loyer. C’est ainsi qu’elle bat sans cesse la rente en brèche. C’est par là que la propriété se transformera et que le capital tombera sous la dépendance et la domination du travail. Rayer d’un contrat l’indivisibilité du capital ce serait blesser l’institution dans son cœur et dans le centre même de sa vie. Qui y touche, touche à l’association elle-même. »
Quand Feugueray mourut du choléra, le 28 juillet 1864, Frédéric Morin écrivit : « M. Feugueray, catholique zélé, charmant esprit, cœur bon et pur, l’Ozanam du petit groupe qui entourait M. Buchez, est mort. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article30911, notice FEUGUERAY Henri, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

ŒUVRES : Le Catholicisme est-il hostile à l’industrie ? Paris, 1844, in-8°, 46 p. (tiré à part du Correspondant). — La République et la Commune. Association démocratique des Amis de la Constitution, Paris, 1849, in-16, 30 p. — L’Association ouvrière industrielle et agricole, Paris, 1851, in-8°, IV-276 p. — Essai sur les doctrines politiques de Saint-Thomas d’Aquin, précédé d’une notice sur la vie et les écrits de l’auteur, par M. Buchez, Paris, 1857, in-8°, XXVI — 263 p. — Articles dans Le Correspondant, L’Encyclopédie du XIXe siècle, la Revue nationale, L’Ère nouvelle, la Revue des Réformes et du Progrès.

SOURCES : J.-B. Duroselle, Les Débuts du catholicisme social en France (1822-1870). — J. Gaumont, Histoire générale de la Coopération en France, t. I, p. 211.

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