FLEURY Élisa

Par Philippe Darriulat

Née à Paris le 10 février 1795, morte à Paris le 28 décembre 1862. Chansonnière.

Élisa Fleury
Élisa Fleury
Cliché fourni par Philippe Darriulat

Eugène Baillet affirme, sans donner plus de précisions, qu’elle est née à Paris dans une « famille pauvre ». N’ayant jamais été à l’école elle apprend à lire grâce à une voisine brodeuse qui l’a fait entrer comme apprentie dans son atelier à l’âge de 12 ans. C’est là, en écoutant ses collègues chanter en travaillant, que son intérêt pour la chanson se serait révélé. Un mariage malheureux célébré en 1821 se termine par une séparation qui l’oblige à reprendre une activité professionnelle. Elle travaille alors au théâtre des Variétés où ses vers sont remarqués. Lorsque la direction de cet établissent change elle perd son emploi et doit reprendre, « vers 1832 », les travaux d’aiguille. Elle fréquente certainement dès cette époque les goguettes où ses qualités sont remarquées au point qu’elle devient, en 1834, la première et la seule femme à intégrer les rangs de la Lice chansonnière. Sa candidature aurait embarrassé les membres de cette société unanimement masculine, mais elle aurait emporté l’assentiment de ses confrères en leur lançant : « Messieurs, acceptez moi, je suis un bon garçon et il n’y aura qu’un camarade de plus parmi vous. » Toujours est-il qu’elle reste, jusqu’à sa mort en 1862, un des piliers de la plus prestigieuse des goguettes parisiennes. Elle n’a pas écrit de chansons où elle afficherait clairement ses convictions politiques, ses œuvres étant largement dominées par le genre sentimental (L’Artisan et les oiseaux, 1843) qui, dans l’esprit des chansonniers du XIXe siècle « convenait mieux » à une femme. Elle publie cependant un poème dans La Ruche populaire de Vinçard et deux textes dans les Poésies sociales des ouvriers d’Olinde Rodrigues : « Au Chansonnier » qui insiste sur le rôle de ces derniers pour rendre la vie moins dure aux ouvriers des deux sexes et « Le Havre », décrivant les charmes d’une ville du littoral. En 1854 l’éditeur Gabriel de Gonet réunit dans un volume – Album de poésies et chansons – une partie de ses compositions. Ce recueil est réédité en 1858 et 1859. A sa mort Charles Colmance lui dédie un titre paru dans ses Œuvres complètes : « Gazouillez alouettes ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article30990, notice FLEURY Élisa par Philippe Darriulat, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 24 août 2017.

Par Philippe Darriulat

Élisa Fleury
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Cliché fourni par Philippe Darriulat

SOURCES et bibliographie : AN, ABXIX 716 (collection Bachimont). — Eugène Baillet, De quelques ouvriers-poètes, biographies et souvenirs, Bassac, Plein-chant, 1994 [1898]. — Philippe Darriulat, La Muse du peuple, chansons sociales et politiques en France 1815-1871, Rennes, PUR, 2010. — Pierre-Léonce Imbert, La Goguette et les goguettiers, étude parisienne, 3e édition, Paris, 1873. — Alphonse Leclercq « Les Goguettes d’autrefois » dans Les Échos parisiens, artistiques et littéraires, n°3, 5 et 7, 1re année, juin, juillet et août 1873. — Jean Prugnot, Des voix ouvrières, Plein chant, 2016.

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