GENT Alphonse

Par Notice revue et complétée par R. Paris

Né le 27 octobre 1813 à Roquemaure (Gard), mort le 26 janvier 1894 à Paris. Avocat, commissaire du Gouvernement provisoire de 1848, journaliste, militant des sociétés secrètes.

Gent exerça le métier d’avocat, successivement à Nîmes et à Avignon, où il se fit remarquer par l’ardeur de ses convictions démocratiques. Après le 24 février, il fut nommé commissaire du Gouvernement provisoire en Vaucluse. Le 23 avril, il fut élu à la Constituante par ce département, mais l’élection fut invalidée : on accusa, en effet, Gent d’avoir usé de ses fonctions pour faire pression sur le corps électoral. Il fut réélu le 17 septembre 1848 et soutint, dans son département, des luttes politiques très vives, dont l’une aboutit à un duel avec un adversaire.
Gent ne fut pas réélu à la Législative en 1849. Il resta à Paris et collabora à La Révolution démocratique et sociale de Delescluze*. Il fut compromis lors de la journée du 13 juin 1849, mais la protection de Lacrosse, ministre des Travaux publics, lui permit d’échapper aux poursuites. Il vint alors à Lyon, pour défendre certains insurgés du mouvement lyonnais du 13 juin. Il obtint des acquittements et bénéficia de la sorte d’une certaine notoriété parmi les démocrates lyonnais. Il demeurait alors chez le traiteur Borel*, « Père » d’un compagnonnage, et les ouvriers lui servirent de prête-noms pour sa correspondance.
C’est à cette époque qu’il participa à la création de la société secrète la Nouvelle Montagne qui groupait de nombreux ouvriers. Voir André Jean-Baptiste, Honoré* Il serait parvenu à fédérer les sociétés secrètes de treize départements du Midi. Le serment d’initiation contenait le programme de la Nouvelle Montagne : « Moi, homme libre, je jure, au nom des martyrs de la liberté, d’armer mon bras contre la tyrannie tant politique que religieuse, et ce en tout temps et en tout lieu. Je jure de travailler à la propagande des lois démocratiques et de veiller à la propagande des lois démocratiques et sociales [il y a là, certainement une erreur dans cette formule recopiée d’après Tchernoff]. Je jure de donner assistance à un frère toutes les fois que les circonstances l’exigeront [...] par mes facultés physiques et morales. » Quand deux conjurés se rencontraient, ils échangeaient le dialogue suivant : « Connaissez-vous Marianne ? — Marianne de la Montagne. — L’heure ? — Va sonner. — Le droit ? — Au travail. — Le suffrage ? — Universel. — Dieu nous voit ? — Du haut de la Montagne. — Lyon ? — Lyon. »
Gent, appuyé par les éléments ouvriers de la Guillotière, chercha à imposer la direction de la société secrète aux députés ouvriers du Rhône : Joseph Benoît* (qui refusa), Greppo*, Faure* et Fond* qui acceptèrent. Une réunion, qui eut lieu dans la Drôme sous la présidence de Gent, les 29 et 30 juin 1850, et qu’on appela le « Congrès de Valence », détermina des poursuites devant le conseil de guerre de Lyon. Ce fut l’affaire connue sous le nom de « Complot de Lyon ». En août 1851, 37 prévenus présents et 12 contumaces furent jugés et presque tous condamnés à de lourdes peines de prison. On appliqua, rétroactivement, à Gent et à deux de ses complices : Longomazino* et Ode* (ou Odi), la loi du 8 juin 1850 qui permettait de les transporter à Nouka-Hiva, une des îles Marquises. On accorda à Gent l’autorisation d’emmener sa famille, et il fut le seul à pouvoir bénéficier de cette faveur. Il fut, ainsi que Ode et Longomazino, dirigé d’abord sur Paris, puis écroué au château de Brest, avant de prendre passage sur la corvette la Moselle qui devait les transporter en Océanie (20 décembre 1851).
La légende veut qu’il s’en fût évadé pour se réfugier au Chili. Selon G. Weill, « sa peine fut commuée en bannissement » et Gent qui « pendant sa captivité aux îles Marquises, avait appris l’espagnol dans un Don Quichotte offert par un officier anglais de passage » se rendit au Chili où il s’établit « comme avocat ». Arrivé à Valparaiso, il y reprit, rapporte M. Segall, « son activité politique, en conformité avec ses principes maçonniques : il réorganisa les loges chiliennes, et indirectement celles d’Argentine. (...) La première réunion organisée par Gent eu lieu le 14 juillet 1850 (1860 ?) à l’occasion de l’anniversaire de la prise de la Bastille ».
Du Chili, Gent repartit ensuite pour l’Espagne où « des journaux français le prirent comme correspondant » (G. Weill). Il rentra en France à la fin de l’Empire.
Lors des élections de 1869, La Réforme proposa de voter pour Gent ainsi que pour Rochefort, Ledru-Rollin et Félix Pyat, mais Gent ne fit pas acte de candidature, du moins dans la Seine, car il affronta, sans succès d’ailleurs, les électeurs de Vaucluse avec le soutien du Démocrate du Midi. Peu après, il fut de nouveau candidat aux élections complémentaires qui eurent lieu dans la Seine, pour remplacer Jules Simon qui avait opté pour une autre circonscription. Il n’obtint pas plus de succès.
En novembre 1871, Gambetta, qui était son ami, le nomma préfet des Bouches-du-Rhône avec mission de mettre fin à la Commune révolutionnaire de Marseille, tâche dont il se serait acquitté « avec un grand sang-froid », quoiqu’ayant été blessé par des « forcenés ». Député du Vaucluse de 1876 à 1882, Gent soutint, vers la fin de sa vie, les idées du parti radical. Sénateur de 1882 jusqu’à sa mort, il siégea avec les « opportunistes ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article31572, notice GENT Alphonse par Notice revue et complétée par R. Paris, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

Par Notice revue et complétée par R. Paris

SOURCES : Bibl. Nat., A. Gent, Préfecture des Bouches-du-Rône, Proclamation (5 novembre 1870), Marseille, impr. de Doucet (Fol. Lb 57/728). — Arch. de la Marine, Brest, Correspondance du préfet maritime. — Le Petit Vauclusien, 29 et 30 janvier 1894 (nécrologie). — A. Robert, E. Bourleton, G. Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1789-1889, Paris, Borl, 1891. — Georges Weil, Histoire du Parti Républicain en France (1814-1870), Paris, Félix Alcan, 1928. — Dutacq, notes dans le Bulletin de la Société d’histoire de 1848, t. 21, p. 345 et t. 22, p. 403. — M. Dessal, « Le complot de Lyon et la résistance au coup d’État dans les départements du Sud-Est » (1848. Revue des Révolutions contemporaines, décembre 1951, n° 189, p. 83-96). — I. Tchernoff, Le Parti républicain au coup d’État et sous le Second Empire. — M. Segall, « En Amérique latine : Développement du mouvement ouvrier et proscription », International Reviex of Social History, 1971

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