GERMAIN Charles, Antoine, Guillaume

Né le 20 septembre 1770 à Narbonne (Aude), mort sous la Restauration, ou sous la monarchie de Juillet, en 1835. Babouviste.

Son père, selon son acte de baptême, était, en 1770, « conseiller du roi et contrôleur du grenier à sel de Senlis ». Il se nommait messire Philippe Nicolas Germain et avait épousé Julie Dantan.

Il est impossible en l’état actuel de la documentation de retracer la carrière exacte de Germain Charles avant le babouvisme ou après le babouvisme. Elle est en effet confondue généralement avec celle du député aux Cinq-Cents, Germain (de Viroflay), élu de Seine-et-Oise à cette assemblée, et auparavant aux assemblées du département, républicain solide sans être aucunement communiste, invalidé comme « exclusif », comme « anarchiste », après les élections de l’an VI, libéral d’avant-garde sous la Restauration.

Germain Charles s’engagea en 1790 ; il devint lieutenant de hussards, fut blessé, destitué et emprisonné dans l’été 1794, pourvu d’un congé de réforme sans doute à la fin de 1794. On le rencontre sans ambiguïté, dans l’été de 1795, à la prison des Baudets, à Arras. Il a été arrêté pour avoir apostrophé un muscadin à la Convention. On possède de lui une pièce de vers datée du 26 floréal an III ; ce sont des vers républicains ni meilleurs ni pires que la plupart des vers de l’époque. C’est aux Baudets, en 1795, qu’il fit connaissance de Babeuf et de quantité de futurs babouvistes comme Taffoureau.

Amnistié à la fin de la Convention, il rentra à Paris au début du Directoire, fréquenta le club du Panthéon, attaqua les gouvernants thermidoriens qui se perpétuaient sous un nouveau nom, dénonça leurs compromissions avec les ennemis de la République. Il joua un grand rôle dans l’organisation de la conjuration des Égaux, sur le plan militaire en particulier, sans qu’on puisse dire exactement s’il adhéra au communisme de Babeuf* et de Buonarroti* ou s’il demeura seulement jacobin et montagnard, partisan de mesures exceptionnelles de contrainte économique pour faire vivre le peuple durant la crise des subsistances.

Arrêté en même temps que Babeuf, en mai 1796, il échappa tout juste à la condamnation à mort à Vendôme un an plus tard. Destiné à être déporté outre-mer, ce qui le conduisit au bord du suicide en juillet 1797, il fut à ce moment, ainsi que Blondeau*, Buonarroti, Cazin* et Moroy*, comme lui condamnés à la déportation aux colonies, en attendant que les Anglais relâchent leur surveillance sur l’océan, interné à l’île Pelée, au large de Cherbourg. Ils y demeurèrent tous jusqu’en avril 1800, furent transférés à l’île d’Oléron, où ils séjournèrent jusqu’à la fin de 1802.

Charles Germain aurait été alors le seul à avoir été transporté à Cayenne. Là, il se serait engagé en 1806 sur un corsaire attaquant la flotte anglaise au large de la Guyane. Il aurait été fait prisonnier avec l’équipage du corsaire, en 1810, par les Anglais, et aurait prêché à ses codétenus l’amour de la République et la haine de Bonaparte. En 1814, il serait rentré en France avec les autres prisonniers de guerre.

La version qui veut qu’alors il ait vécu jusqu’en 1827 (?) ou jusqu’en 1835 (?) dans la région de Versailles, comme celle qui en faisait un citoyen de Versailles, de 1789 à 1792, est trop gâtée par la confusion implicite avec Germain (de Viroflay) pour qu’on lui attache une importance quelconque.

L’examen des Fastes civils des Français, publication de 1820 d’inspiration démocratique en trois gros volumes, faisant connaître discrètement l’histoire vraie de la Grande Révolution, ne permet pas d’affirmer, comme certains le prétendent, qu’il y ait collaboré.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article31621, notice GERMAIN Charles, Antoine, Guillaume, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 5 février 2020.

œUVRE : Le Catalogue général des Imprimés de la Bibliothèque Nationale confondant les écrits de Germain Charles et ceux de Germain (de Viroflay), il convient de restituer à Germain Charles ses œuvres propres. Ce sont : Discours prononcé par Ch. Germain devant la Haute Cour de justice, (Paris), imprimerie de Lebois, s. d. (1797), in-8°, 15 pp. — Liberté, Égalité. Pétition des soussignés (Ch. Germain, Buonarroti, Moroy et Blondeau), condamnés par la Haute Cour de justice séant à Vendôme au Corps législatif (26 messidor an VII), Paris, imprimerie de Lamberté, (s. d. [1799], in-8°, 38 pages.)

SOURCES : Il y a une abondante documentation sur les cinq déportés de l’île Pelée et d’Oléron aux Arch. Nat. : F 16/582 et F 7/7291. L’essentiel de ces dossiers a été publié dans les Annales historiques de la Révolution française, en 1961, par les soins de Jean Dautry*. — Voir aussi du même auteur sa contribution au « Recueil Babeuf » (en russe) dans Annuaire des Études françaises, Moscou, 1960. — Les biographies de Germain Ch. connues jusqu’ici sont : A. Advielle, « Charles Germain, disciple des Babouvistes », dans La Révolution française, t. VIII (1885), pp. 804-807, et A. Fourès, Les Hommes de l’Aude, Narbonne, 1891, pp. 191-194. C’est Fourès qui confond systématiquement les deux Germain. Quant à Advielle, il croyait aussi Germain Charles décédé dans la région de Versailles, vers 1835, mais faisait appel à la famille pour savoir s’il subsistait des papiers de l’ancêtre babouviste et pour connaître le lieu et la date précis de son décès. Sera-t-il permis de suggérer, pour terminer, que Alexandre Charles Germain, né à Paris le 14 décembre 1809, mort à Montpellier, doyen honoraire de la Faculté des Lettres, le 26 janvier 1887, ancien élève de l’École normale supérieure (promotion 1830), professeur d’histoire et historien du Languedoc, toujours consulté, pourrait être un de ses parents, sinon son fils ? En ce cas, la belle histoire de guerre de course entre l’Amazone et la mer des Caraïbes, qui ne repose sur aucun document, serait à rejeter comme une légende tissée autour d’un homme dont nul n’a jamais contesté le courage. Incidemment, Maurice Dommanget a dit ce qu’il savait de Germain, dans Babeuf et la Conjuration des Égaux, Paris, 1922, pp. 22-24, et dans Pages choisies de Babeuf, Paris 1935, p. 204, note.

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