GILIBERT Joannès, dit Forézien-le-Prévoyant

Mort en 1893. Compagnon tisseur ferrandinier de Saint-Étienne (Loire). Il se retira à Saint-Genest-Lerpt (Loire) et y fut conseiller municipal sur la fin de sa vie.
Il avait été victime d’une agression brutale, en sa qualité de compagnon ferrandinier du Devoir, de la part de ferrandiniers du compagnonnage rival ou Marpeaux (terme qui avait à peu près le sens de lourdaud, qu’il a conservé dans certains patois de langue d’oil du Massif central). L’aventure, loin de lui inspirer des pensées vengeresses, lui fit rimer des vers sans doute détestables mais pleins d’intentions réconciliatrices, en une espèce de fable où il se donnait d’un bout à l’autre le beau rôle.
C’était Le choc et la paix (sur l’air de Polonais, à la baïonnette).
Ma gourde est pleine et mon sac est garni,
La canne en main, le cœur plein d’espérance,
Avec ardeur je quittai chaque ami,
Mes bons parents et mon lieu de naissance.
Dans un premier émoi,
Le plaisir naît en moi,
Sur le commun chemin,
Je voyageais sans peine,
Dans maintes vertes plaines,
Joyeux et sans chagrin,
Je chantais ce refrain :
Compagnons de toute nuance,
Abjurons querelle et combats ;
Sur le sentier du tour de France,
Que l’alliance termine nos débats.
......
J’étais déjà au comble du bonheur,
Quand sur mes pas un compagnon s’élance
En s’écriant d’un ton provocateur :
Tope ! À ce mot, sans plus de résistance,
Il fallut s’arrêter,
Combattre et triompher,
Et d’un choc vigoureux
Nos cannes retentissent,
Nos visages pâlissent ;
C’est à qui de nous deux
Sera victorieux.
Fatalité ! murmurai-je tout bas,
Faut-il enfin que l’un de nous succombe ?
Grâce au destin que je ne maudis pas,
Mon ennemi faiblit, chancelle et tombe.
Son regard égaré,
Par mes soins rassuré,
Ma gourde et sa liqueur
Raniment son courage,
Fallait-il davantage
Pour qu’un agresseur
Répète avec douceur :
Ami, dit-il, compagnon généreux,
Ce que je vois surpasse ma croyance ;
Tandis qu’à vous, je viens en furieux,
Votre bon cœur soulage ma souffrance.
De par mon repentir,
Je jure à l’avenir,
Aide et protection
À tout compagnonnage.
Je veux mettre en usage
La sublime leçon
De paix et d’union.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article31669, notice GILIBERT Joannès, dit Forézien-le-Prévoyant , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 18 octobre 2017.

SOURCE : J.-F. Gonon, Histoire de la chanson stéphanoise et forézienne, Saint-Étienne, 1906, p. 96.

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