DESSANG Louis, Marius

Par André Balent

Né le 30 mai 1876 à Agde (Hérault), mort le 31 août 1926 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; cheminot ; militant radical-socialiste et cégétiste des Pyrénées-Orientales.

Louis Dessang fit la guerre de 1914-1918 dans la marine. Cheminot à la Compagnie du Midi, en poste à la gare de Perpignan (Pyrénées-Orientales), il occupait au début de l’année 1920, un emploi de surveillant-chef.
En 1919, Louis Dessang était radical-socialiste. Aux élections municipales de novembre 1919, il fut candidat à Perpignan. Au premier tour de scrutin, il se présenta dans le cadre de la liste d’« Union radicale-socialiste » et obtint 1 326 suffrages. Au second tour, à l’issue duquel il fut élu avec 3 411 voix, il figurait parmi les candidats de la liste des « républicains de gauche », constituée entre les deux tours, par les candidats les mieux placés des listes d’« Union radicale-socialiste » et « socialiste et syndicaliste ». En mars 1920, divers rapports (du commissaire spécial de Perpignan au préfet) signalaient encore que Louis Dessang était radical-socialiste. Mais il devait peu après adhérer au Parti socialiste. Il participa activement aux débats sur l’adhésion du Parti socialiste à l’Internationale communiste. Favorable aux thèses longuettistes, il refusa de suivre la majorité de la section de Perpignan qui, le 20 novembre 1920, se prononça en faveur de l’adhésion à l’IC — voir notamment : Jean-François Charvet* ; Alfred Soubielle* ; Jean Payra*. Comme beaucoup de syndicalistes perpignanais, Louis Dessang n’admettait pas la subordination « des socialistes qui sont au sein des syndicats » au parti, subordination à laquelle faisait allusion Sigismond Moszkowski*, partisan déterminé de l’adhésion (Le Cri Catalan, 11 septembre 1920). Après le congrès de Tours, Louis Dessang demeura dans les rangs de la SFIO. En 1925 (scrutin du 6 mai) il ne se représenta pas aux élections municipales à Perpignan (liste du « Cartel des gauches » où figuraient de nombreux socialistes).
En 1920, Louis Dessang était le secrétaire de l’important syndicat CGT des cheminots de Perpignan — voir Léonce Raynaud, Édouard Tournaire, Sébastien Xéridat. Syndicaliste modéré, il était très représentatif des cheminots perpignanais, qui à la différence de leurs camarades de Cerbère ou de Villefranche-de-Conflent, autres grands centres ferroviaires du département, ont pendant longtemps manifesté leur soutien aux tendances réformistes du mouvement syndical — voir Bessière. Dès la fin du mois de février 1920, les cheminots de Perpignan et des Pyrénées-Orientales se posaient le problème de la grève. Il s’agissait pour eux d’affirmer non seulement leur solidarité avec les cheminots des autres réseaux, ceux du PLM en particulier, mais aussi de faire aboutir des revendications particulières aux employés de la Compagnie du Midi (journée de huit heures qui n’était pas encore appliquée à tous les cheminots de cette compagnie ; rétablissement de l’indemnité spéciale de vie chère qui avait été intégrée dans le traitement). La grève fut décidée à compter du 2 mars 1920 par l’écrasante majorité des cheminots perpignanais présents dans la soirée du 1er mars à la Bourse du Travail de Perpignan (votants : 245 ; pour la grève : 183 ; contre la grève : 3 ; abstentions : 51 ; nuls : 3). Au cours de cette réunion, Louis Dessang proposa à ses camarades « qu’ils consentent à assurer le service d’un train de ravitaillement par jour sur chacune des lignes qui aboutissent à Perpignan ». Si cette proposition était rejetée par l’assemblée des cheminots, il annonçait qu’il refuserait « de se solidariser avec les grévistes ». Après que la grève eût été votée, il déclara que les cheminots « avaient le devoir d’assurer la sécurité des voyageurs avant d’abandonner le travail [...]. Dans cette circonstance, l’attitude de M. Dessang a été courageuse et très utile pour calmer les agités » (extraits de deux rapports du commissaire spécial de Perpignan au préfet des Pyrénées-Orientales datés tous deux du 1er mars 1920). Le préfet crut devoir, dans une lettre au ministre de l’Intérieur, 3 mars 1920, « signaler l’attitude courageuse de M. Dessang [...] qui pendant la réunion syndicale [...] fit tous ses efforts pour empêcher ses camarades de décider la cessation du travail et obtint que, dans tous les cas, la marche d’un train de ravitaillement par jour sur toutes les lignes du département serait assurée. Il serait désirable que l’attitude de M. Dessang fût signalée à la direction de la Cie du Midi qui a en lui un excellent agent ». Le 2 mars 1920, au cours de deux réunions, Louis Dessang, en compagnie de Édouard Tournaire, s’adressa à nouveau à 650 cheminots de Perpignan et des Pyrénées-Orientales. Il leur recommanda « de ne manifester aucune impatience » et « de faire que l’opinion publique leur soit favorable ». Toutefois, au cours de la seconde réunion, arriva un télégramme de la CGT qui fut lu devant l’assemblée et dont le contenu donna pleinement satisfaction aux cheminots qui cessèrent la grève (rapport du commissaire central de Perpignan au préfet, 3 mars 1920).
La grève de mars 1920 ne faisait cependant qu’annoncer la grande grève générale des cheminots de mai 1920 que ceux de la Compagnie du Midi poursuivirent jusqu’au début du mois de juin. Secrétaire syndical, Louis Dessang fut, en dépit de ses positions modérées, pleinement impliqué dans cette grande lutte qui ne reçut qu’un soutien mitigé de la part de la direction départementale du Parti socialiste — voir Jean-François Charvet*. Il fut révoqué de son emploi de cheminot.
Il travailla ensuite comme employé de commerce à Perpignan et milita activement dans le syndicat CGT des employés de commerce des deux sexes de cette ville. Il fut, ainsi qu’un autre cheminot révoqué, reconverti dans le commerce, Sébastien Xéridat, délégué suppléant du syndicat des employés de commerce au Comité général de la Bourse du Travail de Perpignan.
En 1925 et en 1926, il adhérait à nouveau au syndicat confédéré des cheminots, bien qu’il n’ait pas été réintégré dans les cadres de la Compagnie des chemins de fer du Midi. En effet, le syndicat confédéré des cheminots, affaibli par la répression des grèves de 1920 et la scission syndicale de 1922 — voir Eugène Dupré —, était squelettique et quelques retraités ou révoqués aidés par quelques rares cheminots en activité firent tout ce qui était en leur pouvoir afin de le maintenir en vie. En 1925 et en 1926 Louis Dessang et Millau (ou Milhau ?) furent les délégués suppléants du syndicat confédéré des cheminots de Perpignan à la Bourse du Travail de cette ville.
Le 27 février 1926, Louis Dessang fut élu président de l’Amicale des anciens marins à laquelle il avait donné son adhésion.
Malade, il mourut à Perpignan le 31 août 1926.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article3198, notice DESSANG Louis, Marius par André Balent, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 27 novembre 2014.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, 7 S, 4 (« travaux publics » ; affaires concernant les chemins de fer, tableaux de marche des trains, grèves des cheminots, etc., 1857-1920) rapports cités dans la présente biographie (grève de mars 1920). — Le Cri Catalan, hebdomadaire (officieux) de la Fédération socialiste des Pyrénées-Orientales (1918-1926). — L’Action syndicale (bulletin mensuel des syndicats confédérés de Perpignan et des Pyrénées-Orientales), février 1922, février 1925, février 1926. — Horace Chauvet, La Politique roussillonnaise (de 1870 à nos jours), Perpignan, 1934. — État civil de Perpignan.

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