GUINDORF Marie-Reine, épouse FLICHY

Par Notice revue et complétée par Laurence Dupérier

Née vers 1812, morte en 1837 ; saint-simonienne, elle s’intéressa aussi au fouriérisme.

Née avant le 2 juin 1817 du premier mariage de Pierre Guindorff*, tourneur sur métaux saint-simonien, elle fut formée par Eugénie Niboyet* et entra fort jeune dans la famille saint-simonienne : à 19 ans, elle appartenait déjà au « degré industriel » de la hiérarchie saint-simonienne. Le 8 janvier 1832, elle lut devant cette instance saint-simonienne une profession de foi en faveur de l’émancipation des prolétaires et des femmes.
Le 10 août 1832, elle fonda avec Désirée Véret* La Femme libre, le journal des prolétaires saint-simoniennes, qui constituait une forme de réponse au « silence » imposé aux femmes par Prosper Enfantin*. Dans le premier numéro, Marie-Reine lança un appel à l’affranchissement où elle démontrait qu’il appartient aux femmes d’acquérir leur liberté et de conquérir leur émancipation : « Nous élevons la voix pour appeler toutes les femmes à venir réclamer avec nous la place que nous devons occuper dans le temple, dans l’état et dans la famille ».
Dès le début, les idées de Marie-Reine Guindorf sur la liberté des femmes furent fermement énoncées : elle réclamait la liberté dans le mariage et surtout l’égalité, condition nécessaire de la « liberté vraie ». D’autre part elle élabora une large réflexion sur l’inégalité des femmes au travail. Marie-Reine dénonçait l’insuffisance du salaire féminin qui causait la dépendance matérielle des femmes envers les hommes.
Mais chez Mlle Guindorf, l’émancipation des femmes passait surtout par une lutte pour l’égalité dans l’éducation. Scandalisée par le projet Guizot, elle intervint en 1833 (septembre ou octobre) à la société des méthodes d’enseignement afin de réclamer des établissements publics pour les jeunes filles pauvres. Son projet n’aboutit pas, mais la demande de certaines était si pressante que M.-R Guindorf assura chaque soir des cours pour les femmes du peuple, à la société d’instruction populaire.
La Femme libre devenue La Femme nouvelle puis La Tribune des femmes ne résista pas aux pressions et s’arrêta en avril 1834.
Marie-Reine Guindorf épousa le 20 septembre 1834 Constant Flichy, dont elle eut un fils. Elle l’aurait ensuite quitté pour suivre Raymond Brucker, propagandiste fouriériste, marié et père de famille.
Après le fol espoir né au début des années 1830, Marie-Reine Guindorf qui supportait de plus en plus mal l’impossibilité faite aux femmes de « faire de grandes choses », se suicida en se jetant dans la Seine à la fin de mois de juin 1837 selon Suzanne Voilquin. On retrouva son corps le 1er juillet 1837, date retenue pour son décès faute de mieux.
Son fils Édouard, resté célibataire, mourut le 28 septembre 1907 à Paris.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article32236, notice GUINDORF Marie-Reine, épouse FLICHY par Notice revue et complétée par Laurence Dupérier, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 15 novembre 2021.

Par Notice revue et complétée par Laurence Dupérier

SOURCES : État civil. – Bibliothèque de l’Arsenal, Fonds Enfantin, ms. 7815/83 et 7816/121. — Le Globe, 15 janvier 1832. — Suzanne Voilquin, Souvenirs d’une fille du peuple, ou la Saint-Simonienne en Égypte, éd. originale, Paris, 1866. — Marguerite Thibert, Le féminisme dans le socialisme français de 1830 à 1870, Paris, M. Giard, 1926. — Mme Harlor, Revue de L’Histoire de la Révolution de 48, juin 1937, n° 161. — Laure Adler, A l’aube du féminisme, les premières journalistes, Paris, Payot, 1979. — Michèle Riot-Sarcey, La démocratie à l’épreuve des femmes, Albin Michel, Paris, 1994. — Notes de Jacques Grandjonc et Jean-Pierre Bonnet.

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