HÉRONVILLE Laurent, Jean-Baptiste

Né le 6 septembre 1802 à Paris ; ouvrier cordonnier, puis libraire parisien ; animateur des luttes de la corporation des cordonniers-bottiers. Fouriériste.

Fils de cuisinier, il travailla comme ouvrier cordonnier de 1815 jusqu’en 1838. Il épousa, en juillet 1830, une cuisinière analphabète ; mais en 1846, sans doute grâce à l’aide de son mari, elle fut capable de rédiger un testament olographe faisant de lui son légataire universel.

Héronville était probablement un autodidacte. Une courte biographie datant de 1848 précise que « toutes ses tendances ont été dirigées vers le but de l’organisation du travail, que l’expérience d’une longue pratique, jointe aux connaissances théoriques qu’il a puisées dans les discours de la Convention, dans Gracchus Babeuf*, Owen, Claude-Henri Saint-Simon* Charles Fourier*, Louis Blanc*, lui ont fait entrevoir. »

En fait, il fut un ardent fouriériste. Le 1er janvier 1839, La Phalange le décrivait comme « un de nos amis les plus dévoués » soulignant qu’il avait eu, l’année précédente, l’ « heureuse idée » d’ouvrir « une librairie sociale » au 4, rue de l’École-de-Médecine, où il vendait les publications de l’école sociétaire. Quelques mois plus tard, le 14 juin 1839, Héronville informa les autorités de son intention de publier un journal intitulé Le Nouveau Monde, qui serait consacré au développement de la théorie de Fourier. Les autorités ne furent certes pas dupes : le véritable rédacteur de cette feuille était un fouriériste opposé à Victor Considerant*, le Polonais Jean Czynski,* avec lequel Héronville était très lié, et qui avait publié en 1839 une brochure intitulée Avenir des ouvriers.

Le 4 juillet 1840, Héronville fut condamné en correctionnelle à un mois de prison et à une amende de deux cents francs pour avoir traité de matières politiques alors que le journal n’avait pas fourni de cautionnement. Écroué à la prison de Sainte-Pélagie du 29 septembre au 29 octobre 1840, Héronville se fit remarquer en distribuant des brochures fouriéristes aux autres détenus.

En 1840, des grèves touchèrent plusieurs corps de métiers parisiens, dont les cordonniers. À sa sortie de prison, Héronville devint le gérant d’une association ouvrière à la demande des ouvriers de sa corporation (il avait déjà tenté en 1831 de fonder une association ouvrière, mais avait dû renoncer à cause des tracasseries de la police). Il allait occuper cette position pendant plus de sept ans.

Durant toute cette période, la Société laborieuse des cordonniers-bottiers ne fut pas une mutuelle ordinaire. Les allocations de maladie et les pensions de vieillesse y avaient moins d’importance que la garantie contre le chômage involontaire. En outre, la Société ne se limita pas à cent ou deux cents membres — comme ce fut le cas de toutes les sociétés ouvrières de l’époque — , mais fit appel à tous les cordonniers-bottiers de la capitale. Le but ultime était de les convertir au socialisme, parce que « si la voix de l’humanité se fait encore entendre dans ce malheureux siècle d’égoïsme, certes ce sera toujours parmi nous, pauvres ouvriers. » (À Messieurs les ouvriers cordonniers bottiers, appel signé Héronville, slnd)

En dépit de ses ambitions grandioses, les activités quotidiennes de la Société Laborieuse restèrent en pratique limitées au recrutement de nouveaux membres et à la distribution de secours. La Société compta entre 441 membres (au 1er avril 1845) et 686 membres (au 1er avril 1842). De 1840 à 1847, en échange d’un salaire de 1 200 francs par an, Laurent Héronville géra la Société et dirigea le bureau de placement pour chômeurs, réalisant au total environ soixante mille placements. En décembre 1847, Héronville démissionna, sans que les raisons exactes ayant motivé sa décision soient connues.

En février 1848, il était membre de la Garde nationale de Paris, dans la compagnie Jouanne de la Troisième légion. Le 24 février, sur la place du Palais-Royal, cette légion se rallia aux insurgés. Président de l’obscur Club républicain des ouvriers cordonniers-bottiers, Héronville essaya de jouer un rôle politique. Il se présenta en avril 1848, comme candidat à la Constituante, avec le soutien du Club des socialistes unis, de tendance fouriériste. Il ne recueillit toutefois que 155 voix dans Paris intra-muros et 31 à Sceaux. Il habitait alors 7, rue Ticquetonne.

Il fut aussi l’un des artisans de la transformation de la Société en Société laborieuse et fraternelle après sa fusion en avril 1848 avec l’Association fraternelle des cordonniers, dont le président, Théodorat, voulait fonder un « atelier national ». Héronville fut l’un des trois délégués (les deux autres étaient Guillaume* et Tronchet*) chargés d’administrer la nouvelle association de production. À ce titre, il fut le 29 mai l’un des signataires de la lettre adressée au Comité des travailleurs de l’Assemblée nationale pour demander un prêt de vingt mille francs, un local pouvant servir de magasin et un contrat pour la fourniture de chaussures à l’armée. En juillet, il expliquait que « les bases de notre Association reposent sur deux principes également nécessaires à l’amélioration du sort des travailleurs : Secours mutuel, Organisation du travail. Le premier appliqué complètement depuis sa formation [en 1840], le second renfermé dans ses statuts [de 1845] ».

Les rapports de la société font mention d’Héronville pour la dernière fois au début de 1849. On ne sait que très peu de chose sur sa vie après cette date. Sa femme mourut en juillet 1852 et il se remaria en novembre 1853. Le contrat de mariage le décrivait comme « coupeur en chaussures », sa femme comme « ouvrière lingère ». Héronville était toujours pauvre. Par contre, sa nouvelle épouse possédait deux mille francs en objets personnels et dix mille francs « en deniers comptants ». Il semble que le couple ait eu l’intention d’établir un commerce. À cette date, Héronville était toujours en relation avec Czynski, dont le nom apparaît sur le contrat de mariage en qualité de témoin.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article32454, notice HÉRONVILLE Laurent, Jean-Baptiste , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 8 octobre 2012.

SOURCES : Murailles révolutionnaires de 1848, 17e éd., vol. 1, pp. 477-478. — Michael D. Sibalis, « Une mutuelle fouriériste au XIXe siècle : Laurent Héronville et la Société laborieuse des cordonniers-bottiers de Paris », Cahiers Charles Fourier, n° 1 (1990), p. 67-83.

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