HUGELMANN Jean-Marie, Gustave, Gabriel

Par Gilles Pichavant

Né le 7 juillet 1828 à Paris, mort le 30 juillet 1889 ; homme de lettres, publiciste, aventurier ; insurgé de 1848, proscrit, homme de main de Napoléon III, puis de Thiers.

Gabriel Hugelmann naquit le 17 juillet 1828, passage Dauphine à Paris, dans une famille modeste. Son père était tailleur. Le marasme économique précédant les années 1848 acheva de le ruiner, et précipita sa mort.

Gabriel Hugelmann reçut une éducation très rudimentaire, même s’il suivit les cours de l’École mutuelle de Tours (Indre-et-Loire). En 1846, à la mort de son père, il revint à Paris, et dut faire des petits métiers pour survivre. S’étant découvert un talent de plume, il adressa une ode à Louis-Philippe, et deux ans plus tard fut nommé lieutenant dans la Garde mobile. Cependant, dans cette période pré révolutionnaire, il fréquenta de nombreux clubs républicains, comme celui du Peuple, de la Révolution, du Vieux Chêne, des Quinze-Vingt — dont il garda, par devers lui, des procès-verbaux de séances — et devint l’un des vice-présidents du Club des Montagnards à Belleville. Il passa à l’insurrection lors des journées de juin 1848, entrainant ses subordonnés dans l’action, sans pour autant faire réellement le coup de feu. Arrêté le 14 juillet, il fut condamné 6 août 1848 à la transportation sous le nom d’Hugelmann Comte de Vergny — il signait ses poèmes Gabriel Hugelmann Comte de Vergny de Saint-Salmon — , et Il partit pour Le Havre dans la nuit du 17 Août 1848. Il avait 19 ans. Il fut interné au Fort du Hommet à Cherbourg (Manche), puis détenu à Belle-Ile (Morbihan), où il arriva le 2 février 1849. De Belle-Île il écrivit à Victor Hugo* qui lui répondit aussitôt.

Les 11 et 12 décembre 1849, à la suite de l’annonce d’une grâce partielle qui touchait 700 hommes sur les 1200 de la prison, il se produisit une révolte. Elle fut brutalement réprimée par l’intervention de la troupe qui fit un mort chez les "insurgés" et plusieurs blessés. On arrêta 10 détenus soupçonnés d’avoir été les meneurs et on les traduisit devant le tribunal de Vannes en mars 1850. La plupart d’entre eux étaient des ouvriers assez jeunes, dont Tasselier ou Tassilier, un typographe parisien qui fut pendant les incidents le porte-parole de ses camarades. Hugelmann n’avait semble-t-il joué qu’un rôle secondaire, mais à l’audience ce fut lui qui fut le plus en vue. Son goût de la parole, son désir de jouer un rôle important le poussèrent une nouvelle fois à jouer un rôle qui débordait largement ses responsabilités. Il fut acquitté. Mais un poème intitulé "Appel aux proscrit", qu’il avait fait insérer dans L’indépendant du Morbihan, motiva contre lui de nouvelles poursuites. Le 20 mars 1850, il fut condamné à un mois de prison pour attaque au principe de la propriété et outrage public à un ministre du culte. De Belle-île il fut envoyé à Toulon (Var), d’où il fut transféré à Bone (Algérie). Là il fut de nouveau condamné à un an de prison supplémentaire pour indiscipline. Conduit dans les prisons d’Alger, pour y purger sa nouvelle peine, il s’en évada avec dix de ses codétenus, passa aux Baléares, et de là à Barcelone.

Quelque temps plus tard, il s’installa à Madrid, au gré des relations qu’il avait pu nouer en Espagne et des protection qu’il avait pu y rencontrer. Proscrit, dans un pays étranger où il n’avait aucun moyen d’existence, il trouva le moyen fonder, en 1855, Le Journal de Madrid, journal français. Entre temps, il avait pris part à la Révolution espagnole de 1854, et avait fait le coup de feu à Madrid, sur les barricades, avec les républicains. Très vite il se sépara d’eux, et s’attacha à la personne d’O’Donnell, l’homme fort des constitutionnalistes espagnols. Celui-ci qui rétablit l’ordre sans abolir les libertés démocratiques acquises en 1854. Hugelmann apprit vite que pour faire vivre un journal il faut moins compter sur des abonnés que sur des appuis politiques et financiers. Au début il obtint des subventions d’O’Donnel, puis se rapprocha des milieux d’affaires et bancaires français, à l’œuvre en Espagne, et soutint leurs affaires. Ce furent les début d’Hugelmann dans le journalisme d’affaires. Il n’en oublia jamais les profits. Enfin il se rapprocha de Napoléon III qui devint, dans ses articles dans le Journal de Madrid, le "héros", l’homme "extraordinaire des Tuileries", "l’homme providentiel". Il fallait bien payer la grâce impériale qu’il reçut le 5 ou le 15 avril 1856, toutes peines étant effacées.

Au mois de novembre 1856, il rentra à Paris, il se mit complètement au service de Napoléon III. Il devint à la fois l’agent du ministère de l’intérieur, et un propagandiste officiel au service de l’Empereur. À trente ans il était devenu un personnage "arrivé", lié aux plus hautes personnalités espagnoles. L’ancien révolutionnaire, devenu porte-parole du gouvernement commençait à porter monocle et à prendre des rondeurs bourgeoises. Il lança le journal La Publication commerciale, qui fit faillite le 14 décembre 1858. En 1861, l’Empire s’inquiétant de la situation politique en Gironde, Gabriel Hugelmann devint l’homme de la situation : avec le soutien discret de l’État, il racheta deux journaux qu’il fusionna pour créer, sous le contrôle du préfet, Le Journal de Bordeaux dont il devint le rédacteur en chef. Mais en 1864, il se fit débarquer par le nouveau préfet. De retour à Paris, Gabriel Hugelmann créa l’agence Exposition internationale permanente, le 26 janvier 1867, tout en se lançant dans des opérations spéculatives, et fut arrêté, en 1868, pour abus de confiance, comme directeur d’une agence qui s’appelait L’office des actionnaires. Il créa alors d’autres journaux : L’Épargne (1869, Le Nain Jaune (1870). Mais il avait perdu le soutien du pouvoir et fut condamné à plusieurs reprises pour diffamation pour des articles publiés dans ces journaux.

À la veille de la guerre, il créa un nouveau journal, Le Drapeau Français qui dura du 23 juillet au 18 août 1870, puis s’enfuit à Londres. Il y créa un nouveau journal La Situation, avec le concours financier d’un autre réfugié, et proposa à la famille impériale de le mettre au service de la cause bonapartiste. Mais après l’arrivée au pouvoir de Thiers, en France, il se déchaina contre lui dans son journal, et soutint la Commune de Paris, dénonçant les massacres des Versaillais.

Rentré en France en juillet 1871, Hugelmann retourna complètement sa veste et adora brusquement tout ce qu’il avait brûlé quelques semaines plus tôt. Le 3 septembre 1871 il fut reçu par Thiers, et devint un secrétaire attaché directement à la Présidence de la République. Mais Il fut incapable de résister à ses penchants naturels. Mêlé à une affaire de ballets roses, il fut écarté de l’Élysée en octobre 1872.

Le 30 mars 1873 Hugelmann créa un nouveau journal, L’État, qui fut mis en faillite le 12 mai suivant, par un arrêté du gouverneur de Paris. Le 3 juillet de cette même année il créa une société par actions appelée Foyer financier, qui fut déclarée en faillite le 26 décembre suivant. Arrêté, il fut condamné, le 25 mars 1874, par le tribunal correctionnel de la Seine, à 5 ans d’emprisonnement et 2000 francs d’amende. Il ne sortit de prison qu’en 1878.

Après 1878, malgré tous ses efforts, ses tentatives de se relancer furent toutes des échecs. Il ne refit jamais surface, et se suicida le 30 juillet 1889.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article32579, notice HUGELMANN Jean-Marie, Gustave, Gabriel par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 30 août 2019.

Par Gilles Pichavant

SOURCE : Rapport sur l’insurrection de Belleville pendant les journées de juin 1848, par Goy, capitaine de voltigeurs au 45e de ligne, instructeur délégué pour Belleville et ses environs, manuscrit hectographié in-4°, 34 p. — Le journal des commissaires : recueil mensuel de législation, de jurisprudence et de doctrine,(Paris), 1874, page 194 et suivantes. — L’écho Saumurois, du 1er avril 1874 —Revue d’histoire moderne et contemporaine / Société d’histoire moderne, Presses universitaires de France (Paris), Ed. Belin (Paris), 1971-10, Émile Témime, Un journaliste d’affaires : Gabriel Hugelmann, propagandiste au service de Napoléon IIILa Presse, des 17, 19, 20 et 20 mars 1850 — Notes de Jean Maitron.

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