JACQUEMART [Ardennes]

Instituteur à Revin (Ardennes) en 1848. Démocrate-socialiste ardent.

Jacquemart écrivait en 1847 dans Le Propagateur, journal ardennais de gauche, y plaidant la cause de la classe laborieuse, notamment à propos du sartage en forêt, droit d’usage aboli peu auparavant, et qu’il voulait voir rétablir. Il fut candidat aux élections d’avril 1848.

Au Comité électoral des Ardennes réuni à Charleville, il avait développé des points de vue en avance sur l’époque, devant une salle qui le huait. Il avait dit entre autres que les ouvriers et les instituteurs étaient « les parias de la société » (de fait, le maître débutant gagnait 224 francs par an et le cloutier 16 sous par jour), et qu’il comptait sur l’école pour que l’élite du peuple pût accéder à toutes les fonctions. Sur la future constitution à faire, il avait aussi des idées personnelles.

Il avait formé un comité électoral d’instituteurs démocrates et socialistes. Mais ses collègues de Sedan préparèrent aussitôt une autre liste, ce dont une feuille bonapartiste les félicita. Et il ne recueillit pas plus de 2 000 voix dans le département.

Jacquemart était aussi un très bon poète populaire, tant dans ses vers caustiques sur Revin (Le Propagateur du 23 avril 1847), que dans les strophes surtout anticléricales dédiées à ses collègues « sur la modicité du traitement des instituteurs », strophes qui furent publiées par Le Propagateur du 13 avril 1847 et reproduites dans la plaquette : 1848 dans les Ardennes (Édition des Arch. Dép. des Ardennes, 1948).

Jacquemart fut déporté ou plutôt proscrit après le coup d’État du 2 décembre 1851.

Des anecdotes nombreuses ont été longtemps racontées sur lui qui témoignent du prestige qu’il avait eu sous la Seconde République. Il aurait un jour apostrophé un juge qui s’apprêtait à prononcer contre lui une condamnation : « Votre robe a bien la couleur qu’elle doit avoir... — Que voulez-vous dire ? — Elle est noire, c’est la couleur du deuil... Vous portez le deuil de la justice ! ». Il aurait harangué la foule sur la place de la Halle lors de son départ en exil, et ses compatriotes l’auraient accompagné le plus loin possible.

Jacquemart mourut en Angleterre. Sa fille toucha en 1881 une pension de fille de victime du coup d’État.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article32671, notice JACQUEMART [Ardennes], version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 3 juin 2010.

SOURCE : A. Béroudiaux, Le Passé à Revin, Imprimerie moderne de Chartres, 1932.

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