LABOIS Dominique

Par Gilles Pichavant

Né en 1807 à Strasbourg (Bas-Rhin) ; ouvrier de filature à Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; « Moteur » d’une grève des filatures d’août-septembre 1830.

En 1830, Dominique Labois avait 23 ans, et habitait Sotteville-les-Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime). Il travaillait chez le filateur Leroy, filature située dans le faubourg Saint-Sever à Rouen.

Dominique Labois fut arrêté et poursuivi par la justice dans le cadre de la répression d’une vaste coalition d’ouvriers qui se forma à Sotteville-les-Rouen et dans le quartier Saint-Server de Rouen. Cette coalition anima un mouvement qui dura du 27 août au 9 septembre 1830, et qui inquiéta fortement les autorités. Les ouvriers de Rouen voulurent profiter du fait, qu’à Paris, les ouvriers avaient fortement contribué à la Révolution de Juillet, pour obtenir des changements concrets dans leurs conditions de vie et de travail. Il revendiquèrent donc la révision des règlements intérieurs des filatures, avec en particulier la suppression du système d’amendes. Il revendiquèrent aussi la réduction du temps de travail sans perte de salaire, ainsi que des augmentations de salaires. D’après Journal de Rouen, à cette époque, la durée du travail était de 16 heures 30 et pouvait atteindre les 17 heures ; les fileurs revendiquaient qu’elle soit limitée à 12 heures par jour.

Le mouvement s’étendit rapidement à Darnétal (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), ainsi que dans les vallées du Cailly (Déville, Maromme, Notre-Dame-de-Bondeville, Montville) et de l’Austreberthe (Barentin, Pavilly), à l’ouest de Rouen. Les fileurs tentèrent de s’organiser afin de coordonner leur mouvement, et des réunions de délégués se tinrent à Sotteville, dans le quartier des grenouillettes, le 29 août dans le café Patin, et le 5 septembre chez Darras. (voir Pierre Drély et Louis Coeffier)

Le 27 août 1830, Dominique Labois fut parmi les premiers ouvriers fileurs qui arrêtèrent le travail, et se portèrent d’ateliers en ateliers dans les quartiers de la rive gauche de la Seine, engageant leurs camarades à arrêter le travail et à se joindre à eux. Lui-même se porta chez M. Laquerriere, filateur, et y fit arrêter les travaux. Il prit la parole à plusieurs reprises dans la période, dans les rassemblements d’ouvriers.

Le 30 août, le mouvement avait pris une telle ampleur que le préfet réunit une commission de filateurs, pour travailler à la révision des règlement intérieurs des filatures. Le 4 septembre, le nouveau texte fut affiché et lu dans les filatures. Dominique Labois déclara lors de cette lecture qu’il n’en voulait pas, et engagea ses camarades à ne pas l’accepter parce qu’il ne contenait pas les dispositions que l’ensemble des fileurs avaient exigé d’y insérer. Le 6 septembre, les ouvriers refusèrent de reprendre le travail, parce que le filateur refusait d’augmenter la livre de coton filé d’un sol, Dominique Labois disant : « M. Gougeard [un filateur] ne voulait pas non plus, mais il y a consenti quand on lui a mis la corde au coup ». Il arrêté dans la soirée.

Les fileurs organisèrent une collecte pour financer les dépenses entrainée par la lutte pour leurs revendications, et pour indemniser ceux qui arrêteraient le travail. Cette circonstance aggravante fut en partie compensée par une circonstance atténuante qui était sa « bonne conduite antérieure ».

Ce grand mouvement donna lieu à une série de procès pour coalition d’ouvriers, tant à Rouen (plusieurs) qu’à Darnetal, dans la vallée de Maromme (plusieurs) et dans celle de Barentin. Ils furent dix ouvriers fileurs à être poursuivis comme meneurs dans ce procès qui eut lieu de le 12 novembre. Les témoignages recueillis contre Dominique Labois suffirent à ce que le tribunal le considére comme « étant suffisamment convaincus d’avoir fait partie d’une coalition d’ouvriers tendant à faire cesser tous les travaux dans les ateliers pour enchérir les salaires », et que « cette coalition fut suivie d’effet par l’interruption et la suspension des travaux depuis le 27 août jusqu’au 6 septembre suivant, dans les filatures de Sotteville-lès-Rouen et du faubourg Saint-Sever ». Dominique Labois fut condamné à deux mois d’emprisonnement comme Stanislas Loison ; Adonis Amourette, Alexandre Levézier, Théodore de Landremare, et Jacques Revert furent condamnés à un mois ; Les frères Leprince (Pierre et Jean) ; ainsi que Étienne Petit, et Alphonse Leloutre furent relaxés.

Pour la coalition du Faubourg Saint-Sever de Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), voir : Adonis Amourette, Dominique Labois, Alexandre Levézier, Théodore De Longmare, Alphonse Leloutre, Stanislas Loison, Jacques Revers ; pour celle de Barentin et Pavilly, voir : Louis Coeffier, Pierre Drély. Pour la Vallée du Cailly, voir Jean-Isidore Prévost. Pour Darnétal : Nicolas Halavent. Pour la répression d’un attroupement de Rouen, voir : Paul Caumont. Coalition d’enfants Narcisse Saint-Martin

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article33015, notice LABOIS Dominique par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 6 décembre 2018.

Par Gilles Pichavant

SOURCES : Arch. Dép. de Seine-Maritime, conte 10M330, et Greffe du tribunal correctionnel Rouen, jugements (du 5 avril 1829 au 24 octobre 1831), Cote 3U4-1320 — Journal de Rouen, du 28 août au 12 novembre 1830. — Gazette des Tribunaux, 15 novembre 1830.

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