LEROY J.-M

Mort le 27 septembre 1858 à Paris. Ouvrier bijoutier à Paris. Fondateur de l’« Association ouvrière des bijoutiers en doré », l’une des premières coopératives de production.

En 1834, J.-M. Leroy et quatre autres de ses camarades, ouvriers bijoutiers comme lui, séduits par la lecture de L’Européen et les idées buchéziennes, décidèrent de s’associer en coopérative de production. Ils débutèrent avec un capital de 200 fr, montant de leurs économies. La raison sociale de l’entreprise fut « Leroy, Thibault et Cie ». On n’avait pas voulu y faire figurer le nom « d’association » par crainte de la loi.
Leroy conduisit l’affaire avec abnégation, voire avec héroïsme. Lui et ses compagnons partageaient les vues de Buchez sur le capital inaliénable et indivisible. Les associés préférèrent, quand le besoin s’en fit sentir, amputer les salaires plutôt que de toucher à ce capital. L’esprit chrétien régnait dans l’entreprise : les apprentis étaient conduits à la messe. En 1842, la société avait trois succursales à Paris. En 1843, elle se donna un statut légal (elle fonctionnait depuis neuf ans) de société en nom collectif. En 1847, deux directeurs de succursales voulurent garder pour eux tous les bénéfices, le tribunal de commerce de la Seine leur donna tort.
Cette année-là, le fonds indivisible était de 6 114 francs, alors qu’au départ il était de 200 francs. À la fin de 1848, l’actif se montait à 63 793 francs.
Aux élections du 23 avril 1848 à la Constituante, Leroy se présenta, avec Buchez, Corbon et Cormenin, sur la liste du « Comité central des libertés politiques, civiles et religieuses ».
En 1849, l’« Association ouvrière des bijoutiers en doré » demanda une subvention sur le crédit de 3 millions que la Constituante avait voté, sur la proposition de Corbon, le 5 juillet 1848, en faveur des associations ouvrières. Leroy rédigea le dossier de demande de subvention. Il en profita pour exposer le fonctionnement de l’association : « L’objet de notre association a un double but moral et matériel : moral en ce que notre société se propose de faire vivre les ouvriers en frères, s’éclairant en commun sur la vérité et sur les devoirs du citoyen [...] Cet objet a aussi un but matériel, en pratiquant des dispositions qui permettent à l’ouvrier d’acquérir son instrument de travail par la fondation d’un capital indivisible ». Les associés anciens admettaient immédiatement les nouveaux au partage des bénéfices, sans exiger d’eux aucun apport de capital. Tous les associés constituaient un fonds indivisible destiné à servir d’instrument de travail à ceux de leurs frères qui, venant après eux, se trouveraient sans capitaux pour continuer la même œuvre. Les bénéfices étaient répartis de la façon suivante : 1/7 au fonds indivisible, 3/7 à partager entre les associés au prorata de leurs gains journaliers, 3/7 partagés de la même façon, mais non distribués et versés au fond de réserve avec intérêt de 6 %, remboursables en deux circonstances : un an après le décès de l’intéressé par fractions successives payées dans un délai de trois ans, et en cas de dissolution de l’association. Quant aux pertes, elles devaient être supportées pour 1/7 par le fonds indivisible et pour 6/7 par le fonds de réserve. Les associés travaillaient 12 heures par jour durant 6 jours par semaine. Pour être admis, il fallait pratiquer la morale de l’Évangile et être reconnu ouvrier capable après un stage de six mois dans un atelier.
En 1849, il y avait neuf sociétaires : Leroy*, Thibault*, Bertrand*, Tastelot*, Bergerie (jeune)*, Decressac*, Dupuis*, Formet*, Bergerie (aîné)*. L’association sollicita du Gouvernement un prêt de 18 000 francs ; le 20 juin 1849, le rapporteur Alcan proposa un prêt de 24 000 francs en raison de « la moralité et [de] la capacité des membres qui la composent ». Ce prêt, remboursable en vingt ans, fut accordé le 24 juin 1849.
À partir de 1851, commença, pour l’association, une série de mauvaises années qui dura jusqu’en 1856 et amena la mésentente entre les sociétaires. Leroy tomba paralysé et dut entrer dans un asile. Il y mourut le 27 septembre 1858. En 1865, quatre ans avant le terme fixé, la société put rembourser le prêt que l’État lui avait consenti en 1849. Elle cessa son activité en 1873.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article33930, notice LEROY J.-M , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCES : J. Gaumont, Histoire générale de la coopération en France, t. I. — A. Cuvillier, « Une des premières coopératives de production, l’Association buchézienne des bijoutiers en doré (1834-1873) », Revue d’Histoire économique et sociale, 1933. — J.-B. Duroselle, Les Débuts du catholicisme social en France (1822-1870).

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