LINDET Thomas

Par Dominique Soulas de Russel

Né le 14 novembre 1743 à Bernay (Haute-Normandie), mort le 10 août 1823 à Bernay (Eure) ; évêque constitutionnel ; député, Conventionnel ; militant de l’hygiénisme ouvrier.

Fils d’un marchand de bois, Thomas Lindet, après d’excellentes études au collège, fut envoyé au séminaire de Saint-Sulpice (1763), passa une licence en théologie en Sorbonne (1772), fut vicaire à Paris et revint en 1776 curé de sa paroisse, à Bernay, bourg de 6 500 habitants, plongé dans la misère avec 1 000 indigents et 2 000 ouvriers ou artisans chômeurs, touchés par la crise du commerce et du textile. De plus, la partie basse de la ville, surtout habitée par les ouvriers et les nécessiteux, ainsi que le cimetière, étaient régulièrement inondés sans avoir le temps de sécher, provoquant ainsi maladies endémiques et insalubrité.
Thomas Lindet avait découvert l’hygiénisme dans la pensée anglaise, alors en vogue à Paris. Il proposa aussitôt de procéder à des travaux d’endiguement qui furent rapidement décidés, à partir d’un solide dossier, et terminés en 1791. Le mouvement hygiéniste anglais avait, vers le milieu du XVIIIe siècle, trouvé un terrain propice chez les intellectuels normands qui appréciaient cette rare synergie entre connaissance scientifique et action sociale. C’était la science et la logique au service du bien commun. Lindet comprenait aussi l’action hygiéniste comme le moyen d’améliorer, par des réalisations sanitaires, les conditions de vie de ses concitoyens : travaux publics, centres de soins, bienfaisance, formation et information. Des résultats concrets achevèrent de le convaincre. L’acte hygiéniste permettait l’exercice d’une influence concrète sur la vie sociale et ses institutions, tel un coin fiché entrer la tradition et l’Ancien Régime, les deux limites assignées au dynamisme montant de sa classe sociale. L’hygiénisme qui avait commencé comme une mode, devint une façon de penser, d’appréhender le monde d’une manière nouvelle : la société est perfectible en fonction de principes scientifiques différents de ceux qui dominaient jusqu’alors.
Mais les événements révolutionnaires éloignèrent bientôt Lindet de son action directe d’hygiéniste en faveur des ouvriers bernayens. Ayant en effet rédigé seul le Cahier de Doléances du clergé de son bailliage en mars 1789, Thomas Lindet fut envoyé aux États généraux, où il siégea au côté gauche, parmi les réformateurs et vota avec les plus avancés. Élu évêque du département de l’Eure un an plus tard, Lindet fut le premier évêque constitutionnel à se marier (18 novembre 1792). Conventionnel siégeant à la Montagne, on lui doit l’initiative de la création des bibliothèques publiques. Il fut élu secrétaire de la Convention et du Comité de Salut Public, vota la mort du roi et renonça publiquement à l’épiscopat (7 novembre 1793). Élu au Conseil des Anciens, il en sortit en 1798 pour devenir commissaire du Directoire dans son département. Il rentra dans la vie privée lors du coup d’État de Bonaparte.
Exilé à la Restauration, il séjourna quelques années en Suisse et en Italie, puis fut autorisé à rentrer dans sa ville natale, épuisé, isolé, en proie aux brimades. Il fut enterré civilement accompagné d’une poignée d’amis fidèles, près d’une chapelle qu’il avait fait construire en 1784 pour éviter l’exposition des cadavres dans l’église paroissiale. Lorsque son nom fut donné à une rue de la ville, c’est en bienfaiteur de la ville qu’il fut honoré, à travers son activité hygiéniste, et non comme ecclésiastique ou homme politique.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article34072, notice LINDET Thomas par Dominique Soulas de Russel, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 26 juin 2018.

Par Dominique Soulas de Russel

SOURCES : Bibl. Mun. Bernay, T. Lindet, « Rapport à l’assemblée générale de la paroisse de Sainte-Croix de Bernay », F. Malebranche, Notes pour servir à l’Histoire de la Révolution, ms, Bernay, 1890, p. 9 sq. — A. Robert, E. Bourleton, G. Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1789-1889, Paris, Borl, 1891. — S. Lefèvre, Notice sur les nouveaux noms des rues de Bernay. Comité d’Instruction publique, Bernay, 1920, p. 17. — H. Méaulle, Histoire de Bernay, Bernay, 1947, p. 168.

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