LOISON Étienne, Stanislas

Par Gilles Pichavant

Né le 9 messidor an VIII (28 juin 1800) à Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; Ouvrier de filature à Rouen ; « Moteur » d’une grève des filatures en août-septembre 1830.

Stanislas Loison était le fils d’un marchand de légume qui, à sa naissance, habitait à Rouen, 78 rue du Grand-Pont (Seine-Inférieure, Seine-Maritime). Vers la fin de la 1ère décennie du siècle, il devint rattacheur dans une filature du quartier Saint-Sever, et apprit le métier de fileur. On était alors en pleine croissance de la filature de coton, et les salaires étaient élevés. En 1830, Stanislas Loison avait 30 ans et demeurait à Rouen, rue Saint-Sever. Il était le plus ancien fileur de M. Baralon, filateur dans ce quartier. Cela faisait déjà plus de 5 ans que des crises successives affectaient la filature, et les salaires des fileurs s’étaient fortement réduits.

Survint la Révolution de juillet qui fit naitre de grands espoirs chez les ouvriers. Le 27 août 1830, Stanislas Loison demanda de l’augmentation au filateur, au nom de tous les ouvriers fileurs venus le voir en délégation. Celui-ci ayant refusé, il se retourna vers les fileurs et leur dit « vous entendez, retirons nous », et le travail s’arrêta pendant 6 jours.

Les fileurs se portèrent alors d’ateliers en ateliers dans les quartiers de la rive gauche de la Seine, engageant leurs camarades à arrêter le travail et à se joindre à eux. Ainsi commença un mouvement qui dura du 27 août au 9 septembre 1830, et qui inquiéta fortement les autorités. Il s’étendit rapidement à Darnétal (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), ainsi que dans les vallées du Cailly et de l’Auustreberthe, à l’ouest de Rouen. Les fileurs tentèrent de s’organiser afin de coordonner leur mouvement, et des réunions se tinrent à Sotteville, dans le quartier des grenouillettes, le 29 août dans le café Patin, et le 5 septembre chez Darras. (Pour Pavilly et Barentin, voir Pierre Drély et Louis Coeffier)

Les ouvriers de Rouen revendiquèrent la révision des règlements intérieurs des filatures, avec en particulier la suppression du système d’amendes. Il revendiquèrent aussi la réduction du temps de travail sans perte de salaire, ainsi que des augmentations de salaires. D’après Journal de Rouen, à cette époque, la durée du travail était de 16 heures 30 et pouvait atteindre les 17 heures ; les fileurs revendiquaient qu’elle soit limitée à 12 heures par jour.

Mais la législation ne changea pas, et leurs espoirs durent déçus. Si les règlements intérieurs furent légèrement toilettés à la demande du Préfet, les filateurs refusèrent la réduction du temps de travail, et l’augmentation des salaires. Ce grand mouvement donna lieu plusieurs dizaines d’arrestations, et à une série de procès pour coalition d’ouvriers, tant à Rouen (plusieurs) qu’à Darnetal, dans la vallée de Maromme (plusieurs) et dans celle de Barentin. Ils furent dix ouvriers fileurs du faubourg Saint-Sever de Rouen et de Sotteville-lès-Rouen à être poursuivis comme meneurs dans ce procès qui eut lieu de le 12 novembre.

Les témoignages recueillis contre Stanislas Loison suffirent à ce que le tribunal le considère comme « étant suffisamment convaincus d’avoir fait partie d’une coalition d’ouvriers tendant à faire cesser tous les travaux dans les ateliers pour enchérir les salaires », et que « cette coalition fut suivie d’effet par l’interruption et la suspension des travaux depuis le 27 août jusqu’au 6 septembre suivant, dans les filatures de Sotteville-lès-Rouen et du faubourg Saint-Sever ». Stanislas Loison et Dominique Labois fut condamné à deux mois d’emprisonnement ; Adonis Amourette, Alexandre Levézier, Théodore de Landremare, et Jacques Revert furent condamnés à un mois ; Les frères Leprince (Pierre et Jean) ; ainsi que Étienne Petit, et Alphonse Leloutre furent relaxés.

Voir Adonis Amourette, Louis Coeffier, Pierre Drély, Dominique Labois, Alexandre Levézier, Théodore De Landremare, Alphonse Leloutre, Stanislas Loison, Jacques Revers.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article34178, notice LOISON Étienne, Stanislas par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 11 septembre 2015.

Par Gilles Pichavant

SOURCES : Arch. Dép. de Seine-Maritime, conte 10M330, et Greffe du tribunal correctionnel Rouen, jugements (du 5 avril 1829 au 24 octobre 1831), Cote 3U4-1320 — Journal de Rouen, du 28 août au 12 novembre 1830. — Gazette des Tribunaux, 15 novembre 1830.

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