MACHEREAU (orthographié aussi MASCHEREAU)

Par Notice revue et complétée par Philippe Régnier

Né le 9 avril 1802 ; peintre et dessinateur ; saint-simonien.

« fils de portier », ainsi qu’il aimait le faire savoir, Machereau, avait publié quelques lithographies satiriques, d’esprit républicain et populaire, dès avant de devenir saint-simonien. Élu au « deuxième degré » le 8 juillet 1831, il participa à la seconde mission en Belgique (c’est à ce titre qu’il écrivit de nombreux articles dans L’Organisateur belge). Lors du schisme de Saint-Amand Bazard*, Machereau se rallia avec enthousiasme aux thèses d’Enfantin. Se présentant lui-même comme « artiste prolétaire », il mit ses économies (2 000 F) et son talent au service de sa foi. Ses croquis inédits attestent en effet qu’il participa à la création des costumes successifs des « apôtres » et il y a lieu de supposer que certaines images populaires les représentant comme de joyeux drilles sont de sa main. Sous l’étiquette de la « Religion saint-simonienne », il signa en tout cas, en 1832, une série de feuilles populaires de ton et d’esprit délibérément plébéiens : Ce que faisait Napoléon pour exciter l’enthousiasme du peuple ; Du bon et du mauvais prêtre, du prêtre saint-simonien ; Les lanciers du préfet de police ; Qu’est-ce qu’un travailleur ? ; Le saint-simonien et les coups de poing ; Le Tailleur et le fermier, parabole de Saint-Simon. À l’automne de la même année 1832, Machereau se joignit au second détachement de l’« Armée saint-simonienne », chargée d’évangéliser les prolétaires lyonnais, qui quitta Paris le 10 novembre et gagna Lyon par Melun, Nevers, Moulins et Roanne. Lors d’une soirée à Lyon, chez Meme de Montgolfier qui faisait exécuter des hymnes saint-simoniens, les participants entonnèrent le Retour du Père. Au refrain : « Le peuple a faim, le peuple est misérable, aimons le peuple », les femmes pleurèrent et le préfet de Gasparin s’écria avec un accent qui partait du cœur : « Nous aussi nous aimons le peuple ! — Oui, répondit Machereau, vous aimez le peuple comme on aime le mouton... pour sa laine ! »
Quoique Compagnon de la Femme, c’est avec les « artistes » (Auguste Colin*, E. Charpin*, Maréchal*, Jules Lamy*, etc.) qu’il embarqua pour l’Égypte, en août 1833. Engagé par Mohammed Ali comme professeur de dessin à l’école de Gizeh, il se convertit à l’islam en 1835 sous le nom de Mohammed el Mahdi, épousa une Arabe, dont il eut une nombreuse progéniture, et se fixa dans le pays. Après la destruction de l’école de Gizeh, il trouva hospitalité et protection auprès de Soliman pacha (le colonel Sèves), qui lui fit décorer sa maison. N’hésitant pas à diriger un orchestre ou à monter sur les planches pour jouer la comédie, il fut nommé, en 1860, directeur du théâtre particulier du vice-roi.
Illustrateur des ouvrages édités par Nicolas Perron sur le Soudan, Machereau mourut en terre égyptienne à une date indéterminée.
Voir François Arlès-Dufour*, André Desloges*, Casimir Maillard*, Jean Terson*.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article34232, notice MACHEREAU (orthographié aussi MASCHEREAU) par Notice revue et complétée par Philippe Régnier , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

Par Notice revue et complétée par Philippe Régnier

SOURCES : Bibl. Nat., Département des Estampes, Fonds De Vinck. — Bibl. Arsenal, Ms, Fonds Enfantin, Mémoires de Terson et Fonds Alexis Petit. — Procès [des saint-simoniens], 1832, p. 28 et 175. — Suzanne Voilquin, Souvenirs d’une fille du peuple éd. or. (1866), p. 250, 344. — H.-R. D’Allemagne, Les Saint-Simoniens, 1827-1837, Paris, 1930, p. 151, 324-328, 371, 378, 383, 411, 422. — Auriant, « Mohammed effendi », Le Manuscrit autographe, janvier-février 1930, n° 25, p. 67-71. — Marcel Emerit, « La révolte des Canuts (1834) vue par Terson, informateur d’Eugène Sue », Actes du quatre-vingt neuvième congrès national des Société savantes, Lyon, 1964, section d’Histoire moderne et contemporaine, tome II, (volume I), Paris, Imprimerie nationale 1965.

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