MAICHAIN Joseph [MAICHAIN Marie, Joseph]

Par notice complétée par Gauthier Langlois

Né le 29 décembre 1816 au château de Cenan à Saint-Pompain (Deux-Sèvres), mort le 12 décembre 1892 à Paris, propriétaire et homme politique, demeurant à Niort, rue Neuve. Frère du député Désiré Maichain*.

Il était fils de Claude Philippe (1771-1835) et Aimée Pastour de Neuville, propriétaires du château de Cenan à Saint-Pompain.

Joseph Maichain était conseiller municipal et adjoint au maire de Niort depuis 1848. Il démissionna de ses fonctions en avril 1849, à la suite d’une perquisition faite à son domicile. Il était soupçonné d’affiliation à la société à demi secrète de la Solidarité républicaine, fondée en octobre 1848 à Paris et dans les départements à l’instigation de Ledru-Rollin, Charles Delescluze, Gambon, Germain Sarrut*, etc., et ne fut pas élu à la Législative à la place de son frère.

Le 11 février 1851, il fut élu vice-président de la Société de secours mutuels des ouvriers chamoiseurs de Niort. Après le coup d’État du 2 décembre 1851, il fut condamné à l’expulsion momentanée du territoire, par décision de la Commission mixte des Deux-Sèvres du 10 février 1852, avec les attendus suivants :

« Attendu que Maichain Joseph s’est fait connaître en toutes circonstances, depuis quatre années notamment, par le danger de ses opinions politiques, augmenté par sa position de famille et de société, par son instruction, son intelligence, sa fortune, sa position de conseiller municipal et de frère du commissaire du Gouvernement provisoire en 1848 ; que dans les associations de récréation ou les sociétés agricoles dont il fait partie, il est parvenu à introduire ses passions politiques qui ont forcé l’autorité à dissoudre ces sociétés ; enfin, que le 3 décembre, dans le Conseil municipal et en présence de l’émeute qui venait d’envahir l’Hôtel de Ville, il est, par ses paroles et par sa résistance aux mesures d’ordre prescrites par l’autorité, venu en aide aux émeutiers et à la réussite de leur tentative ;
« attendu que son activité et tous les avantages d’intelligence, de fortune et de position sociale dont il jouit le rendent l’un des chefs les plus dangereux du parti socialiste... »

Il se retira d’abord en Belgique, puis en Angleterre. Il figure sur la liste des proscrits résidant à Jersey. Il forma un recours en grâce ; consulté sur la suite à donner à cette requête, le préfet des Deux-Sèvres écrivit au ministre le 10 septembre 1852 : « M. Maichain (Joseph), frère de l’ancien commissaire de ce nom représentant du peuple à l’Assemblée constituante, occupait ici, par son entourage et sa fortune, une très belle position sociale. Il a fait servir l’influence qu’elle lui donnait à caresser les mauvais instincts si nombreux alors à Niort (...) L’ancienne société d’agriculture qu’il a fallu dissoudre, les comices agricoles, les sociétés de secours mutuels, tout lui servait de moyen d’influence pernicieuse sur les masses. Il en usait constamment, et son action était d’autant plus dangereuse qu’elle était circonspecte et pleine d’une adresse qui lui faisait éviter habilement les actes compromettants, bien que sa main se reconnût dans toutes les intrigues. Affilié et organe des sociétés secrètes, avec quelques autres personnages qui se partageaient ici avec lui la direction occulte des masses socialistes et communistes, il a su échapper aux poursuites dont il a été l’objet, à l’occasion de la « Solidarité républicaine » [...] ». Après avoir rappelé le rôle de Joseph Maichain dans la tentative d’insurrection du 3 décembre 1851 à Niort, le préfet ajoutait : « Aussi, la Commission (mixte) l’a-t-elle déclaré l’un des chefs les plus dangereux du parti socialiste. Rien ne m’autorise à croire qu’il n’en serait pas encore de même aujourd’hui. Ses longues relations avec la partie remuante et exaltée de la classe ouvrière de la ville ne sauraient être rompues par une absence de quelques mois [...] Il faut enfin compter pour quelque chose les appréhensions que le retour des chefs du parti socialiste pourrait répandre parmi les hommes d’ordre dévoués au Gouvernement... »

Gracié par décision du 3 février 1853, Joseph Maichain rentra à Niort.

Candidat aux élections du 8 février 1871 à l’Assemblée nationale sur la liste du Comité républicain, il ne fut pas élu. Il fut en revanche nommé maire de Niort par décret du 8 décembre 1871 et resta à la tête de la mairie jusqu’au 25 septembre 1876. Il termina sa carrière comme inspecteur principal du service des enfants assistés de la Seine à Paris.

Joseph Maichain était franc-maçon. Initié par la loge Les amis de l’ordre, Orient de Niort, en 1842, il était, en 1890, membre du Suprême Conseil du 33e et dernier degré du Rite Écossais ancien et accepté pour la France.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article34279, notice MAICHAIN Joseph [MAICHAIN Marie, Joseph] par notice complétée par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 28 novembre 2020.

Par notice complétée par Gauthier Langlois

SOURCE : Arch. Dép. Deux-Sèvres, 4 M 6/17, 4 M 15/4. — Benjamin Colin, Liste des proscrits de Jersey qui sont rentrés en France à la suite de demandes en grâce, s.l.n.d. [Jersey, 1853 ?]. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Maichain - Joseph », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — Note de Gauthier Langlois.

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