MARCHAIS Pierre

Par Alain Dalançon

Né le 25 février 1811 à Tourtenay (Deux-Sèvres), mort le 13 février 1899 à Tourtenay ; cultivateur, propriétaire ; maire de Tourtenay (1840-1850), (1871-1874), (1876-1899), militant socialiste fouriériste, affilié à la Marianne.

Fils d’André Marchais le jeune, journalier, et de Jeanne Davy, Pierre Marchais fut nommé maire de Tourtenay en 1840, toujours qualifié de propriétaire à cette époque. Il épousa Louise Denet, née le 2 octobre 1822 à Nueil-sur-Dive (Vienne), fille d’un cultivateur, et eut avec elle deux filles, Héloïse, née le 5 mai 1843, et Clémentine, née le 30 mars 1847.

Élu maire en 1848, Pierre Marchais fut suspendu de ses fonctions pour trois mois, en septembre 1850, à cause de ses opinions « socialistes avancées » et donna aussitôt sa démission le 8 septembre 1850.

En 1851, il était signalé dans un rapport de gendarmerie comme ayant participé à une réunion socialiste à Pas-de-Jeu (Deux-Sèvres), au cours de laquelle avaient été poussés à plusieurs reprises les cris de : « Vive la République démocratique et sociale ! Vivent les Rouges ! À bas le président de la République ! »

Le 16 février 1852, la Commission mixte des Deux-Sèvres se prononça pour son éloignement momentané du département, pour les motifs suivants : « Marchais Pierre, ancien maire de Tourtenay, révoqué à cause de ses opinions démagogiques, exerce sur sa commune une très funeste influence, affilié à toutes les sociétés secrètes même avant 1848, fait parade de ses opinions révolutionnaires... »
Pierre Marchais fut interné six mois à Ancenis (Loire-Inférieure). Dans une supplique adressée au préfet des Deux-Sèvres, le 20 mars 1852, il écrivait : « On m’enlève à ma pauvre mère presque octogénaire, à ma jeune épouse et à mes deux petites filles en bas âge, dont je suis le seul soutien, sans fortune ainsi qu’on peut en juger par les contributions portées à mon nom, montant à 12 francs, 19 centimes (article 327 du rôle de Tourtenay). Mon seul bonheur était de soutenir, avec les 4 à 5 hectares de terre que je tiens afferme (sic) de ma pauvre mère, cette chère famille qui restera seule. Et moi, qui me fera vivre en route, qui me procurera le moyen d’existence à Ancenis, emporterai-je les deux dernières pièces de 5 francs que je possède ?... » L’internement de Pierre Marchais fut commué en simple surveillance le 13 octobre 1852, puis, il obtint sa grâce entière en 1853. D’ailleurs, le 5 novembre 1852, il vint déclarer à la mairie de Tourtenay la naissance d’une troisième fille, Georgette (qui mourut à Thouars en 1950).

Une note du sous-préfet de Bressuire (4 janvier 1853) le signalait comme « un paysan assez instruit, mais peu intelligent ; égaré par les apôtres socialistes de 1848, il s’est cru un grand homme ; on lui a fait espérer qu’il jouerait un rôle politique sous la République démocratique et sociale, il a servi d’instrument aux mauvaises passions sans apprécier parfaitement l’importance des fautes qu’il commettait... » En revanche, le commissaire de police de Thouars, dans un rapport du 14 mai 1856, parlait de « l’intelligence de M. Marchais », de son « cœur droit et honnête ».

En avril 1855, Pierre Marchais fut à nouveau signalé comme participant à des « réunions secrètes » socialistes à Saint-Léger-de-Montbrun (Deux-Sèvres) ; au cours de ces réunions, on chantait des chansons révolutionnaires telles que le Credo républicain et le Chant des travailleurs.

Pierre Marchais s’affilia à la Marianne. Le 22 juillet 1856, il participa au soulèvement de Brion (voir Dagot Urbain) qui éclata prématurément, car il était prévu pour le 25. Le 24 juillet, à la tête d’une trentaine d’hommes, ayant pris contact avec le garde éclusier Paré (père), il tenta de soulever la commune voisine d’Antoigné (Maine-et-Loire). Il fut arrêté. On le recherchait depuis le 21 juillet, et c’est à son propos que, le même jour, le procureur de Bressuire écrivait au garde des Sceaux : « Il y a tellement de cultivateurs affiliés dont les antécédents sont excellents qu’on hésite à les faire arrêter, leur présence chez eux est nécessaire pour faire la moisson. »

Le 13 septembre 1856, le tribunal correctionnel de Bressuire condamna Pierre Marchais à cinq ans de privation de ses droits civils et à trois ans de prison qu’il purgea à la centrale de Fontevraud. À l’expiration de sa peine, le 13 septembre 1859, le préfet des Deux-Sèvres proposa son internement en Algérie. Mais en 1866, il habitait toujours la commune avec sa famille.

Il n’apparaît dans la documentation fouriériste qu’en 1867, quand il s’abonna à La Science sociale, mais avait pu entretenir auparavant des relations avec l’École sociétaire. Il écrivait : « Si j’ai tardé de vous envoyer le montant de mon abonnement à La Science sociale, ce n’est ni indifférence ni négligence. J’espérais vous en expédier plusieurs [abonnements] dans le même envoi. J’ai distribué après les avoir reçus tous les premiers numéros que vous m’avez fait l’honneur de me dépêcher. J’attends encore en ce moment la réponse. » Il faisait enfin un « vœu bien sincère pour la prospérité du nouvel organe fondé dans le but de relever l’École sociétaire. »

En 1871 Pierre Marchais fut renommé maire jusqu’en 1874. Il fut ensuite réélu maire sans discontinuer de 1876 à sa mort le 13 février 1899, survenue peu de temps après celle de son épouse en janvier précédent. Il était dit alors propriétaire et avait été fait chevalier du mérite agricole en 1897.

Voir la liste des "Marianneux" du département et des communes du nord des Deux-Sèvres condamnés en 1856 dans la notice d’Arnault Philippe-Auguste.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article34450, notice MARCHAIS Pierre par Alain Dalançon, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 16 février 2021.

Par Alain Dalançon

SOURCES : Arch. Nat., F/7/*/2592 , BB 30/417, P. 1411, dossier de grâce, lettre de Pierre Marchais au préfet des Deux-Sèvres, 20 mars 1852, citée dans Sylvie Aprile, « ‘’La prison agrandie’’. La pratique de l’internement aux lendemains du coup d’État du 2 décembre 1851 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, octobre-décembre 1999, p. 668.— Arch. Nat, fonds Fourier et Considerant, 10 AS 42 (681 Mi 75, vues 528), lettre de Pierre Marchais, 9 juin 1867. — JO lois et décrets, 2 mai 1897. — Arch. Dép. Deux-Sèvres, 4 M 6/17, 4 M 15/4 ; registre des jugements du tribunal de Bressuire, année 1856 ; état civil et recensements de Tourtenay. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry,Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS).— Bernard Desmars, notice sur le site Charles fourier.fr. — Notice non signée DBMOF.

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