MARRAST Armand [MARRAST Marie, François, Pascal, Armand]

Par Ronen Shapira

Né le 3 juin 1801 à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), mort le 10 mars 1852 à Paris ; professeur de lettres et de philosophie, homme de lettres, journaliste ; républicain modéré, membre du Gouvernement provisoire en 1848.

La mère d’Armand Marrast, veuve d’un avoué de Toulouse mort en 1810, dirigeait une institution de jeunes filles. Il termina ses études tout en commençant à enseigner dans divers établissements, notamment à Pont-Levoy (Loir-et-Cher), dont Germain Sarrut*, était directeur, puis vers 1825, il partit pour Paris pour y trouver une situation meilleure. Le patronage de Lamarque, Laromiguière, Kératry, le fit entrer comme maître d’études au collège Louis-le-Grand, tout en obtenant une licence et un doctorat ès lettres. Il enseigna la rhétorique, puis fut chargé de la conférence de philosophie au lycée. Participant aux activités de la jeunesse des Écoles, il prononça, le 27 août 1827, un discours courageux sur la tombe de J.-A. Manuel, député d’opposition sous la Restauration, ce qui lui valut sa destitution. Sa renommée commença à s’affirmer en 1829 lorsqu’il entreprit de réfuter l’éclectisme de V. Cousin. Selon la légende, il publia ses réfutations le jour même du cours. Il tenta le professorat par la voie de l’agrégation, mais on refusa de l’y admettre et il ne lui resta d’autre issue que le préceptorat. En 1829 il s’était joint au nouveau journal La Tribune des départements, et fut cofondateur en juillet 1830, avec l’avocat Franck, de l’éphémère journal Le Patriote. Il accueillit le 26 juillet 1830 les étudiants chez lui.
Décoré de Juillet, Armand Marrast tenta d’obtenir un poste officiel en rapport avec son dévouement, mais sans succès. Il ouvrit à l’Athénée des Arts un cours de philosophie, donna des leçons à l’École de commerce et publia jour par jour sa réfutation de Cousin, dont l’influence n’avait pas été étrangère à ses mécomptes de candidat fonctionnaire. Il fut membre de la Société des Amis du Peuple et co-rédacteur en chef de La Tribune en juillet 1831. Le journal mena un combat permanent contre le régime, ce qui lui valut plus de cent procès. Durant cette période La Tribune proposa une « doctrine républicaine » (cosignée par divers républicains ainsi que par les néo-babouvistes Charles Teste*, Guillaume Desjardins*, Félix Mathé*, Napoléon Lebon*, etc.) qui reconnaissait d’un côté les droits naturels de l’homme, comprenant entre autres celui de la propriété, mais aussi demandait que l’État se charge de fournir le minimum de vie nécessaire à tous les citoyens. A la Société des Droits de l’Homme, il appartenait plutôt à l’aile droite, républicaine. Demeurant 15, rue Bergère, il fut inculpé en 1833 avec Godefroy Cavaignac* pour un article de La Tribune qualifiant la Chambre de « prostituée ». Seul le gérant, P. Lionne* fut condamné à 3 ans de prison. Inculpé pour les journées insurrectionnelles d’avril 1834, il fut arrêté le 20 avril 1834. Il fut membre du comité de défense des accusés qui désignèrent les défenseurs. Après s’être vu refuser la défense de Germain Sarrut, il participa à l’évasion collective du 12 julllet 1835 et fut condamné par contumace à la déportation, le 23 janvier 1836.
Exilé à Londres, Armand Marrast fut membre de la Société démocratique française et il se maria avec une aristocrate anglaise, Miss Fitz-Clarence, fille du duc de Clarence, apparentée à la famille royale anglaise (elle était la petite-fille naturelle du roi George IV. Il avait déjà de son côté trois fils naturels). De Londres il envoyait des articles au National. Il publia en 1836 avec Jacques Charles Dupont les Fastes de la Révolution française. Après son mariage, il visita les principales villes d’Angleterre et d’Espagne et se trouvait à Barcelone lors du soulèvement contre Marie-Christine. De là, quoique non gracié, il rentra en France et prit avec Jules Bastide* la direction du journal Le National, après la mort d’Armand Carrel* en juillet 1836. Il devint collaborateur de la Revue du progrès de Louis Blanc* (1839-1842). Au National, Marrast opta pour une réconciliation entre les républicains et Thiers, notamment sur la question des forts détachés. Bastide lui abandonna la direction du journal en 1841 et cela lui valut en outre de virulentes critiques de la part des républicains de gauche.
La Révolution de février 1848, dont il ne fut pas le moins surpris, fit de Marrast un membre du Gouvernement provisoire avec d’abord le titre de secrétaire. Le 1er mars il fut chargé d’administrer les biens de la liste civile, puis le 9 mars il reçut les fonctions de maire de Paris, dans lesquelles il fut confirmé le 11 mai par la Commission exécutive et qu’il exerça jusqu’au 19 juillet. Comme maire, il modifia l’organisation des bureaux de l’Hôtel de Ville, défendit les propriétaires contre les réclamations des locataires pauvres et prit une part très active dans la répression des insurrections de mai et juin 1848, passant ses journées à la mairie, ce qui lui valut, entre autres, une fausse réputation de vieux célibataire. Dans les conseils du gouvernement, Marrast fut un des membres les plus influents et les plus actifs de la majorité « modérée » et anti-socialiste. Élu le 23 avril 1848 par quatre départements à l’Assemblée constituante, il siégea sur les bancs de la gauche non-socialiste. Membre et rapporteur du comité de la Constitution, il joua un rôle important dans sa rédaction. Il fut élu président de l’Assemblée le 12 juillet, dirigea habilement les travaux de la Constituante, mais perdit beaucoup de popularité quand il organisa des bals somptueux, où furent invités d’anciens révolutionnaires à côté d’anciens ministres de Louis-Philippe, ralliés à la nouvelle République. C’est de cette époque qu’il devint le « marquis de la République », surnom qui lui avait été donné par Auguste Blanqui* quand il était maire de Paris, à cause de ses efforts pour contrôler les sociétés populaires. Le 19 novembre 1848, il proclama solennellement la Constitution, et, le 20 décembre, l’élection de Bonaparte à la présidence. Il ne fut pas réélu en 1849, se retira de la vie publique, déjà souffrant du choléra dont il mourut trois ans plus tard.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article34560, notice MARRAST Armand [MARRAST Marie, François, Pascal, Armand] par Ronen Shapira, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

Par Ronen Shapira

œUVRE : Doctrines républicaines. Programme de la Tribune, Paris, Impr. de A. Mie, 1833, in-8, 15 p. — Vingt jours de secret, ou le complot d’avril, Paris, Guillaumin, 1834, in-8, 76 p. — La brochure très critique rédigée au lendemain des journées de Juin 1848 par Jules Gouache, Les Violons de M. Marrast, Paris, Au dépôt central, 1848, in-12, 36 p. est largement constituée de citations tirées des écrits d’A. Marrast.

SOURCES : Cour des Pairs, Affaire du mois d’avril 1834. Rapport fait à la Cour des Pairs par M. Girod (de l’Ain), Imprimerie royale, Paris, 1834-1836. — Tableau synoptique des accusés d’avril jugés par la cour des Pairs établi par Marc Caussidière, Lyon, imprimerie de Boursy fils, 1837, Arch. Nat. BB 30/294, Bibl. Nat. in-4° Lb 51/24984. — Cour des Pairs. Procès politiques, 1830-1835, Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1983. — Ambert, Portraits républicains, Paris, Librairie internationale, 1870. — Ph. Auderbrand, Nos Révolutionnaires. Paris. 1886. — A. Robert, E. Bourleton, G. Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1789-1889, Paris, Borl, 1891. — Jacques Grandjonc, Communisme/Kommunismus/Communism. Origine et développement international de la terminologie communautaire prémarxiste des utopistes aux néo-babouvistes, Trier, Karl Marx Haus, 1989, p. 149, 158, 164, 409. — R. Shapira, Développement de l’idée républicaine en France, 1830-1835 (thèse en cours). — Notes de Michel Cordillot, Jacques Grandjonc, Jean Risacher.

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