MEYNIER Joseph (ou Achille)

Né le 20 Prairial an XII, (9 Juin 1804) à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), mort en 1868. Médecin. Fondateur de la Société des Droits de l’Homme à Marseille.

L’auteur anonyme et malveillant de l’Historique de la Société esquisse ainsi son portrait :

« Meynier est l’un de ces hommes qui sont parvenus à passer pour éloquents alors même qu’ils ne sont que bavards. Il commença par singer l’homme bienfaisant envers Normand, ouvrier cordonnier, qui ayant eu le malheur de se blesser à la cuisse, fut accueilli par lui et traité avec de grands soins jusqu’à sa mort. Meynier fit alors savoir au public, par la voix du Sémaphore, qu’un patriote était mort chez lui. Le café du Cours le sut par ses émissaires et l’enterrement se fit avec une pompe vraiment républicaine. »

Meynier se rendit à Paris en juillet 1832. Il fut reçu membre de la Société des Droits de l’Homme et délégué par elle pour organiser la société à Marseille. Jusque-là, les républicains n’avaient pas de point central et suivaient la bannière des hommes qui, plus tard, créèrent le « Peuple souverain ».
Afin de parvenir à son but, Meynier s’associa avec Gilbert, Gilet, Leterrier et Second.

Ils se donnèrent beaucoup de peine pour former quelques sections qui devaient leur servir de base de départ ; ils rencontrèrent des obstacles sans nombre et furent contrariés par la « coterie » de Démosthène Ollivier, autour duquel se groupèrent les hommes du « parti du mouvement » (Agenon entre autres).

Jacques Imbert, ami intime de Démosthènes Ollivier, arriva de Paris, se disant lui aussi chargé de fonder à Marseille la Société des Droits de l’Homme, sous les auspices de Raspail et de Cavaignac. En entendant parler de ce nouvel apôtre, Meynier se souvint que lors de son voyage à Paris, Godefroy Cavaignac lui avait dit qu’Imbert avait été exclu de la Société parce qu’il était l’agent secret du ministère. Telle fut la cause de l’antipathie qui désormais régna à Marseille entre les hommes du « Peuple souverain » et la Société des Droits de l’Homme.

Meynier et ses collègues mirent plus d’un an à préparer les éléments qui devaient former leur organisation. Ce fut seulement au mois d’octobre 1833 qu’elle fut définitivement constituée. Mais la doctrine avait prospéré, les républicains grossi leurs rangs. Il fut décidé qu’on nommerait une nouvelle direction qui serait appelée à grandir l’aire d’influence de la Société. En janvier 1834, un comité fut formé qui s’intitula Comité central et de qui dépendaient les commissions de correspondance, de réception, de propagande, de la liberté individuelle et de la presse.

À cette époque, la Société des Droits de l’Homme ne se composait à Marseille que de vingt sections, ayant chacune un nombre illimité de sectionnaires. La difficulté seule de trouver des présidents capables de seconder les vues des chefs sans compromettre les secrets de la société fut la cause que ce nombre fut limité, car, autour des vingt sections, se groupèrent un grand nombre de sections « hors rang » qui fournissaient ordinairement la matière première des émeutes. Tout le monde, à cette époque, fut témoin de l’audace des républicains, de leur haine contre le gouvernement de Juillet. Cette audace était si grande que les sectionnaires décidèrent de sortir de leur clandestinité. Leur premier acte fut de faire connaître tout ce qui se passait chez eux : Le 16 mars 1834, parut le manifeste de la Société des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui fut suivi bientôt de la publication du règlement. Les sectionnaires devenaient aussi de plus en plus exigeants à l’égard de leurs chefs. On leur avait dit : « Nous sommes tous égaux. », ils se demandèrent pourquoi on leur cachait la correspondance du Comité directeur de Paris. Imbert et les hommes du « Peuple souverain » firent répandre le bruit que le comité marseillais des Droits de l’Homme ne correspondait pas directement avec Paris. Meynier prit cette attaque à son compte et voulut y répondre d’une manière péremptoire. Il fit convoquer une assemblée générale au « Cheval marin » et, en présence de plus de trois cents sectionnaires, il chargea Leterrier de leur communiquer des lettres de Godefroy Cavaignac*, de Marc Voyer d’Argenson*, de Étienne Cabet*, de François Raspail*, de Félix Avril*, de Théophile de Kersausie*... Meynier confia également, les noms des représentants qu’il connaissait.

Les tenants du « Peuple souverain » essayèrent bien de former quelques sections (16 au maximum), mais dix d’entre elles passèrent à la Société des Droits de l’Homme... Ils députèrent alors au comité de la Société des Droits Ramagny et Richard, chargés de demander la fusion. Meynier réunit ses sectionnaires et après quelques péripéties, ils approuvèrent la fusion, le 23 mars 1834. Le 8 avril, 112 députés des sections nommèrent un comité de 11 membres, plus des commissaires d’arrondissement.

Pendant les trois jours de l’insurrection lyonnaise d’avril 1834, Meynier n’agit pas et les membres du comité s’aperçurent qu’ils n’étaient plus maîtres de leurs hommes. Dès lors, les sections se désagrégèrent de fait.

L’auteur de l’Historique termine en conseillant une surveillance active et sévère pour prévenir un renouveau de la Société.

Meynier fut arrêté en 1851. En 1852, il fut condamné, par la Commission mixte des Bouches-du-Rhône, à la déportation en Algérie. Gracié en août 1859, il revint à Marseille en octobre de la même année. Voir Agenon Antoine*, Cavaignac Godefroy*, Imbert Jacques*, Michel Gabriel*, Ollivier Démosthène*, Ramagny*, Richard*.

Voir comme principaux membres de la Société des Droits de l’Homme à Marseille : Achard*, Allard, André (avocat), André (propriétaire), Carpentras Guillaume*, Cayol*, Chaixpignon*, Déoux Amédée*, Fortoul*, Gilbert*, Gilet Antoine Laget*, Leterrier*, Richard*, Richaud Alexandre*, Second*, Templier*, Viton Melchior*, Weich*.

Sa correspondance semble indique qu’il était membre de la franc-maçonnerie.
Il revint d’Algérie très malade. Meynier était ruiné , ses meubles ont été vendus aux enchères et il vendit les biens de sa femme pour payer des dettes et hypothèques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article34983, notice MEYNIER Joseph (ou Achille), version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 27 avril 2021.

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6/80 ; M 6/344, Historique de la Société des Droits de l’Homme, non daté, non signé ; M 6/356. — Notes de Bérangère Belaude.

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