NEPVEU Jacques, Publicain

Par Michael Sibalis

Né le 30 septembre 1792 à Paris (Seine) ; tailleur ; républicain, membre de la Société des droits de l’Homme ; initiateur de mouvements ouvriers, grèves et coalitions.

Jacques Nepveu naquit huit jours seulement quelques jours après la proclamation de la République, ce qui explique son deuxième prénom, qui n’est pas un surnom. Fils d’un tailleur d’habits. Il fit son service militaire sous Napoléon et participa comme fourrier dans le 9e régiment de hussards aux campagnes de 1812, 1813 et 1814.
Jusqu’en 1829, Nepveu travailla comme tailleur « pour son compte particulier » à Longjumeau (Seine-et-Oise), mais, ayant fait de mauvaises affaires, il s’installa comme simple ouvrier tailleur à Paris. Blessé au front, le 28 juillet 1830, en coupant des arbres pour construire une barricade sur le boulevard des Italiens, Nepveu fut médaillé de Juillet. Il demanda « une place de garde à cheval dans une des forêts royales », mais en fin de compte ne reçut que 185 F en compensation de ses blessures.
Marié et père de quatre enfants en 1830, il habita successivement à Paris au 6 rue Mandar (IIIe arr. ancien, actuel IIe) ; au 5 rue des Vieilles-Étuves-Saint-Honoré (IVe arr. ancien, maintenant rue Sauval, Ier) et au 338 rue Saint-Honoré (IIe arr ancien, actuel Ier.
Déjà en décembre 1832, la police signalait Nepveu ainsi : « Démagogue furibond, il va préconisant partout ses pernicieuses doctrines, s’efforçant de les faire goûter sans partage à des individus sur lesquels il exerce l’ascendant par l’intelligence dont on le dit doué et qui leur manque. »
Nepveu participa à la grève des ouvriers tailleurs de Paris en 1832, aussi bien qu’à leur grève d’octobre-novembre 1833. À cette occasion, il fut « secrétaire provisoire » de la commission exécutive qui dirigea la grève. Il fit aussi des collectes « au profit des détenus de la profession des tailleurs d’habits » chez ceux des maîtres tailleurs qui soutenaient les grévistes, au nom de la Caisse de secours de la commission des ouvriers apiéceurs de Paris. En décembre 1833, il fut condamné à un mois de prison.
Membre de la Société des droits de l’Homme (« chef d’une section que l’instruction n’a pas fait connaître »), Nepveu fut prévenu d’avoir participé à l’insurrection d’avril 1834. Il fut arrêté, le 13 avril 1834, avec cinq autres individus réunis chez une Dame Martin, blanchisseuse, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois (IVe arr. ancien, maintenant rue Perrault, Ier) ; il bénéficia d’un non-lieu, le 10 novembre 1834. Pendant son incarcération, il n’hésita pas à écrire à la Chambre des pairs, pour se plaindre des « lenteurs inexplicables » dans la disposition de son cas : « Si d’être républicain et d’en porter le nom, on conspire, alors je suis coupable, mais au nom de Dieu, jugez-moi ! » Et à ajouter : « vous êtes les champions de la monarchie et de l’aristocratie, et nous ceux de la liberté et de la souveraineté nationale. Notre mission est d’élever l’homme, de développer toutes ses facultés, de le rendre digne enfin du nom qu’il porte : tandis que vous ne cherchez qu’à [...] le dégrader et lui rendre plus tard son antique esclavage. »
En 1848, Nepveu habitait au 2 rue de Cloys à Clignancourt (commune de Montmartre, Seine). Il demandait alors une récompense du gouvernement républicain, citant « neuf mois de détention pour coalition, complot etc. » en 1832-1834 et en 1839. Cette dernière détention, si elle a existé, nous est inconnue. La seule trace de ses activités en 1848 est son nom sur une liste de mille membres de l’Association fraternelle et égalitaire des tailleurs, établie en août 1848 par les tailleurs de l’atelier de Clichy.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article35501, notice NEPVEU Jacques, Publicain par Michael Sibalis, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 6 août 2021.

Par Michael Sibalis

SOURCES : Arch. PPo. pièce 689, rapport d’arrestation, 14 avril 1834. — Arch. Nat.,, F1 d III 39, « Commission des récompenses nationales : noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale », liste du dixième arrondissement, 2136 ; F1 d III 79, dossier Nepveu ; F1 d III 35A, « État des sommes payées » ; CC 608, d 1 n° 247 dossier Nepveu ; F1 5 3884, Commission des récompenses nationales, Comité d’enquête, Détenus politiques de 1830 à 1848 ; Minutier central, Étude XXXII, liasse 448, Statuts des tailleurs de Clichy, 27 août 1848. — Arch. Dép. Paris (Seine), registres d’écrou DY/4 19-3017. — Cour des pairs, Affaire du mois d’avril 1834. Rapport fait à la Cour des pairs par M. Girod (de l’Ain), Imprimerie royale, Paris, 1834-1836., tome 1, p. 392. — Gazette des Tribunaux, 23 janvier 1834.

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